La météo a été clémente et la pluie s’est abstenue malgré les orages menaçants. Le public était au rendez-vous pour Charlotte Cardin, chargée de donner le coup d’envoi du Festival international de jazz. Bien entourée de ses invités surprises (Loud, Aliocha, Milk & Bone), elle a offert une prestation tout en force et délicatesse.

Publié le 28 juin 2019
Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Retour en juillet 2015. Charlotte Cardin a 20 ans et elle a l’occasion de jouer deux soirs de suite à la salle Wilfrid-Pelletier en première partie de Mika, à l’occasion du Festival de jazz. Quatre ans plus tard, l’auteure-compositrice-interprète s’est fait confier l’ouverture de l’évènement et joue sur la plus grande scène extérieure devant un parterre rempli.

C’était hier et c’était beau à voir. L’honneur était de taille, la chanteuse a été radieuse devant une foule monstre tout ouïe.

Debout derrière un clavier sur lequel on pouvait lire son nom, en plein centre de la scène, encadrée de son batteur et de son bassiste-claviériste en salopette blanche, Cardin s’est présentée tout en blanc elle aussi, l’air confiant sur une scène aménagée sobrement.

Elle a débuté avec une version minimaliste et langoureuse des Échardes, avant de tout de suite enchaîner avec Big Boy.

Les trois musiciens ont installé une ambiance planante, à l’image de la musique de Charlotte Cardin.

La voix de la chanteuse a eu besoin de ces premières chansons pour se réchauffer, puis elle ne lui a plus fait faux bond de la soirée. Son intonation, claire et délicate, a été robuste.

D’abord plus statique derrière son piano, elle s’est permis, juste après Double Shifts, de passer devant son instrument de prédilection afin d’avoir une meilleure interaction avec son public pour Drive. Ce tout nouveau titre résonne encore mieux en live qu’en enregistrement, et on a eu hâte de l’entendre nous présenter ses prochaines chansons.

Elle est d’abord passée à la plus ancienne Talk Talk, issue de son tout premier EP (Big Boy, 2017). La pièce a eu droit à une impulsion instrumentale qui l’a rendue encore plus poignante. L’atmosphère intense a été prolongée lorsque la chanteuse a entonné Paradise Motion, de retour derrière son piano.

De nouvelles ballades à se mettre sous la dent

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La voix de la chanteuse a eu besoin des premières chansons pour se réchauffer, puis elle ne lui a plus fait faux bond de la soirée.

« Mettez-vous très à l’aise », a-t-elle intimé à la foule avant de se lancer dans l’interprétation de Dirty Dirty. Encore une fois, sa voix nasale, parfois joliment rocailleuse, a fait planer l’auditoire, alors que les orages grondaient.

Elle n’a pas encore sorti d’album complet, pourtant Charlotte Cardin a déjà fait sa marque dans l’industrie. Ses deux EP ont été certifiés disques d’or, elle a mené sa musique partout au Québec et au-delà.

Si la chanteuse nous fait languir avec la parution de son album qui tarde (« Il devrait sortir dans les plus brefs délais », a-t-elle fait savoir), elle est généreuse et nous donne un bon aperçu de ce qu’elle nous réserve sur disque.

D’abord avec celle qui s’appelle « temporairement » Good Girl. Une ballade rythmée de ce son soul que Charlotte Cardin manipule adroitement. Déjà au milieu de la chanson, le public l’applaudissait, conquis. Puis, elle est passée aux Jupes, l’un des quelques extraits qu’elle a fait paraître dans la dernière année, suivi de Flash in the Pan, une chanson d’Aliocha. Guitare à la main, ce dernier l’a rejointe sur scène pour une interprétation acoustique en duo de son titre sorti en 2017. Yeux dans les yeux, ils ont été complices et ont ravi la foule.

Seule sur la scène, elle a récupéré la guitare de son amoureux pour chanter une chanson « sur [son] ex, qui était vraiment un con », The Kids. Allant jouer dans les aiguës, dans le calme de l’acoustique, elle est passée derrière son piano en pleine interprétation pour une finale enlevante.

La musique de Charlotte Cardin n’est pas complexe et ne demande pas d’orchestre ou une foule de musiciens sur scène. Mais elle est efficace, ses rythmes R&B, soul et pop font ce qu’ils ont à faire – c’est-à-dire nous émouvoir ou nous faire danser, parfois les deux en même temps. Dans son interprétation en concert, elle maintient cette ligne directrice efficace. La basse et la batterie sont parfois plus denses, le piano a toujours sa place, mais pas d’enrobage superflu.

Trio de feu

La chanteuse n’a pas manqué de jouer ses succès, que l’on connaît maintenant par cœur, mais qui ne perdent pas de leur panache.

Au moment d’interpréter Main Girl, chanson-titre de son deuxième EP, elle a également extirpé un lapin de son chapeau avec l’arrivée de Milk & Bone sur scène. Les trois amies ont ensuite chanté Daydream, titre du duo composé de Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin.

Charlotte Cardin, que l’on a d’abord connue grâce à son passage à La voix en 2013, montre toute une maturité sur scène, du haut de ses 24 ans. La foule est impressionnante, mais elle ne semble pas déstabilisée, quoique très émue.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le show le plus « fucking mémorable » de sa carrière (ses mots, pas les nôtres) a probablement laissé une belle et douce impression à beaucoup de monde hier.

Elle s’est risquée à jouer une toute nouvelle chanson inédite, Passive agressive, qu’elle et son groupe n’avaient pas encore présentée sur scène. L’électro a pris plus de place pour cette nouveauté entraînante.

Les rythmes des chansons de Charlotte Cardin sont envoûtants. Il y a quelque chose du R&B et du jazz, avec une touche moderne qui penche tantôt vers l’électro, tantôt vers l’acoustique. Si on se fie aux nouveaux extraits qu’elle nous a proposés hier, elle devrait avoir la main heureuse avec ce fameux premier album.

Quand Loud débarque

En fin de concert, au piano, elle a commencé Like It Doesn’t Hurt, qu’elle chante sur son EP en duo avec le rappeur Nate Husser. Sous les hurlements du public, c’est plutôt Loud qui s’est joint à elle. Avec une version en français des vers de la chanson, la coqueluche du moment a soulevé la foule.

Bien sûr, Loud n’a pas quitté la scène avant Sometimes All the Time, issue de son propre album.

« Je passe le plus beau moment de ma vie », s’est exclamée Charlotte Cardin après le départ du rappeur et avant de chanter Fou n’importe où, jolie reprise de Daniel Bélanger. Après un très chouette moment Instagram où les spectateurs ont allumé les lumières de leurs téléphones pour un impressionnant selfie, la délicate Faufile a clos le bal, lors d’un touchant piano-voix.

Le show le plus « fucking mémorable » de sa carrière (ses mots, pas les nôtres) a probablement laissé une belle et douce impression à beaucoup de monde hier.