À moins d'être juge à La voix et de rafler plusieurs prix au Gala de l'ADISQ comme Louis-Jean Cormier, comment s'assurer que le plus d'oreilles possible entendent les musiques dites émergentes ou écartées des ondes FM?

Publié le 15 nov. 2013
Émilie Côté LA PRESSE

Différentes solutions ont été évoquées lors du Forum sur les musiques émergentes et indépendantes du Québec, qui se tenait mardi et mercredi à Montréal. L'un des faits saillants des discussions: le besoin criant du public d'être guidé et conseillé dans ses choix musicaux.

Mercredi matin, un atelier portait sur la nécessité ou non de développer des outils numériques québécois. Les iTunes, Deezer, Rdio et Songza suffisent-ils? Pourquoi les zik.ca et Poste d'écoute suscitent-ils plus ou moins d'enthousiasme malgré leur imposant catalogue francophone? Faut-il une vitrine indépendante et non tributaire des ventes? Si oui, qui la financera? L'État?

Dorothée Parent-Roy, du distributeur numérique Believe Digital (DEP), croit qu'il faut utiliser les plates-formes musicales existantes puisque le consommateur du Québec veut de la musique à la fois locale et internationale. «Deezer et iTunes ont engagé des gens pour le contenu francophone», a-t-elle fait valoir.

De son côté, Patrice Caron, instigateur du forum et du GAMIQ (Gala alternatif de la musique indépendante du Québec), regrette de voir une partie des revenus aller dans les poches de compagnies étrangères. Mais si les Deezer et Rdio s'intéressent au marché francophone québécois, c'est que la demande est forte.

Tous s'entendent toutefois sur un point: le besoin du grand public d'être guidé par des recommandations musicales. Le «curating», comme on dit en anglais. Les journalistes font ce boulot, mais leur public est plutôt spécialisé, constate-t-on, puisque des gens ignoraient qui était Louis-Jean Cormier quand il a été nommé juge à l'émission La voix.

Quand Half Moon Run et Jason Bajada se produisent sur le plateau de télévision de Pénélope McQuade, leurs étagères se vident le lendemain chez les disquaires. D'où l'idée lancée pendant le forum que des personnalités publiques - comme Guy A. Lepage ou Véronique Cloutier, par exemple - suggèrent des albums à écouter sur une plate-forme quelconque. Et pourquoi ne pas avoir l'équivalent québécois d'un George Stroumboulopoulos ou un répertoire musical inspiré du site Allmusic.com?

Toutes ces propositions sont d'actualité avec la cérémonie du GAMIQ qui a lieu dimanche soir. Les soeurs Boulay, Keith Kouna et Gros Mené dominent les nominations.

Le rôle des radios

Les soeurs Boulay ont par ailleurs lancé un cri du coeur lors du dernier Gala de l'ADISQ en invitant les stations de radio commerciales à encourager les artistes émergents. Elles n'étaient pas les premières à faire une telle sortie, preuve que la situation tarde à changer sur les ondes FM.

Le lendemain, Daniel Brouillette, directeur général de Rythme FM, a dit au Journal de Montréal qu'il avait entendu l'appel des soeurs Boulay.

«On a joué Lisa LeBlanc et Ingrid St-Pierre. On fait notre bout de chemin depuis plusieurs années. On n'est pas désincarné. Il faut être patient. Les soeurs Boulay viennent d'être consacrées à l'ADISQ. On va les jouer bientôt», a-t-il déclaré au journaliste Marc-André Lemieux.

Depuis quelques semaines, une nouvelle initiative de Rouge FM, baptisée «Talent à découvrir», assure à des artistes «émergents» un lot hebdomadaire de 15 diffusions d'une chanson. Marina Orsini a reçu en ondes l'heureuse élue de cette semaine, Chantal Archambault.

Cette initiative de Rouge FM démontre une certaine ouverture. D'autant plus que les stations NRJ ont maintenant un «Buzz» mensuel. En novembre, Sally Folk a succédé à Blé et Peter Peter.

Preuve que le vent est tranquillement en train de tourner...