«Irrésistible et complètement déprimant.» C'est ainsi que l'illustratrice Élise Gravel décrit l'univers des magazines féminins. Un univers qu'elle a choisi de critiquer par l'entremise de l'humour en publiant Nunuche, parodie réjouissante des publications destinées aux femmes.

Publié le 18 nov. 2010
Nathalie Collard LA PRESSE

Son premier album, consacré à la chirurgie esthétique («Exit les oreilles», pouvait-on lire à la une), paru l'an dernier, a connu un véritable succès auprès des lectrices. Avec Nunuche Gurlz, qui sort en librairie aujourd'hui, elle s'adresse plus spécialement aux 13-18 ans, un public très vulnérable face aux messages de l'industrie de la publicité.

«J'ai toujours aimé m'attaquer à la surconsommation», souligne Élise Gravel qui, avant Nunuche, avait publié, entre autres, le Catalogue des gaspilleurs. Avec ses faux courriers du coeur, ses parodies de publicité et ses tests absurdes, Nunuche Gurlz est la preuve rose sur blanc que la dérision peut être une arme dévastatrice qui atteint sa cible avec beaucoup plus d'efficacité que n'importe quel programme éducatif concocté dans les officines du ministère de l'Éducation.

«Je le fais d'abord pour le plaisir, parce que je trouve ça drôle et amusant, explique la jeune femme, mère de deux fillettes de 2 et 5 ans. Je me défoule aussi, car je suis perturbée lorsque je lis des magazines féminins, je n'aime pas ça, car ils ne me font pas sentir bien. Nunuche me permet d'aborder des sujets comme le culte de la beauté et de la minceur, l'anorexie, etc., mais sans que ce soit trop évident. Je ne veux pas que la connotation éducative paraisse. Je veux qu'on associe le message critique et féministe à quelque chose de cool, pas à quelque chose de plate.»

Élise Gravel affirme que l'idée de rire des publications féminines lui est venue naturellement. «Quand j'étais jeune, j'étais abonnée à Fille d'aujourd'hui et Adorable. Ce n'est pas difficile de niaiser ce monde-là, il est tellement ridicule avec ses conseils, ses petits pots et ses photos de filles parfaites. En fait, j'utilise les armes de cette industrie pour m'en moquer.»

Avec un album destiné aux ados, elle s'attaque en quelque sorte aux racines du mal. «Les magazines sont destinés aux filles de 15 ou 16 ans, mais on réalise que ce sont les petites filles de 8, 9 et 10 ans qui les lisent, observe-t-elle. Or, les enfants n'ont aucune distance et prennent tout au premier degré. En ce sens, je trouve que les magazines sont responsables du phénomène d'hypersexualisation chez les jeunes. À cet âge-là, les fillettes devraient jouer dehors dans la ruelle plutôt que se préoccuper de leur image.

«Les enfants et les ados se font dire quoi penser à longueur de journée, poursuit Élise Gravel. Ils n'ont pas beaucoup de liberté et j'aimerais leur donner un espace ou ils peuvent développer leur esprit critique. Je trouve qu'on les prend trop souvent pour des épais.»

Avec Nunuche, l'illustratrice tend aux filles un miroir déformant. Elle les outille pour mieux critiquer ce qu'on leur présente. «J'aimerais qu'ensuite, lorsqu'elles feuilletteront un vrai magazine, elles le trouvent tout aussi absurde que Nunuche, souligne l'illustratrice. Je trouve ça important de leur montrer une autre vision des choses, de les aider à dédramatiser.»

Pour décider du contenu de son magazine, Élise Gravel dit se fier à son instinct. Dans ce premier numéro de Nunuche Gurlz (spécial chasse aux mecs), on retrouve donc Aliocha Schneider, vedette du film Aurélie Laflamme, très populaire chez les jeunes, ainsi qu'une entrevue avec l'auteure des romans qui ont donné naissance au film, India Desjardins. C'est ce qui s'appelle attirer les mouches avec du miel...

Le premier numéro de Nunuche était l'oeuvre d'un travail solitaire. Pour Nunuche Gurlz, toutefois, la rédactrice en chef s'est entourée d'une petite équipe qui travaille presque bénévolement, selon ses dires, des artistes rencontrés pour la plupart par l'entremise de Facebook. Du romancier Stéphane Dompierre à India Desjardins en passant par Mère indigne (Caroline Allard), les collaborateurs partagent avec Élise Gravel le même esprit caustique et trempent tous leur plume dans la même encre, celle de l'absurde et de la dérision...

______________________________________________________________________________

Élise Gravel sera présente au Salon du livre pour des séances de signature, au stand de la courte échelle, demain de 13 h à 14 h et lundi de 15 h 30 à 17 h, et au stand des 400 coups, demain et dimanche, de 11 h à midi. Il y aura également une animation Nunuche au Carrefour Desjardins samedi de 15 h à 15 h 25.

Les sources d'Élise Gravel

Élise Gravel est très active sur le web et les médias sociaux. Outre son propre site (elisegravel.com), elle anime aussi celui du magazine Nunuche (nunuchemagazine.com), une page Facebook (facebook.com/nunuchemagazine) sur laquelle les fans l'alimentent entre autres d'exemples de publicités désolantes, ainsi qu'un compte Twitter (@NunucheMagazine).

Pour s'inspirer lorsqu'elle prépare son faux magazine féminin, l'illustratrice consulte plusieurs sites internet, dont BoingBoing.com, Gawker.com, Stupid.com, KWAD9.ca et happywomanmagazine.com, site qui, comme Nunuche, se moque des magazines destinés aux femmes.

Lorsqu'elle n'est pas en mode Nunuche, Élise Gravel, qui continue à publier des albums jeunesse, écoute la radio, principalement la Première chaîne de Radio-Canada (95,1 FM) ainsi que CIBL (101,5 FM) et CISM (89,3 FM). Elle lit également des quantités phénoménales d'albums jeunesse ainsi que des bandes dessinées françaises et québécoises. Elle ne lit pas les journaux le matin, elle préfère consulter son propre fil de presse sur l'internet.