(Paris) Declan McKenna, petit prodige anglais de la pop, livre Zeros, son odyssée de l’espèce, fresque d’humains coincés entre dérèglements de la nature et perte de repères sur les réseaux sociaux.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

Ce deuxième album, prévu vendredi après maints reports pour cause de COVID-19, va combler une grosse attente. Les premiers singles lancés en éclaireurs, comme Daniel, You’re Still a Child, ont fait les délices de la BBC 1 au Royaume-Uni, et le circuit pop/rock/alternatif des radios américaines est prêt.

Son pouvoir d’attraction remonte à 2014. Cet artiste-ovni, alors âgé de 15 ans, épate avec un premier morceau sur sa chaîne YouTube, Brazil, qui fait rimer corruption et ballon rond, alors que le Mondial se joue au pays du foot roi.

« Declan McKenna n’est pas comme la plupart des auteurs-compositeurs adolescents. Au lieu de romancer ses premiers excès de boisson ou déboires amoureux, (il) préfère s’attaquer à des sujets tabous », se réjouit à ses débuts NME, fleuron de la presse musicale britannique.

Sa vie s’emballe : un tremplin de talents émergents remporté au festival anglais de Glastonbury, un des plus courus, une entente avec une grosse compagne et un premier album What Do You Think About the Car ? (2017) encensé.

À 21 ans, le natif du nord du Grand Londres — qui a perdu les joues replètes de ses premiers clips — franchit encore un cap avec Zeros (Columbia/Sony à l’international/Because pour la France). Avec ce nom d’album, il ne rit pas de ses contemporains, mais constate juste « qu’on se retrouve, parfois, tous un peu perdus comme des chiffres sur l’internet », expose-t-il à l’AFP.

« Mon Anakin Skywalker »

Pour habiller son propos, McKenna chante les mésaventures d’un alter ego, Daniel, aspirant astronaute qui n’a pas les pieds sur terre. On lui demande évidemment si Daniel n’est pas son Major Tom, personnage brossé par David Bowie dans Space Oddity. « J’ai choisi Daniel, car quand j’étais petit, les autres n’arrivaient pas à prononcer mon prénom, on m’appelait “Dan” ou “Derrick” », lâche-t-il dans un rire franc.

« Beaucoup d’artistes que j’écoute, comme Bowie, oui, mais aussi Nick Cave ou Kate Bush s’expriment au travers de personnages. Il y a un peu de Daniel en moi et un peu de moi dans Daniel. C’est un peu mon Anakin Skywalker », déroule-t-il, citant cette figure de Star Wars.

Daniel est donc aux prises avec le monde réel ou virtuel d’aujourd’hui. L’efficace Beautiful Faces met ainsi en garde contre « l’illusion d’être célèbre » qui guette trop d’esprits influençables sur les réseaux sociaux, comme le dit McKenna.

Et des morceaux comme Twice Your Size ou Rapture rappellent que les défenses naturelles de la terre tombent les unes après les autres face aux périls écologiques. Réminiscences de son éducation catholique, des représentations de fin du monde, en proie aux flammes, irriguent d’ailleurs ses textes, écho des forêts parties en fumée au Brésil ou en Australie.

Lui qui a participé à des concerts en faveur du mouvement Extinction Rebellion ne digère toujours pas les critiques adressées à Greta Thunberg. « C’est comme dans les années 1960, quand des gens disaient “les Beatles, on n’en a pas besoin” : certains ne veulent pas coller à leur époque, et aujourd’hui il y a une vraie hypocrisie face à l’environnement ».