Ce n’est pas tous les jours qu’on voit débarquer un chœur de 75 chanteurs et musiciens venus de l’autre bout du monde. Ce n’est pas tous les jours non plus que c’est l’un des plus réputés de tous, les Chœurs de l’Armée rouge, qu’on vient applaudir. L’illustre ensemble, qui célèbre ses 90 ans cette année, n’était d’ailleurs pas venu à Montréal depuis la tragédie aérienne qui a coûté la vie à 65 des siens en décembre 2016.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Vendredi soir, à la Maison symphonique, l’heure était aux retrouvailles pour le deuxième des sept concerts programmés à Montréal en cette fin d’année. Par courtoisie, les Chœurs ont amorcé la soirée en interprétant Ô Canada et ont enchaîné avec l’hymne national de la Fédération de Russie. Une fois ces chaleureuses et puissantes présentations faites, le voyage pouvait commencer, la première partie étant entièrement consacrée aux chants russes.

L’énergie virevoltante des chanteurs et de l’orchestre a été mise en valeur dès les premiers morceaux, dont le classique Plaine, ma plaine et Smuglianka, porté par deux solides solistes. Ce n’est toutefois qu’un peu plus tard, au moment d’Oh ! ma vaste steppe, interprété sans accompagnement musical, qu’on a pu goûter toute la finesse du chœur, qui naviguait avec douceur et suavité sur chacune des courbes mélodiques de ce beau chant qui embaumait la nostalgie.

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Mikhaïl Nikiforov, joueur de balalaïka

L’instant d’après, c’était l’inverse : tous les chanteurs avaient quitté la scène pour laisser place à l’orchestre — qui ne compte qu’une seule femme. Devant eux, Mikhaïl Nikiforov, joueur de balalaïka. On n’écrit pas « joueur » au hasard : avec virtuosité, un brin de clownerie et beaucoup d’humour, il a arraché bien des sourires grâce à une interprétation festive de Kamarinskaïa, avec l’appui complice de l’orchestre.

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Des interprétations dominées par les solistes Maxim Maklakov, Valery Gavva, le plus célèbre de l’ensemble, doté d’une magnifique voix de basse, et Alexandre Kruze, visiblement l’une des étoiles montantes des Chœurs, ont conclu la première partie. Déjà, on avait pris toute la mesure de l’ensemble, de sa souplesse, de sa puissance et de sa profondeur.

Intermède de Noël

Temps des Fêtes oblige, le programme comprenait des classiques de Noël. Ainsi a débuté la deuxième partie du programme : Jingle Bells, Sainte nuit et Les trois cloches. Isabelle Boulay, invitée spéciale des Chœurs, s’est jointe à Maklakov et à Kruze pour le dernier de ces trois morceaux, avant d’entonner, seule avec les Chœurs, White Christmas et L’enfant au tambour.

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Isabelle Boulay était l'invitée spéciale de l’ensemble russe

L’intermède de Noël a été sympathique, mais jamais aussi prenant que ce qui allait suivre. Les Chœurs ont en effet offert Le temps des fleurs, Les yeux noirs et, un peu plus tard, Kalinka, airs universellement connus que l’on associe à une Russie éternelle. Une image d’Épinal musicale, bien sûr, mais qui fait d’autant plus rêver que les deux premiers morceaux ont été portés une fois de plus par Gavva, qui, en plus d’être un grand chanteur, est un interprète extrêmement communicatif.

Isabelle Boulay est revenue sur scène le temps de changer l’hymne à la beauté du monde, chanson qui résonne très fort en cette ère de changements climatiques. Le mariage avec les Chœurs faisait image : si « la dernière chance de la Terre, c’est maintenant qu’elle se joue », c’est vrai de Montréal à Moscou. Ce fut un beau moment, fort applaudi.

Il a fallu quitter la Maison symphonique avant de l’entendre de nos propres oreilles, mais les Chœurs, en invités polis, avaient aussi prévu chanter un classique du répertoire québécois, Mon pays, de Gilles Vigneault. Le soliste Mikhaïl Evtukhov avait été conscrit pour porter ce morceau. Katiouchka devait aussi être interprétée avant que les voix ne se taisent. 

Les Chœurs de l’Armée rouge donnent encore cinq représentations d’ici lundi, toujours à la Maison symphonique.

RECTIFICATIF

Dans une version antérieure de notre critique du concert des Chœurs de l’Armée rouge, nous avons écrit que l’accompagnement au piano était préenregistré. L’instrument n’était pas visible de la salle, mais était bel et bien joué en direct. Nos excuses.