La chanteuse canadienne Jill Barber aime autant le français que la musique des années 60. Elle a donc concocté un album tout francophone aux ambiances fortement sixties, sorte de déclaration d’amour à une langue qui le lui rend bien.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Jill Barber a eu une sorte d’épiphanie il y a une dizaine d’années au Festival de jazz de Montréal quand, après avoir interprété une de ses chansons qu’elle avait fait traduire pour l’occasion, le public s’est levé d’un bond.

« Ce soir-là, j’ai trouvé le courage de faire quelque chose que je voulais faire depuis longtemps. La réaction du public a vraiment été incroyable, un standing ovation, je n’avais jamais eu ça ici. »

Depuis ce jour, la chanteuse originaire de la banlieue de Toronto et qui vit maintenant à Vancouver — « J’ai suivi l’amour », dit-elle en insistant pour faire l’entrevue en français — essaie d’inclure une pièce en français sur chacun de ses albums.

La francophile assumée est aussi allée suivre un cours d’immersion dans le sud de la France, où sa prof « très cruelle et très stricte » l’a encouragée à écouter de la chanson française. « J’ai découvert Gainsbourg, Piaf, Aznavour, Hardy… Quand je suis revenue au Canada, j’ai décidé d’enregistrer un album avec mes chansons préférées [Chansons, en 2011]. »

L’idée de faire un album de chansons originales a continué de faire son chemin. Il y a trois ans, en travaillant sur son disque précédent, Metaphora, l’autrice-compositrice-interprète a écrit la chanson Entre nous avec sa collaboratrice, la Montréalaise Maia Davies. « Cette chanson, c’était mon petit secret », confie la chanteuse, qui s’est lancé le défi d’essayer d’exprimer ses émotions en français.

Extrait d’Entre nous

0:00
 
0:00
 

« C’est difficile pour une anglophone comme moi. Mais c’est bon pour une artiste de ne pas toujours être [à l’aise]. Cette chanson m’a donné le goût d’en écrire d’autres. »

Si, au début, elle s’est dit qu’elle pourrait faire un album de reprises en français qui serait complété par quelques chansons originales — « Je m’étais dit environ trois ou quatre » —, ce sont finalement 10 chansons sur 11 qui sont nées après un séjour de travail de Maia Davies à Vancouver.

« Et je ne voulais en jeter aucune », précise la chanteuse. Pour compléter l’ensemble : Suzanne, de Leonard Cohen, mais dans la traduction faite à l’époque pour Françoise Hardy par Graeme Allwright.

« Je suis une grande fan de Cohen. Quand j’ai découvert cette chanson très familière pour moi, mais dans une nouvelle interprétation, j’ai trouvé qu’elle était parfaite pour ce disque. »

Une autre personne

Chanter en français permet à Jill Barber d’être une autre personne, plus sensuelle et plus romantique encore qu’en anglais. « C’est une expérience différente. Ça ouvre un côté de moi qui reste à découvrir. »

Cette autre « persona » s’accorde bien au charme léger et à l’ambiance très sixties de l’album réalisé par Gus Van Go.

Dans ma tête, j’imagine les gens écouter cet album en buvant un cocktail.

Jill Barber

L’idée étant quand même de conserver l’esprit des années 60, mais de le dépoussiérer un peu.

« Les femmes étaient coquines pendant les années 60, et j’aime cette qualité. Mais il y avait aussi un côté très femme-enfant, et ça, je n’aime pas ! Alors j’ai gardé ce que j’aime de cette musique, en lui donnant un côté moderne. On a eu beaucoup de conversations là-dessus pendant qu’on écrivait, Maia et moi. Je suis une chanteuse, une auteure, j’ai du pouvoir, et je crois que je peux en même temps être féminine et exprimer ma puissance. »

Extrait de Chat domestique

0:00
 
0:00
 

Jill Barber convient que la pandémie est un drôle de moment pour lancer un album. Les étés de Montréal, qu’elle interprète en duo avec Yann Perreau et qui est « une chanson d’amour plus pour la ville que pour un homme », est presque douloureuse à écouter tant elle parle d’un temps à la fois proche et lointain. Mais il faut la prendre surtout comme un cadeau.

« Oui, car j’ai reçu tant de cadeaux de Montréal et des Québécois. Dans cette chanson, je voulais célébrer l’esprit de cette ville qui m’a beaucoup inspirée. Nous sommes dans un temps étrange, difficile pour beaucoup de personnes, mais on a lancé cette chanson pour cette raison. C’est un petit souvenir de ce que c’était avant. Et de ce que ça redeviendra après la pandémie. »

La chanteuse espère bien sûr revenir sur les scènes du Québec bientôt… mais difficile de prévoir quand. « Lancer cet album est une façon de connecter avec les gens, mais j’espère le faire en personne bientôt. Je promets qu’à la première occasion je vais revenir chanter au Québec. »

IMAGE FOURNIE PAR OUTSIDE MUSIQUE

Entre nous, de Jill Barber

Chanson. Jill Barber. Entre nous. Outside Musique.