Le top 10 anglo 2017

DAMN., de Kendrick Lamar... (Image fournie par Top Dawg/Aftermath/Interscope)

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DAMN., de Kendrick Lamar

Image fournie par Top Dawg/Aftermath/Interscope

Voici le top anglo 2017 de notre journaliste.

1 DAMN.

KENDRICK LAMAR

(Top Dawg/Aftermath/Interscope)

On s'attendait à la suite musicale de To Pimp a Butterfly, le quatrième album studio de Kendrick Lamar nous a menés ailleurs. DAMN. évite les instrumentations élaborées, se veut étonnamment succinct, est néanmoins excellent. La parole du rappeur est élégante, poétique, sa critique sociale reste affûtée, exacerbée par la violence de la conjoncture. On y observe d'habiles évocations bibliques et des réflexions sur le principe de Dieu. Kendrick y fait quelques retours sur son passé familial, sur les difficultés inhérentes à ses origines de classe, sur les paradoxes de sa psyché. Il exprime de la peur, de la confusion, de l'inquiétude, du cynisme, de l'humilité. À travers cette haute lucidité, cette finesse métaphorique, cette musicalité des mots et des sons, Kendrick réussit l'exploit de la concision dans la grande beauté.

Notice: Lock - mediaid6e452c16bc22429f97dc19f72bb18020, Date Expiry - 1539879294

2 THE OOZ

KING KRULE

(True Panther Sounds/XL)

Révélé en 2013 avec l'album 6 Feet Beneath the Moon, suivi en 2016 du très différent A New Place 2 Drown, Archy Ivan Marshall a lancé un album révélation cette année : The Ooz. Âgée d'à peine 23 ans, cette créature d'exception compte parmi les rares ayant le pouvoir d'amalgamer des musiques dépareillées d'entrée de jeu : jazz, punk, dub, trip-hop, soul. Au programme de King Krule (son pseudo), les exécutions multigenres sont magnifiquement négligées, la trame vocale est enrhumée par les fumées résiduelles ou les inhalations volontaires. Les musiques proposées sont sales et graveleuses, beaucoup moins lisses qu'on se les imagine sur la planète jazz, mais, contre toute attente, elles laissent surgir la richesse harmonique, la connaissance des échelles mélodiques plus complexes.

Notice: Lock - mediaid8246e45068984442b43527793f6269ba, Date Expiry - 1539879294

3 CRACK-UP

FLEET FOXES

(Nonesuch)

Gardienne des sources originelles de la musique populaire anglo-américaine (blues, country, rock, folk), la mouvance americana a été bouleversée par ce troisième opus studio de Fleet Foxes : tout simplement magistral ! Superbement harmonisées, les voix transcendent le legs des Byrds, Beach Boys, Beatles, Crosby, Stills. Haute maîtrise de la tradition et transcendance dans la réalisation, la composition et les arrangements. On y contemple des extensions harmoniques et des métriques carrément issues de la musique contemporaine, on y savoure de nouveaux procédés d'enregistrement, on y admire cette manière de ficeler les voix et les instruments, on y valide la répartition de l'instrumentation, on applaudit la diversité de menus ornements orchestraux de toutes natures (acoustiques, électriques, synthétiques). On peut même conclure au chef-d'oeuvre.

Notice: Lock - mediaid745093641d0840ecbdb8517b69334fa0, Date Expiry - 1539879294

4 UTOPIA

BJÖRK

(One Little Indian)

À 52 ans, Björk a imaginé un écosystème postindustriel, continent utopique où triomphent les forces créatrices, l'énergie de l'invective et celle du pardon. Postmodernes et visionnaires, les musiques d'Utopia s'inspirent aussi des temps anciens, Moyen Âge, Renaissance, période baroque. Cette cohabitation d'un lointain passé, du présent et d'un avenir utopique laisse émerger une forêt de sons : flûtes, harpe, percussions, polyphonie et surimpressions, sons naturels, mais également sons de synthèse amalgamés électroniquement par le génial Arca, irruptions bruitistes ou atonales, grooves et hachures polyrythmiques, pics de densité, élans de passion, relâchements, recueillement. La voix et les mélodies proverbiales de l'Islandaise sont les seuls éléments apparemment stables de son art, voilà autant de raisons de s'immerger dans cette Utopia.

5 BIG FISH THEORY

VINCE STAPLES

(ARTium/Blaksmith/Def Jam)

Après la récolte des éloges pour Summertime 06, premier album de Vince Staples, Big Fish Theory s'avère encore meilleur et consacre le talent exceptionnel du rappeur californien. Ce jeune homme de 24 ans ne relève d'aucune tendance évidente, d'aucun mentor, ne ressemble à personne. Sa poésie syncopée est un torrent de thrillers psychologiques, romans fantastiques, dystopies afrofuturistes. Hors piste, le maître d'oeuvre favorise un amalgame sonore des plus singuliers, réunit des beatmakers d'allégeances diverses : techno, ghettotech, bass music (Miami ou Royaume-Uni), garage house, UK garage, footwork, folktronica, hip-hop tout court. Les apparitions au micro sont prestigieuses, de Kendrick Lamar à Damon Albarn en passant par A$AP Rocky. Devinez pourquoi ces pointures ont accepté l'offre de Vince Staples.

