Poirier: créer sans attendre la subvention

Boundary est un projet à part de l'entité... (Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse)

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Boundary est un projet à part de l'entité «Poirier». C'est un retour à la musique ambiante expérimentale de ses débuts avec un son intime, éthéré et introspectif.

Photo: Hugo-Sébastien Aubert, La Presse

Les subventions: un sujet tabou dans l'industrie de la musique. Pourquoi des anglos dévoilent-ils subitement dans leur carrière des albums en français? Pourquoi des artistes francophones se plaignent-ils de ne pas avoir de bourse alors que des groupes anglophones du Mile End sortent des albums improvisés dans leur sous-sol? Pourquoi un artiste «moyen» gagne sa vie avec la musique grâce à un programme gouvernemental alors qu'un autre, «meilleur», doit travailler comme barman?

Évidemment, tout est une question de goût, de compromis artistiques et de chance. Beaucoup d'appelés, peu d'élus, dit l'adage.

Poirier, le DJ et producteur-compositeur, refuse d'être à la remorque des subventions. Il est l'exemple parfait du «do-it-yourself». À 37 ans, il a tourné un peu partout dans le monde et il a sorti huit albums assortis d'un paquet de remix et de EP.

Il a financé à 100% Boundary, album-projet louangé par le New York Times, dont il glisse un exemplaire sur la table pendant notre entrevue. Un album qu'il présentera en spectacle au Centre PHI, jeudi prochain, après une première au festival MUTEK, l'an dernier. «J'ai demandé une subvention [du programme fédéral FACTOR] pour l'album, mais je n'en ai pas eu.»

Bien entendu, l'album d'un groupe rock ou d'un interprète solo coûte plus cher à produire que celui d'un DJ ou d'un compositeur électronique. «Je comprends qu'il y a des projets qui demandent beaucoup d'investissements, mais je trouve ça bizarre que des gens attendent après des bourses. Dans chaque projet, il devrait y avoir un plan A et un plan B.»

«C'est super d'avoir un système de subventions. Mais ce n'est pas un droit; c'est un privilège, poursuit Poirier. Moi, je ne refuse pas les subventions, mais je ne me fais pas ralentir par le processus. Si ça adonne, tant mieux. Et j'aime mieux mettre 1000$ d'heures de travail dans la musique plutôt que dans le remplissage de papiers.»

Dans les arts en général, «les voix les plus singulières» ont émergé sans subvention. Poirier cite les noms des réalisateurs Xavier Dolan et Denis Côté, par exemple. «Ils ont développé un langage cinématographique dans la nécessité de créer. Et il est fort à parier qu'ils auraient aplani leur propos en passant par le système de subventions.»

Un Félix avec Boogat

Poirier a souvent fait des reproches à l'ADISQ. Il a même fait modifier des modalités dans la catégorie électronique. Aujourd'hui, un Félix repose paradoxalement dans la bibliothèque de son salon. Un trophée de la meilleure réalisation partagé avec Boogat pour l'album El Dorado Sunset, qui s'est aussi valu le prix du meilleur disque world, l'automne dernier.

Poirier rappelle que Boogat y chante principalement en espagnol. «J'ai fait beaucoup de lobbying pour qu'il chante dans la langue qu'il veut», raconte-t-il.

Un artiste qui désire chanter en anglais ou dans une autre langue ne doit pas songer à changer pour le français parce qu'il peut obtenir plus facilement une bourse, plaide-t-il. «Si tu as en tête de faire rouge et qu'on te dit que ce serait mieux orange foncé, bien dis-toi qu'au bout du processus, tu dilues ton propos par petites concessions. C'était quoi ton désir au départ?»

Pour Poirier, «la musique québécoise est la musique qu'on fait ici, peu importe la langue».

Qui ne risque rien n'a rien

Poirier se produit régulièrement à l'international. Autre paradoxe, il était le porte-parole de M pour Montréal en 2010 (l'organisme qui favorise l'exportation des artistes québécois à l'étranger), alors que son parcours est celui d'un self-made-man qui «a appris sur le tas». À ceux qui chantent en français, il dit: «Oui, c'est plus difficile, mais qui ne risque rien n'a rien.»

En 2010, Poirier a participé à la Red Bull Music Academy, à Londres. Le 8 mars, il se produira à Barcelone avec le spectacle de Boundary.

Beaucoup de DJ-producteurs montréalais sont expatriés à Berlin. «Je n'ai pas fait de techno minimal ni de house, donc Berlin a peu de lien avec ma musique ambiante», précise-t-il.

Quand Poirier a une idée, rien ne le freine, que ce soit un EP ou l'idée de faire un album de remix du catalogue de Robert Charlebois (subventionné avec l'étiquette La Tribu).

Avec son projet Boundary, Poirier revient à la formule du spectacle live se prêtant à un contexte d'écoute optimal, lui qui se produit surtout en mode DJ depuis des années. «J'aime faire danser les gens, mais j'aime aussi créer de la musique», rappelle-t-il.

Boundary est un projet à part de l'entité «Poirier». C'est un retour à la musique ambiante expérimentale de ses débuts avec un son intime, éthéré et introspectif. «J'aimerais sortir trois albums de Boundary», dit-il.

«Et la semaine prochaine, je sors un nouveau single en tant que Poirier sur Bandcamp sur mon petit label Also Records.»

Poireauter, très peu pour Poirier. Subvention ou pas.

La carrière de Poirier en bref

Avant 2000: Ghislain Poirier anime une émission sur les ondes de CISM et se familiarise avec la production sonore.

2001 : Il sort un premier album intitulé Il n'y a pas de sud avec le label new-yorkais 12K. À l'instar de Deadbeat et Tim Hecker, il donne dans l'électro ambiant minimal.

2002 : Poirier tisse des liens avec la scène hip-hop et des artistes comme Diverse, Face-T et Séba. Il s'intéresse aux rythmes dancehall, reggae et soca.

2005 à 2007 : Poirier est l'hôte des populaires soirées dansantes Bounce le gros au Zoobizarre.

2006 : Poirier fait grand bruit avec la chanson Pour te réchauffer, sur laquelle figurent TTC et Omnikrom.

2007 : Poirier signe un contrat avec le prestigieux label Ninja Tunes et lance l'album No Ground Under.

2009 : Poirier et Ghostbeard inaugurent les soirées Sud-West sur la terrasse Saint-Ambroise.

2012 : Ariane Moffatt demande à Poirier de remixer ses chansons. En résulte le minialbum MA Remix. Poirier lance aussi une poignée de EPs.

2013 : Poirier lance un album pour son nouveau projet Boundary, qu'il présente sur scène en première dans le cadre du festival MUTEK.

2013 : Poirier lance l'album de remix Tout égratigné, où il revisite le catalogue de Robert Charlebois.

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Poirier présente son projet Boundary jeudi au Centre PHI. Avec Montag en première partie. Son album Boundary est en vente (formats physique et numérique) et en écoute sur Soundcloud.




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