Fin d'après-midi de décembre. Loud, Lary et Ajust arrivent au Cabaret du Mile-End pendant que Radio Radio fait des tests de son. En soirée, le trio de l'heure assure la première partie du groupe acadien qui a remporté le prix de l'album hip-hop de l'année au dernier gala de l'ADISQ, ce qui a alimenté bien des controverses dans le petit milieu du rap québécois, où les guerres intestines sont nombreuses.

Mis à jour le 21 janv. 2013
Émilie Côté LA PRESSE

Radio Radio fait-il du rap? Le débat est sans fin, mais le trio est assurément la preuve que le rap transcende ses origines. Même chose pour le public de Loud Lary Ajust, qui s'habille davantage chez American Apparel que chez City Styles, et qui a grandi à Outremont plutôt qu'à Montréal-Nord.

«Du rap de hipster». Nous avons entendu cette expression fréquemment pendant la réalisation de notre reportage.

Loud Lary Ajust ne prétend pas être un groupe puriste de la scène hip-hop «classique». «L'album que j'écoute le plus ces temps-ci est celui de Louis-Jean Cormier», dit Lary, qui traîne un exemplaire du livre Du spirituel dans l'art de Wassily Kandinsky dans sa poche droite.

«Quand on était plus jeunes, il y avait les rappeurs, les punks, les rockeurs, les preppys... Dans notre génération, il y a plus d'ouverture et tout le monde prend un peu de tout», ajoute Loud.

Amis depuis le secondaire, Loud et Lary ont grandi à Ahuntsic en écoutant surtout du rock. Ils ont écrit leurs premières chansons rap au cégep. «On a toujours voulu faire de la musique et le rap était le médium le plus facile et le moins cher. On pouvait juster rapper bing bang sur des beats», explique Lary.

Après un premier mixtape intitulé Erreurs de la nature et une aventure solo de Lary avec un projet baptisé La déchéance de Lary Kidd, les deux amis ont rencontré Ajust, reconnu pour ses beats incendiaires. «J'ai été l'un des premiers à sortir des vidéos MPC (une machine comprenant un séquenceur et un échantillonneur) sur YouTube et il y a eu un petit buzz», raconte le producteur/beatmaker.

En mai dernier, Loud Lary Ajust a lancé gratuitement un premier album sur le web, Gullywood, qui s'est retrouvé sur la plupart des palmarès de fin d'année des critiques. Avec des paroles crues (le mot est faible), le trio multiplie les références à la culture populaire (de James Hyndman à Kurt Cobain), tout en parlant de fric, de filles anorexiques et de partys poudrés. «L'accomplissement matériel, la débauche, l'hédonisme, la réalité dans la vingtaine à Montréal... La confrontation entre ce qu'on veut et ce qu'on a», explique Lary.

À la fin du mois de mars, Loud Lary Ajust va sortir un album remix avec des collaborations de DJ Manifest, Rough Sound, Koma Karma, de même que Koriass et Alaclair Ensemble. Le groupe aimerait également aller à Austin, au Festival South by Southwest (SXSW).

Chose certaine: il n'a pas fini de faire parler de lui.

Extrait de la chanson Outremont

Des jolies jeunes broads anorexiques en Prada

Mad skinny jeans, black limousine

Anti-dépresseurs, pills toute sorte de couleurs

Tombe à terre en moins d'une demi-heure, so partie remise

Outremont status, get caught up in the lobby