Zeroes Qc, premier album du groupe montréalais Suuns, est arrivé comme une surprise sur le bureau. Lancé chez Secretly Canadian, l'album propose une version originale d'électro-rock, sombre, brut, bluesé, minimaliste. «Même si les critiques avaient été mauvaises, je m'en serais peu soucié. Je sais qu'on a fait un très bon disque, j'ai confiance en notre travail», a dit Ben Shemie, cofondateur du groupe, en concert ce soir à M pour Montréal.

Publié le 19 nov. 2010
Philippe Renaud, collaboration spéciale LA PRESSE

Il ne faut pas y voir de la prétention. Ce garçon sait ce qu'il fait, mais il ne s'attendait pas à ce qu'on s'intéresse aussi vivement à ce Zeroes Qc. Sa parution reste même une surprise.

 

«En arrivant en studio, nous savions exactement ce que nous voulions, comment nous voulions le faire, raconte Ben Shemie. L'album, on l'a enregistré avec Jace Lasek (leader de The Besnard Lakes). Sans nous en parler, il l'a envoyé à ses contacts chez Jagjaguwar et Secretly Canadian. Deux semaines plus tard, on a reçu un coup de fil, ils voulaient absolument le sortir. On a accepté à condition que ce soit cet automne. Jace fait ça parfois, avec les groupes qu'il enregistre. Lorsqu'il entend quelque chose qui lui plait, il démarche en secret...»

Avant de lancer l'album, Secretly Canadian a cependant insisté pour que le groupe change de nom. Depuis quatre ans, Ben et Joe Yarmush donnaient quelques concerts et enregistraient des maquettes sous le nom Zeroes, déjà adopté par «quelques groupes» aux États-Unis. «C'est vrai que ça se google mieux, Suuns, les types du marketing du label ont vite décelé ça», convient-il.

Shemie et Yarmush ont ensuite tissé des liens avec Liam O'Neil et Max Henry, étudiants à l'Université McGill en interprétation jazz. «Pour la plupart des étudiants inscrits en interprétation jazz, le genre en soi est une phase. Ce sont pas mal tous des fans de rock. L'interprétation jazz permet au musicien d'expérimenter avec son instrument», note-t-il.

À entendre Zeroes Qc, on devine les musiciens fans de blues, tant le genre laisse son empreinte sur les compositions du groupe. «C'est la première musique qui m'a accroché, concède Ben. J'ai grandi avec Led Zeppelin, Hendrix, de la big guitar! On voulait de ce son classic rock.» La seconde influence majeure du son Suuns, c'est la musique électronique. «J'ai habité Berlin pendant plusieurs mois en 2006. La scène minimaliste contemporaine, j'adore. À l'époque, c'était Ricardo Villalobos, Monolake, les parutions du label Playhouse, le son de la musique de clubs de là-bas. De ça, on a gardé la basse, surtout.»

Nouveau chapitre

De retour d'une tournée de deux mois avec Land of Talk, Suuns se prépare pour l'Europe au printemps.

«Pour l'instant, on est vidés. Je suis malade, notre équipement est en mauvais état, ça fait du bien d'être de retour à Montréal. Mais je suis content de l'intérêt qu'on nous accorde.» Pitchfork Media s'est même fendu d'une critique favorable à l'égard du groupe montréalais.

«Franchement, réagit Ben, bien que la critique a récemment été publiée, je n'ai pas vu une grosse différence sur notre carrière. Bon! Il y a plus de gens qui prennent contact avec nous, peut-être que ça va mener à quelque chose.»

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Le groupe sera à l'Agité de Québec le 24 novembre, à Toronto le 26, et espère donner un dernier concert de l'année à Montréal en décembre.