Fini les tâtonnements : trois ans après un premier disque intitulé À peu près, Pomme revient avec de nouvelles chansons à la fragilité assumée. Et ce sont entre autres ses amitiés québécoises qui l’ont inspirée pour la création d’un album au plus près de sa vérité.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Sur À peu près, paru en 2017, Pomme (Claire Pommet) ne faisait déjà pas de la pop. Pas au sens générique du terme, en tout cas. On sentait alors poindre une artiste singulière, malgré une direction générale assez convenue. Avec Les failles, la jeune Française tourne le dos aux évidences et construit des chansons univers aux contours délicats, puisées dans ses fragilités.

Sa vérité toute nue, Pomme l’affiche dès le morceau d’ouverture, L’anxiété. Piano traité, atmosphère bleutée et, d’une voix légèrement trafiquée, elle chante : « Je suis celle qu’on ne voit pas / Je suis celle, qu’on n’entend pas / Je suis cachée au bord des larmes / Je suis la reine des drames ».

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Intense, oui. Osé, aussi. Qui commence un album comme ça ? « Je voulais marquer la rupture avec le premier disque, explique-t-elle à l’autre bout du fil. Je trouvais cette chanson forte et je me disais que si les gens l’écoutaient, ils seraient peut-être curieux et auraient envie d’écouter le reste de l’album. »

Si fragile

Ce morceau donne le ton, en effet. Les failles est un album axé sur les atmosphères mélancoliques et une réalisation soignée. Une bulle sonore façonnée par Pomme et Albin de la Simone d’où émerge la voix gracile et pourtant forte de ce petit bout de femme qui se tient debout sur ses vulnérabilités.

L’idée, c’était d’aller au bout des démarches. Soit très minimalistes, soit très arrangées. Je ne voulais pas être dans un entre-deux, parce que c’est ce que j’avais fait sur le premier album et ça ne me convenait pas, ça ne me ressemblait pas.

Pomme

La chanteuse passe alors avec fluidité de morceaux très enrobés à d’autres très dépouillés où les percussions servent de textures plus que de fondations.

Au-delà de la direction musicale, c’est cette volonté de s’exposer sans armure qui étonne et émeut. « J’ai fait cet album autour des imperfections, autour des failles et de l’anxiété parce que j’avais besoin de me rassurer moi-même, explique-t-elle. Je pense que beaucoup de gens de ma génération ont besoin de ça, de se sentir moins seuls, de voir que c’est acceptable d’avoir ces failles-là.

PHOTO FOURNIE PAR UNIVERSAL MUSIC DIVISION POLYDOR

« J’ai fait cet album autour des imperfections, autour des failles et de l’anxiété parce que j’avais besoin de me rassurer moi-même », fait savoir Pomme.

« J’ai eu besoin de m’exposer pour être honnête, poursuit-elle. J’ai un méga-problème avec la perfection, avec le jugement, avec ce que les gens pensent de moi, et je crois que beaucoup de gens de ma génération partagent ça. Je suis allée à l’inverse de ça. J’ai l’impression, bizarrement, que cet album parle plus aux gens [que le premier]. »

Se libérer

Sa liberté, elle l’a toutefois acquise dans une forme de déni : elle a composé et écrit comme si ses chansons n’allaient jamais sortir de chez elle. « Juste pour moi, sans penser que l’album serait commercialisé, précise-t-elle. Du coup, l’équilibre qu’il y a sur ce disque est complètement naturel. » 

Ça se sent. Ça s’entend aussi.

Pomme, qui est proche de Pierre Lapointe, des Sœurs Boulay et de Safia Nolin depuis des années déjà, croit que la fréquentation du Québec et d’artistes québécois n’est pas tout à fait étrangère à son affirmation artistique sur Les failles. « Il n’y a pratiquement que des labels indépendants au Québec, les artistes sont plus libres, il y a plus de culot dans les propositions, constate-t-elle. [Ce contact] m’a apporté beaucoup de liberté dans la création et ma façon de penser. »

IMAGE FOURNIE PAR UNIVERSAL MUSIC DIVISION POLYDOR

Les failles, de Pomme

Les failles
Pomme
Universal Music Division Polydor