La soprano québécoise Hélène Brunet s’est offert un beau disque de style « carte de visite » chez ATMA Classique avec son album Solfeggio.

Emmanuel Bernier Collaboration spéciale

Le répertoire, judicieusement équilibré, va de Vivaldi a Mozart, avec des tubes comme l’aria Schafe können sicher weiden de Bach ou l’Alleluja de l’Exultate jubilate de Mozart, mais également des raretés de Leonardo Vinci ou de Mozart (un solfège composé pour Constance Weber… d’où le titre de l’album). La chanteuse, qui poursuit une carrière sur la scène baroque nord-américaine, en est à son troisième projet discographique avec le chef et claveciniste Eric Milnes, ici avec son ensemble L’Harmonie des saisons.

Enregistré en février dernier, le disque a été réalisé avec une prise de son très détaillée. Si certains préféreront une sonorité plus aérée, ce style de captation permet néanmoins d’apprécier pleinement le travail exemplaire de musiciens comme le hautboïste Matthew Jennejohn (dans une aria de la Cantate no 74 de Bach) ou le flûtiste Grégoire Jeay (dans l’air Ich habe genug du même compositeur).

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB D’HÉLÈNE BRUNET

Solfeggio, d’Hélène Brunet

Le talent d’Hélène Brunet est indéniable. Sa voix de soprano léger est égale sur tout le registre, souple et d’une grande aisance dans les vocalises. Le contre-do à la fin de l’Exultate jubilate est réalisé sans l’ombre d’une difficulté. La chanteuse fait en outre preuve, tout au long, d’une remarquable intelligence musicale (notamment dans les subtiles ornementations des airs à da capo) et dramatique, habitant chaque mot, chaque phrase.

Nous avons cependant quelques réserves par rapport à l’accompagnement orchestral. Il va sans dire que le chef Eric Milnes a effectué un travail méticuleux, mais plus de fougue aurait été de mise. Avec son approche souriante, Milnes est un peu l’anti-Giardino Armonico, cet ensemble italien aux interprétations tranchantes et électrisées. L’accompagnement de l’air Armatae face, tiré de l’oratorio Juditha Triomphans de Vivaldi, manque ainsi singulièrement de testostérone et d’un vrai sens du dialogue entre les voix. L’air Nulla pax in mundo sincero, également de Vivaldi, est tellement alangui qu’il dure une minute de plus que la moyenne de la discographie.

Malgré tout, nous avons ici une réalisation vocale de premier ordre mettant en valeur un talent québécois méconnu.

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★★★★

Classique. Solfeggio, d’Hélène Brunet, ATMA Classique.