6 FLOWER BOY

TYLER, THE CREATOR

(Columbia)

Tyler, the Creator a déjà une discographie de quatre albums studio, coiffée d'un opus de haute tenue : ce (Scum Fuck) Flower Boy vaut tous les détours ! Flow épidermique, R&B inspiré et créatif, easy listening, électro, invités de choix - Lil Wayne et A$AP Rocky, Frank Ocean, Estelle, Kali Uchis, Anna of the North, Rex Orange County. Qui plus est, cet énigmatique MC de 26 ans s'avère un redoutable réalisateur et un compositeur de haute volée. Il est partout, ce Flower Boy - devant, au centre et derrière la production. Quant à ses textes, ils brouillent sciemment les pistes et laissent planer le doute, notamment sur sa propre orientation sexuelle. Fiction ou réalisme autobiographique ? Aucune importance, ce garçon formidablement doué a créé un des meilleurs albums afro-américains cette année.

7 MASSEDUCTION

ST. VINCENT

(Loma Vista/Caroline International)

On l'a crue secrète, cérébrale, introvertie, très douée sur le plan conceptuel. Et puis Annie Clark s'est extirpée de ce cocon pour se révéler la redoutable guitar heroine et bête de scène que l'on connaît. Plus que jamais, on reconnaît aujourd'hui la pertinence et la force de St. Vincent, ses talents de songwriter, sa virtuosité rock, le pouvoir de son personnage. L'esprit rock domine ce Masseduction, les guitares mettent le feu et décapent, les accroches mélodiques sont irrésistibles, les ornements électroniques, parfaitement assortis. Cohérente dans sa trajectoire, Annie Clark peaufine sa courtepointe post-new wave, art rock, art pop, post-électro-pop ou électro. Dans le même élan, elle évoque une existence mouvementée : « pouvoir, sexe, drogue, tristesse, mort, relations humaines en péril ». Rien pour se reposer !

AROMANTICISM

MOSES SUMNEY

(Jagjaguwar)

Cette magnifique voix de contre-ténor plane au-dessus de contrées folk, pop, psychédéliques, R&B, électros, jazz, classiques occidentales. Cordes pour musique de chambre, harpe, guitares, claviers, bois, cuivres, machines, basse, percussions, banjo sont mis au service de cette voix suave. Mélodies soyeuses, fines harmonisations vocales, arrangements subtils, instrumentation diversifiée, équilibre recherché entre classicisme pop et avant-gardisme pop. Aromanticism est gorgé de créativité. Les textes s'avèrent intimes, hypersensibles, romantiques, sensuels, gracieux et inventifs sur toute la ligne. Cet Afro-Américain de Los Angeles mène sa culture un peu plus loin, en déborde le cadre communautaire pour toucher à l'universel.

9 CTRL 

SZA

(Top Dawg/RCA)

Avec l'album CTRL, suivi d'une remarquable performance sur la scène du Corona, Solána Imani Rowe, alias SZA, a sorti l'album R&B par excellence au solstice d'été 2017. Cru, direct, salace, irrévérencieux, authentique sur toute la ligne, le propos général est celui d'une jeune femme libre, en phase avec cette époque d'où les illusions et l'eau de rose sont exclues. La tension entre le texte et la suavité de la musique est plus que réussie dans ce CTRL, on en raffole pour la qualité de sa réalisation, pour la trempe de ses collaborateurs : Kendrick Lamar, Travis Scott, James Fauntleroy et Isaiah Rashad donnent la répartie à la soliste, Pharrell Williams y chante sur une piste, on observe des microcitations de Justin Timberlake, Drake ou même Giorgio Moroder. L'autorité vocale et la personnalité de SZA, la créativité aigre-douce de sa facture en justifient d'autant plus l'impact et le succès.

10 IF ALL I WAS WAS BLACK

MAVIS STAPLES

(Anti)

Leader de Wilco, Jeff Tweedy a choisi d'écrire 11 chansons pour la grande Mavis Staples, originaire de Chicago comme lui. À l'évidence, la chanteuse de 78 ans a toute sa tête et toutes ses tripes. Puissance de l'évocation, inquiétude, dénonciation, espoir, sagesse et lucidité des supermamies sont au programme de cet album contagieux, engagé, hautement mobilisateur, écrit dans le contexte de l'intolérance raciale et de l'ultraconservatisme revenus en force sur ce continent. Sans se dénaturer, Jeff Tweedy s'est parfaitement adapté à Mavis Staples tout en l'invitant à ratisser l'intérieur des terres bien au-delà de ses repères afro-américains. Au programme de cet album aux racines urbaines et rurales, le folk, le blues, le gospel, le funk, le groove, sorte d'americana multiracial. Rencontre au sommet !

DE 11 À 20

Robert Plant, Carry Fire ; Sufjan Stevens, Nico Muhly, Bryce Dessner, James McAlister, Planetarium ; Sampha, Process ; Perfume Genius, No Shape ; Run the Jewels, Run the Jewels 3 ; The War on Drugs, A Deeper Understanding ; LCD Soundsystem, American Dream ; Grizzly Bear, Painted Ruins ; Julien Baker, Turn Out the Lights ; Zola Jesus, Okovi




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