Financer son album grâce au web

Antoine Corriveau en était à l'étape quasi finale... (Photo: Martin Chamberland, La Presse)

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Antoine Corriveau en était à l'étape quasi finale du mixage de son deuxième album, Les ombres longues, quand son ancien label, les Productions de l'onde, s'est fait flouer par ses propriétaires, l'automne dernier.

Photo: Martin Chamberland, La Presse

De plus en plus de musiciens mènent des campagnes de financement pour mener à bien la production de leur album. Entrevues et cas de figure avec Antoine Corriveau, Carl-Éric Hudon et Géraldine.

Antoine Corriveau vient de lancer son deuxième album avec Coyote Records, étiquette établie associée à Karim Ouellet et Klô Pelgag. Les ombres longues a reçu des critiques de quatre étoiles et plus dans la plupart des médias. Une tempête faisait rage lors de son lancement, mais le Lion d'Or était rempli. Un rêve?

Un rêve après un cauchemar qui l'a forcé à mener une campagne de financement pour achever la production de son album. Antoine Corriveau en était à l'étape quasi finale du mixage quand son ancien label, les Productions de l'onde, s'est fait flouer par ses propriétaires, l'automne dernier.

Antoine Corriveau s'est retrouvé avec une dette de 3000$ (somme qu'il avait avancée pour la réalisation d'un clip) et sans ressources pour assurer l'impression, la mise en marché, les relations de presse et le lancement de son album. Les Productions de l'onde, sauvées par Edgar Bori et Cathie Bonnet, lui ont donné le choix de rester ou de quitter le label.

L'auteur-compositeur-interprète ne voulait pas retarder la sortie de son deuxième album, prévue cet hiver. En décembre dernier, il a donc décidé de solliciter l'aide du public - comme il l'avait fait pour son premier album - en offrant différents forfaits (prévente de l'album, séances d'écoute privées) sur une plateforme web.

Il n'a fallu que deux mois pour qu'il atteigne son objectif de 5000$. Entre-temps, il a obtenu un contrat de disque avec Coyote Records. «C'était inespéré, car je rushais depuis des années», dit-il.

De plus en plus de musiciens mènent des campagnes de financement pour que leur album puisse voir le jour. Des sites comme Indiegogo et Kickstarter se multiplient sur le web. Surtout dans le contexte où les labels prennent de moins en moins de risques. Ils achètent souvent les droits de licence d'un album terminé sans avoir à payer de nouveau les frais de production.

Antoine Corriveau est graphiste; il a donc monté son propre site web en récoltant les ventes avec PayPal. En amassant plus de 5000$, son initiative a suscité plus que le simple encouragement de ses proches. On peut carrément parler de mécénat.

Sans compromis

Antoine Corriveau a concocté Les ombres longues avec le réalisateur Nicolas Grou avant d'être repêché par une maison de disques. Il était sans grands moyens mais libre. «Nicolas a apporté une largeur et une amplitude pour pousser mes chansons plus loin, dit-il. J'aimais l'idée d'arranger une chanson sans me préoccuper du live, quitte à avoir trois tracks de drum

Inspiré par les Nick Cave et Timber Timbre, Antoine Corriveau explore ses zones d'ombre dans des chansons tempétueuses où son coeur et la nature se déchaînent. «Même la saison n'est pas certaine/Le beau se fane et le laid se démène/Mais comme l'hiver cette année tout finit par finir/Si c'est bon pour le mieux», chante-t-il de sa voix ténébreuse.

L'auteur-compositeur-interprète repousse les frontières du folk plus classique de son premier album. «Cet album s'ouvre sur une chanson de sept minutes, alors que sur le dernier, on n'avait mis ça à la fin pour s'adresser à un certain public. On s'en crisse dans le fond. J'ai fait le disque que j'avais envie de faire.»

Au final, cette authenticité a porté ses fruits.

CARL-ÉRIC HUDON : Motivé par une déception

Carl-Éric Hudon a entre les mains un bel album réalisé par Philippe B et enregistré par Sébastien Blais-Montpetit. Un représentant a «magasiné» pour lui une maison de disques, mais la démarche n'a pas porté ses fruits. Heureusement, Nous étions jeunes sortira en avril grâce à une prévente orchestrée sur le site Indiegogo.

«J'ai été motivé par la déception», dit Carl-Éric Hudon.

L'auteur-compositeur a largement dépassé son objectif de 1100$ lui permettant de faire des exemplaires CD de son album. Hier, le décompte indiquait 1649$ (Indiegogo garde une part de 4%).

«Je suis allé au minimum de ce que j'avais besoin et ça fonctionne mieux que je pensais, souligne-t-il. C'était important pour moi de faire une prévente de l'album et non de collecter de l'argent. Mais il y a un côté humain en plus. On dit aux gens: sans vous, le projet n'aura pas lieu.»

Carl-Éric Hudon n'est pas un nouveau venu sur la scène musicale. Ses albums précédents lui ont valu des critiques enviables. Il fait également partie du duo Panache (dont Grosse Boîte a sorti les deux albums).

Nous étions jeunes «s'inscrit dans un registre alternatif, mais il est commercialement viable», dit son géniteur avec raison. À entendre ses pièces pop indie, il est surprenant que l'album n'ait pas suscité l'intérêt des maisons de disques.

En faisant cavalier seul, Carl-Éric Hudon doit assurer l'impression, la mise en marché, la distribution et les relations de presse de son album. «C'est beaucoup de travail, mais c'est la preuve qu'il est possible de se débrouiller et de revenir au DIY

Sachez que Carl-Éric Hudon se produira gratuitement tous les jeudis soir du mois de mai au Divan Orange en formule 6 à 8. Et si l'extrait de son album vous plaît, rendez-vous sur sa page Indiegogo.

GÉRALDINE : Libre à tout prix

Géraldine a mis en vente ce matin une jolie ballade intitulée Tambours de guerre, enregistrée avec le réalisateur Pierre-Philippe «Pilou» Côté. Vendue sur sa page Bandcamp (http://geraldine.bandcamp.com) pour 1$, cette chanson permettra à l'artiste de financer son prochain album.

Vous avez peut-être déjà vu son beau sourire derrière le comptoir du café-bar Le Laïka (où elle ne porte pas son masque, il va sans dire). Pour Géraldine - dont la musique n'a rien à voir avec celle de Grenadine -, la musique n'est pas une carrière mais «un besoin et un exutoire». «C'est un accident heureux qui a fini par prendre beaucoup de place», dit-elle.

Conçu avec Navet Confit, le dernier album de Géraldine, Sold-out capitalisme, donnait dans la pop irrévérencieuse.

«Toi et moi dans mon lit, c'est comme être en bedaine à Hawaïi», chante Géraldine sur Tambours de guerre. Une pièce douce qui ne sera pas nécessairement représentative de son prochain album. «Je veux explorer le thème des pulsions animales qu'on refoule pour vivre en société», annonce-t-elle.

Géraldine ne veut pas de maison de disques, mais elle réussit à s'entourer de musiciens professionnels comme Pilou et Navet Confit qui aiment tout simplement collaborer avec elle. «J'ai beaucoup réfléchi dernièrement et je me suis demandé si j'étais une artiste. J'essaie de placer la musique dans ma vie, mais c'est important pour moi d'être le plus libre possible.»




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