Bien connu du grand public, Louis-Jean Cormier s'est offert dernièrement, avec des associés, un tout nouveau studio d'enregistrement, rue Dandurand, à Montréal.

Publié le 14 août 2017
Philippe Beauchemin LA PRESSE

«Pourquoi investir autant d'argent dans quelque chose qui pourrait ne pas être lucratif? C'est la question existentielle. La réponse est pourtant bien simple: parce que je vais toujours avoir envie de faire de la musique, que j'aurai toujours besoin d'un endroit pour enregistrer et, à la base, parce que c'était un rêve de jeunesse de posséder mon propre studio.»

Au coeur de ce que l'artiste appelle «le quartier général des artisans de la chanson du Québec», le Studio Dandurand bénéficie du va-et-vient constant des musiciens, gracieuseté des locaux de création LaTraque, situés tout près.

«Quand j'arrive le matin, je croise toujours un artiste que je connais. Aujourd'hui, j'ai jasé avec Vivianne [Roy, membre des Hay Babies] et mes deux chums de Karkwa, Julien Sagot et François Lafontaine. Il y a une masse d'amis musiciens à proximité. Il y a aussi des clients potentiels, plus ou moins amateurs, qui viennent parce qu'ils ont envie de faire un produit de qualité. Là, l'investissement devient intéressant.»

Un seul endroit, plusieurs projets

À la fois auteur, compositeur, réalisateur, musicien et maintenant propriétaire, Louis-Jean Cormier est un touche-à-tout. «Aujourd'hui, en 2017, l'artiste qui détient un studio, comme moi, Philippe Brault ou de nombreux autres, et qui sait faire un peu de tout, il a la possibilité de mener à terme des projets plus personnels, en plus de remplir des contrats pour d'autres, et ce, dans un seul endroit. C'est pour cela que la plupart des studios sont détenus par des réalisateurs de nos jours.»

Questionné sur les investissements en constante diminution dans la production et la réalisation au Québec, de même que sur la baisse des ventes de disques produits ici, Louis-Jean Cormier demeure optimiste: «C'est clair qu'il y a un rapport de cause à effet. Pour les producteurs, les labels, moins on vend de disques, moins on peut penser à de futures grosses productions.

«Mais, en même temps, je crois encore que si un album est bien produit, qu'on y met le temps et les efforts, il va être rentable. Il y a encore des gens qui ont à coeur d'investir dans la production et la réalisation, et il y a encore beaucoup d'artistes qui prennent le temps de bien faire le travail.» 

Travailler au rabais

Cette baisse observée des sommes affectées aux productions musicales d'ici a fait diminuer les tarifs des professionnels de l'enregistrement. Une situation que dénonce Louis-Jean Cormier.

«Il n'y a pas d'union des artisans de l'enregistrement sonore ou de convention des réalisateurs de disques. Cela fait en sorte que tout le monde travaille un peu en vase clos. Et, contrairement au plombier qui demande un prix de base fixe, nous, les réalisateurs, on négocie tout le temps. On est rendu à un point où la réalisation d'un album coûte environ 1000 $ par chanson. Mais quand tu passes trois mois à enregistrer un disque, à le peaufiner, à le produire... Ce n'est rien, finalement.

«J'aurais le goût de dire: "Moi, je coûte tel montant par jour. C'est ça le prix de base." Après, l'artiste décidera du temps qu'il veut passer en studio par rapport à ce prix. Certains réalisateurs plus connus pourraient demander un montant additionnel, évidemment, mais il faut tracer un minimum. Il n'y a pas de consensus actuellement chez les réalisateurs, et ça, c'est tannant.»