Le mythique groupe rock The Who, qui repose maintenant sur un duo totalisant 149 ans d’âge, sait faire languir ses fans à coups d’improbables hiatus. Un quart de siècle dans le cas d’Endless Wire (2006), puis 13 nouvelles années pour ce Who tout neuf.

Charles-Éric Blais-Poulin Charles-Éric Blais-Poulin
La Presse

L’auteur de ces lignes, âge oblige, n’a pas connu de près les conquérants de la British Invasion. C’est donc à rebours et à distance qu’il a côtoyé The Who, surtout au gré de compilations et de reprises. Ce 12e album studio n’a donc pas été jugé sous la lorgnette de la nostalgie.

Dès les premières notes, il apparaît évident que le chanteur Roger Daltrey et l’auteur-compositeur-guitariste Pete Townshend ont su garder ardente la flamme punk et frondeuse qui les guide depuis le milieu des années 60.

La voix de Daltrey est certes plus râpeuse que lorsqu’il entonnait Behind Blue Eyes, mais elle gagne en couleurs ce qu’elle perd en clarté. Il faut dire que le chanteur a eu la bonne idée d’éviter les drogues dures, celles-là mêmes qui ont envoyé à la morgue le bassiste John Entwistle et l’irremplaçable batteur Keith Moon. Et qui ont failli emporter Pete Townshend.

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C’est surtout grâce à ce dernier si The Who reste actif et pertinent. Son écriture, ponctuée d’humour (I Don’t Wanna Get Wise), de nostalgie amoureuse (Break the News) et de messages politiques, notamment sur la situation à Guantánamo, s’avère succincte et efficace. « Been a breach of promise, still guilty with no charge, there’s smoke in the forest, and the tumor is getting large » (Ball and Chain).

Moins disparate que son prédécesseur, Who s’appuie presque exclusivement sur les superpositions de trois instruments nucléaires : la guitare (surtout électrique), la basse et la batterie. Les complices habituels prêtent main-forte : Zak Starkey — fils de Ringo Starr et filleul de Keith Moon — aux percussions, Pino Palladino à la basse et Simon Townshend, petit frère de l’autre, aux cordes.

IMAGE FOURNIE PAR POLYDOR

Who, de The Who

Rock’n’roll rétro à la The Kinks, power pop, opéra-rock : à l’image de la pochette, les amateurs de The Who trouveront de nombreux clins d’œil au passé, sans que les néophytes soient pénalisés.

Les deux papis, à moitié sourds, connaissent leurs limites et se moquent bien de leurs mésententes. « I know you’re gonna hate this song, and that’s it, we never really got along », chante Daltrey dans la pièce d’ouverture. Même si le band a perdu des membres pionniers et une partie de son essence, la magie opère toujours… à cœur ouvert. Oui, The Who est vivant. Voilà peut-être le plus bel hommage aux musiciens qui ne lui ont pas survécu.

★★★★

Rock. Who. The Who. Polydor.