Peu d’artistes peuvent remplir le Centre Bell avec seulement deux albums en poche. Khalid l’a fait, et a mis du même coup le public dans sa poche à lui. Son concert a été chaleureux, amical, décontracté. À son image.

Natalia Wysocka
La Presse

Il y a deux ans jour pour jour (plus un), soit le 8 août 2017, Khalid débarquait au Métropolis. Il semblait timide, réservé, et encore peu conscient de son succès. La salle était pourtant pleine à craquer, et la majorité des spectateurs connaissaient les paroles de toutes ses chansons par cœur. Il n’avait alors qu’un album à son actif, American Teen. Une petite pépite R&B regorgeant de perles comme Young Dumb & Broke. Un hymne à la jeunesse, à ses amitiés. Et un message aux adultes trop prompts à porter un jugement. Nous sommes jeunes, cons et fauchés, d’accord. Mais nous ne sommes pas que cela.

Khalid, par exemple, avait le vent dans les voiles depuis la parution de son premier simple, Location. Il l’avait composé pour impressionner une fille. Elle ne l’avait pas été. Mais des milliers d’autres personnes, si.

Notamment Kendrick Lamar, qui avait posé la voix de l’artiste originaire d’El Paso, au Texas, sur The Heart Part 4, un B-side.

Depuis, ce même Kendrick a invité Khalid à participer à la compilation du film Black Panther, sur laquelle il a chanté The Ways, en compagnie du rappeur Swae Lee. Il a également fait paraître son deuxième disque, Free Spirit, en avril. Plus posé, plus sophistiqué, cet « esprit libre » a été reçu plus tièdement par la critique. Mais pas par ses fans, qui en ont religieusement appris les paroles (nous en avons eu la démonstration hier, notamment pendant la pièce Better et, encore mieux, au rappel, avec Saturday Nights). Enfin, pour finir cette liste de réussites, soulignons qu’en juin, l’omniprésent Ed Sheeran s’est allié à lui le temps du duo Beautiful People.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE 

Khalid était entouré de danseurs énergiques.

Beaucoup de belles gens étaient d’ailleurs présents hier – 13 692, plus précisément. Et principalement des jeunes, qui se reconnaissent dans les textes de Khalid. Des textes conçus comme des polaroïds de sa vie, de la vie de ses copains. Par exemple, 8Teen, sur laquelle il propose : « Let’s do all the stupid shit that young kids do. » (Ses conneries ne semblent pas trop méchantes ou répréhensibles, on s’entend). Suite logique à cette pièce sur la majorité, il a plus tard entamé Twenty One. Comme son âge. Puis un morceau spécial qu’il « n’avait pas chanté depuis longtemps », mais qu’il a interprété « juste pour vous ». Et il a nommé Shot Down.

Un peu à l’image du Ed mentionné ci-haut, Khalid est une star qui n’en porte pas les apparats, et qui n’agit pas comme tel. Rafraîchissant de voir que le succès ne ruine pas tout. 

En jeans, en t-shirt et en chaussures sport blanches, il semble être resté, malgré les amphithéâtres et la reconnaissance, le gars sympa qui nous parlait il n’y a pas si longtemps de son amour pour sa maman militaire, qui faisait partie du chœur de l’armée, et de son désir de vivre un jour dans une jolie maison, où il pourrait prendre soin de ses chiens.

Certes, ce n’était pas l’un de ces concerts auxquels beaucoup de vedettes de calibre olympique nous ont habitués (et viens que je te chante l’intégrale de mes succès la tête à l’envers entortillé dans un cerceau), mais il y avait là quelque chose de beau. Armé de son seul micro, Khalid sautillait, entouré de ses musiciens solides (salutations au super batteur Clemons Poindexter) et de ses danseurs énergiques, éclairé par un jeu de lumières élaboré sans être explosif, aux couleurs passant du chaud au froid. Se retrouvant parfois seul sur l’immense scène, qu’il habitait uniquement de ses mots et de son sourire éclatant.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE 

Généreux, Khalid a enchaîné presque tous les titres de sa discographie.

Généreux, mais vraiment, il a enchaîné presque tous les titres de sa discographie (brève, mais tout de même), comme s’il voulait profiter de l’expérience jusqu’au bout. Certains argueraient que sa sélection aurait gagné à être resserrée, mais il avait si visiblement envie d’être là, que l’on ne saurait lui en vouloir d’avoir tant donné.

C’était sympathique, et touchant, de le voir s’enquérir si des spectateurs devant lui avaient besoin d’eau, de leur envoyer la main, de leur dire « I love you ». De sourire, encore. « Je ne peux pas croire que je joue dans un fucking aréna ! »

Un aréna qu’il a réussi à remplir de beaucoup d’amour. De très bonnes « vibes ». Comme celles qui parcourent son succès immense, Saved, qu’il nous a livré, assis simplement sur un tabouret.

Car il n’y a pas eu de canons à confettis. Pas de pluie de ballons. Juste un gars, avec sa voix, sa passion pour la musique, sa gratitude. Quoi ? Une larme ? Mais non, on n’en a assurément pas versé juste une.

Avant Khalid

C’est dans la même veine libre et relax que Clairo s’est pointée sur scène pour l’ouverture. Avec sa chevelure rose, sa voix soyeuse et son style discret et low key, comme on dit. Bébé grunge. Accompagnée de ses musiciens, l’artiste originaire du Massachusetts, 20 ans, bientôt 21, a pris soin d'exécuter quelques pas de danse et de se présenter. Une grande proportion des spectateurs semblaient pourtant déjà connaître son nom et ses chansons. Surtout le single qui l’a fait connaître, Pretty Girl, pour lequel elle a momentanément tendu son micro vers le parterre. C’est lui qui s’est chargé du refrain. Au complet.

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE 

En première partie, Clairo a offert une prestation délicate et feutrée.

Et pourtant, son premier album studio, Immunity, n’est sorti que la semaine dernière. Paru sur l’étiquette Fader, coréalisé par la musicienne et Rostam Batmanglij (anciennement de Vampire Weekend), cet album long de qualité a fait mentir les mauvaises langues prétendant qu’elle s’était taillé une place dans l’industrie grâce à son paternel, spécialiste du marketing aux bonnes connexions.

Enveloppée dans son coton ouaté comme dans son cocon de musique, Clairo, Claire Cottrill de son vrai nom, a offert une prestation délicate et feutrée, durant laquelle la basse avait souvent du groove. Sur Softly, notamment. Tout doucement.

Nous ferons bien attention de ne pas manquer son prochain passage en sol québécois — peut-être dans une salle plus intime ?