On trace facilement un pointillé entre le flamenco et les musiques arabes ou même indiennes, à travers les migrations du peuple rom. Avec Kora Flamenca, Zal Sissokho et Caroline Planté poussent l’exploration jusqu’en Afrique de l’Ouest. Et c’est un voyage emballant.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

On le remarque dès qu’on met les oreilles à Kora Flamenca en utilisant des écouteurs : plutôt que de mixer la kora de Zal Sissokho et la guitare de Caroline Planté au centre de l’espace sonore, l’une occupe la gauche et l’autre, la droite. Ce n’est pas un détail, mais un choix éloquent : Kora Flamenca n’est pas un projet de métissage musical, mais la rencontre de deux artistes et de deux univers.

« L’idée est que chacun puisse avoir sa place, qu’on entende le rôle de chacun dans les pièces. Caroline n’est pas là uniquement pour accompagner la kora et moi, je ne suis pas là que pour accompagner la guitare flamenco », dit le musicien québécois d’origine sénégalaise au sujet du disque publié par Analekta à la suite d’une résidence de création au Centre des musiciens du monde.

Caroline Planté, qui a vécu 10 ans en Espagne pour parfaire son art, est parfaitement d’accord. « J’ai toujours eu de la misère avec le mot fusion, précise-t-elle. Je trouve important que, quand on veut mettre ensemble des styles différents, ce soit une rencontre. On a chacun notre instrument, on a chacun notre couleur. »

Sur les mêmes rythmes

Que des musiciens tissent des liens entre flamenco et musiques arabes n’étonne personne, compte tenu de la domination passée des Maures dans le sud de l’Espagne. Chercher ses racines jusqu’au sous-continent indien est aussi logique, puisque cette musique espagnole emblématique a été marquée par les Roms, justement originaires de l’Inde. Songer à marier les sonorités typiques de l’Afrique de l’Ouest au flamenco n’est toutefois pas une évidence.

« On ne parle pas souvent des racines africaines du flamenco », constate la guitariste Caroline Planté, qui voit beaucoup de similitudes sur le plan rythmique entre flamenco et musique sénégalaise. « Il y a beaucoup de morceaux sur l’album qui sont typiquement afro-mandingues, et elle s’est installée très facilement là-dedans, remarque aussi Zal Sissokho. Elle n’a pas eu de mal avec le tempo, elle le sentait. »

Et c’est vrai que même si les respirations des deux musiques sont différentes, l’échange coule de source. La kora ne court jamais derrière les rythmes syncopés, parfois frénétiques, du flamenco et la voix de Zal Sissokho demeure aussi cool et chaloupée que s’il chantait du blues mandingue. Caroline Planté, elle, n’a pas à mettre le frein pour s’adapter à un univers musical parfois plus indolent que le sien.

La guitariste croit que la rencontre a été possible parce que Zal Sissokho (directeur artistique de ce projet auquel collaborent aussi le percussionniste Miguel Medina, l’oudiste Mohamed Masmoudi et le contrebassiste Jean-Félix Mailloux) a fait preuve de générosité et d’ouverture. Décider seul dans son coin et imposer ses choix n’intéresse d’ailleurs pas le joueur de kora.

« Si je fais ça, je ne vais rien apprendre, dit-il. Si je l’écoute, par contre, ça va m’apporter quelque chose. Le partage en musique, c’est vraiment ça : je donne quelque chose et je reçois quelque chose. »

Une collection de rencontres

Kora Flamenca n’est pas le seul disque à émaner des résidences artistiques offertes par le Centre des musiciens du monde (CMM), lieu d’échange musical et culturel fondé en 2017 par Kiya Tabassian (ensemble Constantinople). Analekta, étiquette consacrée jusqu’ici à la musique classique, a aussi publié ce mois-ci Levantine Rhapsody de Didem Basar et Patrick Graham. La collection sera étoffée au fil des résidences de création les plus concluantes du CMM.

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Kora Flamenca
Zal Sissokho et Caroline Planté
Analekta
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