(Genève) Drôle d’endroit pour un concert : c’est dans un stationnement niché au cœur des Alpes suisses que des dizaines de spectateurs, ravis, ont écouté depuis leur voiture le ténor turco-autrichien Ilker Arcayurek, venu se produire pour le premier concert au volant classique dans le cadre du Festival du Lied.

Linda ABI ASSI
Agence France-Presse

Dimanche soir, des dizaines de voitures étaient garées dans le stationnement de Charmey, un village de carte postale dans l’ouest de la Suisse, pour cet évènement. Le festival du Lied organise depuis près de 20 ans symphonies et concertos dans les Alpes suisses, mais a dû se réinventer cette année, pandémie de COVID-19 oblige.

Vitres baissées, certains automobilistes fermaient les yeux, d’autres étaient émus aux larmes par l’interprétation d’Arcayurek chantant Schubert sur fond de sommet alpin majestueux. Sa performance était retransmise sur écran géant.

« C’est un concept extraordinaire », a déclaré à l’AFP Willy Boder, depuis sa voiture. « Moi, je suis à risque, ça fait des mois qu’on ne pouvait plus sortir. Là, j’ai la possibilité d’aller au concert sans risque, c’est vraiment bien », a expliqué le retraité.

« La musique classique nous a tellement manqué, c’est très agréable de se retrouver ici », a renchéri Marie-Claude Cudry, une journaliste d’une cinquantaine d’années.

Les voitures ne pouvaient pas contenir plus de quatre spectateurs. Ceux-ci n’étaient pas autorisés à sortir durant le concert.

Une centaine de sièges, dûment espacés, avaient cependant été mis en vente.

« Ce n’est évidemment pas l’idéal, on aime mieux comme interprète être dans de belles salles et de belles acoustiques », a reconnu la mezzo-soprano Marie-Claude Chappuis, qui a créé le festival en 2001.

« C’est très important de continuer à faire de la musique et de continuer à être prudents », a-t-elle souligné, ajoutant que cela permettait aussi aux artistes et techniciens de travailler.

« C’était important de trouver un bel endroit pour ce concert au volant. j’avais envie que le cadre soit plaisant, qu’on n’ait pas que l’asphalte et les voitures », sourit-elle.

Un concert de klaxons a salué la fin de la soirée.

Aracayurek, qui se produisait en direct pour la première fois depuis mars, a confié à la fin du spectacle qu’il avait apprécié l’exercice.

« C’est différent. Dans une salle, cous avez la possibilité de regarder les gens dans les yeux, ce qui n’est pas le cas ici. Mais c’était néanmoins très agréable », a-t-il dit à l’AFP.