À 91 ans, le Bob Dylan français remet le couvert avec un nouvel album majoritairement constitué d’adaptations de chansons traditionnelles américaines. On lui a demandé ce qui le motivait encore à son âge. On a fini par parler de sa double vie, de son engagement politique et de sa santé de fer. Voici ce que ça donne.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

Sur son retour sur disque

Il aurait pu se la couler douce. Profiter de la retraite en se berçant sagement dans un fauteuil. Mais Hugues Aufray n’est manifestement pas prêt à accrocher sa guitare folk. À bientôt 91 ans – oui, 91 ans ! – l’interprète des classiques Santiano et Hasta Luego revient à la charge avec Autoportrait, son premier album en 10 ans. Et pourquoi pas ? « Ça m’amuse, dit-il au téléphone depuis Paris. Chanter, ce n’est pas un travail, c’est un bonheur, c’est un plaisir. Les tournées, c’est un plaisir. Et quand on a joué toute sa vie, on n’a pas le droit au repos. »

Sur son retour sur scène

En le cuisinant un peu, on comprend aussi que ce disque, constitué en majorité de nouveau matériel, permettra au chanteur de reprendre le chemin des grosses salles, après avoir connu quelques années difficiles sur le plan financier. « Pour chanter dans ces endroits-là, il faut faire un nouveau disque. Alors j’ai cherché dans mes chansons et j’ai fait une sélection… »

Sur la musique folk

Typique d’Hugues Aufray, Autoportrait est essentiellement constitué d’adaptations en français de chansons folk américaines. « Le folklore, c’est la source. Sur le plan culturel, c’est de l’eau fraîche. » Le chanteur, en revanche, ne semble pas particulièrement entiché du rap. « On a l’impression que ce sont des gens qui se battent sur scène, qu’ils veulent changer le monde par la violence. » Conflit de générations ?

Sur le racisme

On lui demande si sa reprise de Y a un homme qui rôde et qui prend des noms, une chanson sur le Ku Klux Klan, lui a été inspirée par le mouvement Black Lives Matter. Il répond que c’est un pur hasard.
« J’ai rencontré Martin Luther King en 1966 au Palais des Sports, à Paris. Il m’avait ensuite écrit une lettre. J’ai toujours été très attaché à la condition des gens qui sont pourchassés pour la couleur de leur peau. Ce n’est pas le drame raciste qui est arrivé aux États-Unis qui a inspiré ma chanson. C’est une coïncidence, malheureuse. »

PHOTO PIERRE MCCANN, ARCHIVES LA PRESSE

Hugues Aufray lors de son passage à Montréal en avril 1977

Sur sa vie avec Murielle

Autoportrait sort au moment où Hugues Aufray fait son « coming-out » : bien que toujours marié, le chanteur vit avec Murielle, une femme de 40 ans plus jeune que lui. Les médias people français se sont délectés de la nouvelle, citant notamment le chanteur sur sa vitalité sexuelle (« Le Viagra ? Connais pas ! »).
« Je ne me sépare pas [de ma femme], je m’éloigne. Me séparer serait renier mon passé. J’ai quitté ma maison où je vivais avec ma famille, pour vivre avec cette jeune compagne. C’est une autre vie, plus concentrée sur la musique, parce que je n’ai plus autour de moi tous ces gens qui me prenaient du temps. Je suis comme si j’avais 25 ans. C’est une seconde jeunesse. »

Sur son étonnante vitalité

Les photos étonnent chaque fois. À l’âge où d’autres sont pliés en deux avec leur marchette, Hugues Aufray reste droit comme un chêne et semble faire la moitié de son âge. Les médias français disent que Murielle y est pour quelque chose… Mais ça ne peut pas être que ça. À la question : « Comment faites-vous pour paraître aussi jeune ? », il répond qu’il n’a pas de secret. « J’ai arrêté de fumer. Je ne bois pas non plus. Voilà. Je mange normalement. Et comme disait Churchill, je ne fais jamais de sport. Never sport ! Peut-être que je fais un peu de marche à pied… lorsque je suis les enterrements de mes amis ! »

Sur la politique française

Il a voulu se présenter à l’élection présidentielle en 2017. Il a officiellement appuyé un candidat à la mairie de Paris lors des dernières élections municipales. L’engagement politique le garderait-il aussi en vie ? « Je ne fais pas de musique, mais j’ai des opinions. J’ai été un pionnier, il y a 50 ans, quand j’ai dit que je n’étais ni de gauche ni de droite. Ce clivage, héritier de la Révolution française, ne m’intéresse pas. Mon idée de la société, c’est le cercle. Comme les anciens, qui se réunissaient en cercle autour du feu. Les idées circulaient en rond. Tout le monde était à la gauche et à la droite de tout le monde. »

Sur ce qu’il y a dire et redire

Il a chanté la mer, les chevaux, l’amitié, l’écologie, la fraternité. Autoportrait va dans le même sens « Mon disque sert à distraire et tenir compagnie. Accompagner les gens dans leur difficulté de vivre actuellement. » N’avait-il pas l’impression d’avoir déjà tout dit ? Tout vu ? Tout chanté ? « Ce n’est pas parce que les gens n’ont pas tout compris qu’on n’a pas envie de le redire, conclut-il. C’est pareil dans un couple, quand on a dit à quelqu’un qu’on l’aimait, c’est pas mal de le redire de temps en temps… »

IMAGE TIRÉE DE L’INTERNET

Pochette de l’album Autoportrait, d’Hugues Aufray

Folk, Autoportrait, Hugues Aufray, Universal Music