Sa parenthèse jazzy Bubble bath & Champagne est fermée. Avec D’Amour et Rock’n’Roll, France D’Amour revient au rock, avec une liberté et une assurance renouvelées.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

« On s’est défoulés comme des ados attardés, dit France D’Amour à propos de son nouvel album, qui paraît vendredi. Il y a des erreurs sur ce disque-là, du niaisage, c’est plus cru. J’avais envie de ça, de me lâcher lousse, de faire distorsionner ma voix, de retomber en adolescence avec la musique. »

Ce plaisir s’entend dès les premiers riffs du Fil conducteur, chanson qui nomme de manière imagée ce qui nous unit et nous désunit dans ce monde d’écrans : ça grince, ça groove, ça remue-ménage et ça colle parfaitement à la peau de la tornade rousse. Son énergie n’a pas pris une ride, sa voix non plus.

Ça sonne vrai.

« On ne peut pas mentir dans le rock. Il faut que ce soit vrai, que ton plaisir soit vrai », juge la chanteuse, qui a aujourd’hui 50 ans et des poussières. Elle a prévenu ses musiciens, dont Jason Lang, guitariste avec lequel elle a coréalisé le disque : pas question de s’enfarger dans les détails. Elle voulait les sentir vibrer, qu’ils la fassent trembler dans sa chair.

« Je veux vivre, je veux être enivrée. Ce n’est pas la perfection qui va faire ça. Les humains ne sont pas faits pour être parfaits », dit-elle. Sa quête de franchise et cette empathie, elle les applique aussi aux autres, notamment à travers ses chansons. 

J’ai envie que les gens se sentent valorisés dans leur unicité, d’être valorisés dans qui ils sont. On a le droit de ne pas être parfait, d’avoir des contradictions.

France D’Amour

#moiaussi

PHOTO FOURNIE PAR LES PRODUCTIONS FRANCE D'AMOUR

Pochette de l’album D’Amour et Rock’n’Roll

Si France D’Amour pose un regard empreint de compassion ou de fougue sur sa vie sentimentale qui bat de l’aile (Courage, Les bleus sur mon cœur), elle aborde aussi de front les relations abusives à l’ère de #moiaussi dans Non, c’est non. « Je l’avais écrite dans les années 90, dit-elle. Je me disais à chaque album qu’elle avait du potentiel. Je pense que si je l’avais faite en 1996, elle aurait passé dans le beurre… »

Elle n’a sans doute pas tort. Il suffit de repenser à sa chanson Mon frère où il était question d’inceste, qui est devenue un mégasuccès malgré la lourdeur du propos et que bien des gens ont fredonnée sans peser le poids des paroles signées Lynda Lemay. « Il y a bien des gens qui ne l’avaient pas pognée, dit-elle. C’est triste. Comme si on n’entendait pas… »

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France D’Amour a répondu des milliers de fois à la question : non, elle n’a pas vécu d’agressions sexuelles, contrairement à une rumeur qui a commencé à se répandre sur l’internet depuis un an ou deux. Elle en sait par contre un rayon au sujet de cette horreur : elle a reçu de très nombreux témoignages de victimes ces 20 dernières années.

Elle est fière d’avoir contribué à « transcender le non-dit » avec cette chanson qui a changé la vie de bien des gens, et la sienne aussi. « Tant mieux si cette chanson a fait du bien, dit-elle. Et au fond, c’est peut-être ça, la raison fondamentale pour laquelle je fais de la musique. »

Rock. D’Amour et Rock’n Roll. France D’Amour. Offert le 15 novembre.