Ça ne pouvait être à cause de la pleine lune, il n'y en avait pas hier soir. Mais quoi alors? Le printemps trop hâtif? L'explosion solaire et son orage magnétique? Qu'est-ce qui rendait si fou? Devant des gradins pleins de femmes, le bellâtre Enrique a offert l'une des plus étranges et imprévisibles performances qu'il nous ait été donné de voir au Centre Bell, malgré (ou grâce à) un important retard à l'horaire, des problèmes de son constants, et un invité très, très surprise.

Mis à jour le 18 févr. 2011
Philippe Renaud, Collaboration spéciale LA PRESSE

Le concert avait pourtant sèchement commencé, après les vagues humaines signalant l'impatience de la foule. Les camions, avons-nous appris, étaient restés coincés quelque part, occasionnant un retard d'une heure et quart sur l'horaire. Quand le rideau blanc est finalement tombé, les spectatrices - parlons du public au féminin, la majorité l'emporte - étaient gonflées à bloc.

Ça y était. Boum, boum, boum. L'Enrique Iglesias de 2011 fait dans l'ersatz dance, joue dans les plates-bandes de Black Eyed Peas et cie. La pop qui déhanche et bombe le torse. C'est l'Euphoria, comme dans le titre du récent album du charmeur. Et ça commence avec Tonight (I'm Loving You). «Do you want to go crazy?» a demandé Iglesias, avant de chanter des bouts de la version «explicite» de ladite chanson - il y a qu'à remplacer le mot loving par un plus cru, devinez lequel.

Déjà, les problèmes de son. Iglesias joue avec ses oreillettes, jette des regards sur le côté de la scène, fais signe de monter le volume de ses moniteurs. Pendant tout le concert, l'orchestre assure - batterie, deux percussionnistes, deux guitaristes, bassiste, claviériste, choriste -, mais on entend la voix de la star qu'à moitié.  

Resservant la même vitamine dancefloor dénuée de personnalité, Iglesias pousse ensuite Heartbeat, duo virtuel avec Nicole Scherzinger, rescapée des Pussycat Dolls, qui apparaît sur l'écran géant DEL au fond de la scène. Plus accrocheur, mais d'une banalité sans nom. Ces deux-là n'auront servi qu'à réchauffer la foule, heureusement.

Après s'être excusé de son retard, Iglesias commande la guitare flamenco des plus beaux jours de sa pop romantique. Nunca Te Olvidare, succès béton d'Iglesias fils, et les sourires qui illuminent le Centre Bell. Iglesias au sommet de sa forme: suave, dansant, invitant, racoleur, mais toujours le sourire en coin. Il s'avance sur la passerelle, se porte à genoux devant les chanceuses. Attrape un appareil photo et en prend quelques-unes (dont une de son slip) pour l'élue. Tout d'un coup, c'est près de 13 000 soupirs qu'on croit entendre...  

Or, arrive plus tard le traditionnel moment acoustique du concert où tous les musiciens se retrouvent en groupe pour gratter la sèche au bord du feu de camp imaginaire. Moment de calme et de caresses... et c'est précisément là que ça a dérapé.

Déjà qu'Enrique nous avait avoué être «un peu saoul», voilà qu'il décide de retracer celui qui lui a remis un billet de 20$ près de la passerelle. Un homme, dans la quarantaine, sorte de prédicateur jovial, amusant mais incohérent. Les deux sympathisent sur les petits bancs sur scène, boivent des coups de rhum. Ça dure 10 bonnes et hallucinantes minutes, où on a l'impression qu'Enrique, ravi de sa prise, lui fait passer une interview surréaliste tout en essayant de chanter les chansons prévues à l'horaire sans se faire interrompre. «Va falloir faire plus court, lui dit la star, parce que si le spectacle s'étire après 23h, on va me faire une facture!»

Pour clore en beauté ce moment «acoustique», Iglesias se pointe au bout de la passerelle, se hisse sur la clôture pour chanter Lloro Por Ti. Et invite les fans à venir le rejoindre. D'un coup, les gradins se vident et les spectatrices envahissent le parterre. Geste spontané et généreux. La sécurité en avait plein les bras, c'était beau à voir.

Mais puisque 23h approchait, il fallait venir à bout de ce bizarre de concert. Retour à la pop dansante latino, Cuando Me Enamoro, Be With You, Do You Know en finale avec les confettis, puis trois autres au rappel, dont évidemment Hero.

Attachant personnage, le fils Iglesias. Pas une grande voix, mais un charisme assuré qui lui permet de se pointer à ses concerts avec ses éternels t-shirt, jeans et casquette, comme s'il sortait de l'épicerie, et faire la cour à des milliers de fans qui, elles, s'étaient habillées pour le grand soir. Pas coincé pour deux sous, d'un naturel désarmant, Enrique joue le séducteur avec une pointe d'humour et une autre de dérision des plus rafraîchissantes.