À minuit et demi samedi soir , Béatrice Martin - alias Coeur de pirate - triomphait in extremis aux Victoires de la musique en France en décrochant après un long suspense de quatre heures le dernier prix de la soirée: le très convoité trophée de «la» chanson originale de l'année attribué par un vote du public pour Comme des enfants.

Louis-Bernard Robitaille, collaboration spéciale CYBERPRESSE

Ariane Moffatt, de son côté, était déjà heureuse de se retrouver l'une des quatre finalistes dans la catégorie « artiste révélation de l'année » et d'interpréter Je veux tout en direct devant quelque 6000 invités et cinq millions de téléspectateurs pour cette grand-messe annuelle des variétés françaises. Il y avait contre elle une grande favorite: la spectaculaire Izia, fille de Jacques Higelin, qui a confirmé les pronostics.À une époque pas si lointaine, les chanteurs québécois étaient classés parmi les artistes «francophones», c'est à dire non-Français, lorsqu'ils se retrouvaient aux Victoires de la musique en France.

Samedi soir, Coeur de pirate et Ariane Moffatt, petites dernières arrivées sur la scène musicale française, concouraient tout naturellement dans les ligues majeures. À égalité avec les grandes stars, nouvelles ou confirmées, de la chanson française: Johnny Hallyday, Benjamin Biolay, Charlotte Gainsbourg ou Calogero. Dans les coulisses surpeuplées du Zénith de Paris où elles avaient chacune une loge voisine de Bénabar... et de Stevie Wonder, à qui on rendait un hommage solennel. Sans compter le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, qui suivait la cérémonie depuis les coulisses. Ou les grands patrons de la télé publique, et de la radio, qui avait installé un studio pour couvrir l'événement en direct.

«Pour moi, c'était déjà extraordinaire de participer à cet événement énorme, de me retrouver dans le dernier carré des candidats et de chanter en direct devant ce public énorme, disait Ariane Moffatt en interview après la cérémonie. Tout le monde savait qu'Izia était la grande favorite, et donc je ne m'attendais à rien. Même si on ne peut pas s'empêcher d'espérer... Mais je vous jure, c'était impressionnant de se retrouver dans cette fourmilière humaine, de croiser Aznavour ou Stevie Wonder...» Une bonne manière de reprendre sa tournée française jusqu'à la fin du mois de mars. En solo ou en première partie du chanteur «M».

En revanche, au sein de la puissante organisation Barclay qui a pris en main les destinées de Béatrice Martin en France, on ne cachait pas ses espoirs: Coeur de pirate, en lice pour deux prix «publics», révélation de l'année et chanson originale, n'était pas là pour faire de la figuration mais pour gagner. Sa chanson Comme des enfants continue de tourner à plein régime sur toutes les radios, et elle figurait en bonne place dans le clip diffusé depuis une semaine pour annoncer cette 25e cérémonie des Victoires sur Franc 2.

«Je suis plutôt dans la période mal de coeur, nous disait Béatrice Martin vendredi après-midi, Notez que j'ai toujours un trac fou avant les spectacles, et donc ce serait inquiétant si je n'étais pas angoissée. Mais bon, avec ma maison de disque, on a fait tout ce qui était possible: une promotion intensive auprès du public, avec un agenda très chargé. On ne peut quand même pas forcer les gens à voter pour vous! C est déjà extraordinaire que, parmi le nombre incroyable de groupes et de chanteurs, le public m'ait déjà adoptée...

Débarquée en France depuis dix mois à peine, Béatrice Martin affiche déjà des ventes de 200 000 copies. Son agenda français est rempli: à l'Olympia du 15 mars vient de s'ajouter une supplémentaire le 7 juin, au milieu d'une tournée qui durera jusqu'en juillet et s'arrêtera notamment au prestigieux Printemps de Bourges. Avec un nouvel album prévu pour la fin de l'année. Coeur de pirate est une star qui monte.

La soirée avait pourtant mal commencé. Le prix pour la «révélation de l'année», attribué par le public, lui semblait destiné: il lui échappait au profit d'un jeune groupe, Pony pony run run. Aussitôt après, on voyait, précédée de son organisation, la chanteuse de 19 ans - et qui en paraît encore moins -, fendre la cohue pour se diriger vers sa loge. «Bien sûr que je suis déçue, disait-elle l'air fermé, mais la soirée n'est pas finie.» On peut aimer à se produire en public et être timide.

Finalement, c'est à quelques minutes de la fin de l'émission qu'est arrivée la délivrance. Contre trois autres candidats - dont les poids lourds Calogero et Benjamin Biolay -, Béatrice Martin décrochait le prix de la chanson originale de l'année. La récompense la plus convoitée après celle récompensant l'album de l'année (Biolay), l'artiste masculin (Biolay), ou l'artiste féminine de l'année (Olivia Ruiz).

Visiblement intimidée, Béatrice Martin avait préparé son compliment. Et a donc d'abord remercié «mes parents qui m'ont forcée à apprendre le piano». Mais aussi «tous mes petits amis qui m'ont larguée, ce qui m'a fourni matière à écrire des chansons». Après quoi elle s'est remise une nouvelle fois au piano pour interpréter Comme des enfants. Avant de s'éclipser définitivement dans les entrailles du Zénith, trois Victoires dans les bras, l'enfant prodige étant à la fois auteur, compositeur et interprète.

Dans ces cas-là, on dit que l'artiste connaît des débuts prometteurs.