Vent du Nord nous présente son trad conjugué à l'indicatif présent à l'occasion de ce nouveau spectacle, qui fait le lien entre les temps anciens et ceux d'aujourd'hui.

Alain Brunet LA PRESSE

À peine revenu d'une tournée en Océanie, Le Vent du Nord s'apprête à faire sa rentrée montréalaise avec pour matière principale Tromper le temps, cinquième album studio lancé au printemps dernier sous étiquette Borealis. Sérieux coup de vent en perspective, puisque cet excellent quartette doit être désormais considéré comme l'un des plus redoutables de la musique traditionnelle conjuguée à l'indicatif présent.

Olivier Demers (violon, pieds, guitares, voix), Nicolas Boulerice (vielle à roue, piano, accordéon, voix), Réjean Brunet (accordéon, basses, contrebasse, piano, bombarde, voix) et Simon Beaudry (guitare, bouzouki, voix) ont acquis une réputation plus qu'enviable sur la planète trad. Pour la cohésion de leur ensemble, la qualité de leur jeu, les réformes tangibles proposées, leur maturité. De surcroît, pour leur raffinement : lancé en 2010, l'album Symphonique pour quartette et orchestre (symphonique de Québec) fut une véritable réussite à ce titre. En symbiose avec l'ensemble montréalais, les arrangements de l'Américain Tom Myron y évitaient les écueils de la prévisible moquette orchestrale pour projet pop.

Le Vent du Nord souhaite d'ailleurs présenter ce projet à Montréal, mais c'est de l'album Tromper le temps dont il est ici question. Le concert du Gesù, nous apprend Olivier Demers, mettra d'abord en relief le répertoire récent du Vent du Nord auquel s'ajoutent d'autres, plus anciennes, dont certaines n'ont jamais été jouées en concert.

«Avec tous ces albums studio lancés depuis 2003, nous avions le choix. Nous ne nous sommes pas censurés dans le processus de sélection, après quoi Michel Rivard nous a accompagnés afin de régler la présentation sur scène. Avec lui, nous avons passé trois jours au Gesù, sans compter les réunions préparatoires. Michel était venu nous voir en spectacle cet été, il avait vraiment fait ses devoirs pour ensuite trouver avec nous le fil conducteur de notre nouveau spectacle: entre autres objectifs, nous avions envie d'y faire ressortir l'engagement palpable dans notre dernier album, sans que ce soit trop appuyé. Michel nous a vraiment aidés en ce sens, nous avons été très impressionnés par son travail. «

L'expérience

Est-il besoin d'ajouter qu'une décennie d'expérience soufflera sur ce nouveau spectacle?

«Tromper le temps, soulève Olivier Demers, est l'album de gars entre 35 et 40 ans qui ont évolué dans leur musique. Notre nouvelle matière essaie aussi de faire le lien entre les temps anciens et ceux d'aujourd'hui. Nous voulons montrer que nous prenons du vieux pour en faire quelque chose d'actuel. Nous sommes actuels dans le son, l'attitude, la manière de jouer. Les arrangements de voix sont modernes, harmonisés. Aujourd'hui, les groupes trads veulent projeter plus de puissance. Il y a eu une véritable transformation sonore avec notre génération (mi-trentaine, proche quarantaine) et celle qui suit. Nous sommes d'abord dans la musique traditionnelle, mais nous sommes aussi fans de rock et de plusieurs autres genres musicaux. «

La conjugaison à l'indicatif présent est aussi observable dans le propos, Olivier Demers fournit des exemples :

« Nous parlons des gaz de schiste, nous parlons de notre existence en tant que francophones d'Amérique après ce qui fut dit dans le rapport Durham en 1839, nous nous questionnons sur notre avenir, sur la vigilance nécessaire pour éviter notre déclin ou notre extinction.»

Cette relation entre passé et présent, pense notre interviewé, suggère l'intemporalité de la musique trad et des textes qu'elle porte.

« Oui, notre matière première vient du passé, mais nous ne nous sentons pas passéistes pour autant. Nous sommes impliqués dans la société actuelle, nous composons, nous intégrons cette nouvelle matière. Avec cette rentrée en octobre, d'ailleurs, nous rappelons à l'auditoire montréalais que ça ne fait pas mal d'écouter cette musique en tout temps. Nous ne refusons pas de jouer au temps des Fêtes, mais nous n'aimons pas être médiatisés durant cette période. Nous voulons que le style trad soit libéré de ce carcan. «

Le Vent du Nord, 30 octobre à 20h, au Gesù.