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Bad News Brown: souffler son rap

Bad News Brown, son «harmo» et son marmot,... (Photo: Alain Roberge, La Presse)

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Bad News Brown, son «harmo» et son marmot, Izaiah.

Photo: Alain Roberge, La Presse

Du hip-hop joué à l'harmonica? Personne ne l'avait fait avant Bad News Brown. Dix ans après ses débuts dans le métro de Montréal, le rappeur d'origine haïtienne lance finalement son premier album. Histoire d'un gars qui aurait pu virer plus mal...

L'harmonica est un instrument passe-partout. On le savait. Mais personne, non, vraiment personne ne s'attendait à en entendre dans un disque de hip-hop. C'est pourtant ce que Paul Frappier - alias Bad News Brown - vient de nous offrir avec Born 2 Sin, un album d'électro-rap dominé par la «ruine-babines».

 

Le Montréalais de 32 ans est bien conscient d'être un cas spécial. Voire unique. Il en est même assez fier. Surtout qu'au départ, rien ne le prédestinait à devenir un excentrique de la culture urbaine.

Il y a 10 ans encore, l'avenir de Paul Frappier était plus qu'incertain. Alors que certains de ses potes commençaient à percer dans le milieu du rap québécois (Cat Burglaz, Gone Deep, Sans Pression), lui s'enfonçait dans la dépression et la délinquance.

«Sans l'harmonica, je ne sais pas ce que je serais devenu, raconte cet Haïtien d'origine, adopté en bas âge par une famille blanche de Hudson. Avant de découvrir cet instrument, je traînais dans les rues. Je vendais du weed. Je m'en allais dans le mauvais chemin. Je n'étais pas méchant, mais disons que je fêtais ma jeunesse. À un certain point, j'étais vraiment à la croisée des chemins. Soit je retournais à l'école, soit je m'embarquais dans le vrai crime.»

Un signe

C'est une vieille dame, rencontrée à l'arrêt d'autobus, qui lui a ouvert les yeux.. Paul venait de trouver un harmonica dans le placard de son grand frère. Il s'est mis à en jouer en attendant le prochain bus. Et voilà que cette grand-mère l'aborde, sans plus de formalité.

«Elle m'a dit que son père en jouait quand elle était petite. Que ça faisait longtemps qu'elle avait vu un jeune avec ça dans la main. J'avais mon capuchon. On ne voyait pas mon visage. Je n'avais vraiment pas le profil à être abordé par les petites dames! Mais c'est justement ce qui m'a convaincu de tenter ma chance. Je me suis dit que si elle m'avait remarqué et que je lui avais inspiré confiance, c'était un signe.»

Le lendemain, Paul est allé jouer dans le métro avec son «harmo», son ghettoblaster et un CD de rythmes préprogrammés, habillé comme un vieux bluesman des années 30. Puis il est retourné le surlendemain. Puis le lendemain du surlendemain. Et ainsi de suite, jusqu'à devenir un vrai crack de l'harmonica.

«On ne peut pas dire que j'étais très bon. Au début, on me donnait des sous parce que j'essayais fort! Mais à la longue, c'est parce que je m'étais amélioré» dit Bad News. «Mais bon ou pas, je me disais qu'au moins, je serais le premier!»

De fil en aiguille, Bad News Brown (qui a, soit dit en passant, «emprunté» son nom d'artiste à un ancien lutteur de la WWF) est passé de vedette underground à vedette tout court.

En 2005, l'ONF en a fait le personnage principal d'un documentaire (Music for a Blue Train). Des journaux branchés comme le Mirror et le Nightlife se sont intéressés à son cas. Et les boîtes de nuit ont commencé à l'inviter pour des concerts live avec DJ, ce qui explique l'influence électro/house de son album, «pensé pour les clubs et la performance».

Ce n'est pas tout. Son nom, de plus en connu, est venu aux oreilles des rappeurs américains. Du jour au lendemain, Bad News s'est retrouvé sur scène avec des grosses pointures comme De la Soul, Nas, Ice-T, Cypress Hill et Fat Joe, en plus d'enregistrer quelques «tracks» avec Steve-O de Jackass. «À un certain moment, dit-il, je n'ai pas eu le choix d'arrêter le métro et de me trouver une compagnie de gérance!»

Born 2 Sin est le dernier chapitre de cette longue et patiente ascension. L'album a été enregistré sur Trilateral, l'étiquette personnelle du rappeur, et est actuellement distribué au Canada par la multinationale Fontana/Universal.

Difficile de prédire l'avenir, mais pour ce qui est du présent, Paul Frappier peut décidément cocher la bonne case. «J'ai trouvé ma voix», dit-il en coinçant un énorme harmonica entre ses dents.

EN UN MOT

Born 2 Sin est le premier album d'harmonica hip-hop au monde. Il a été enregistré par un Montréalais qui a fait ses débuts dans le métro.

 




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