Le Wall Street Journal a ouvert lundi une nouvelle phase dans la guerre qui l'oppose au New York Times qu'il entend battre «à domicile» en lançant un supplément quotidien consacré à New York et ses environs.

Paola Messana AGENCE FRANCE-PRESSE

«Mon conseil aux lecteurs? Si vous aimez vraiment le New York Times, lisez le gratuitement en ligne et achetez le Wall Street Journal», a lancé d'entrée de jeu au cours d'une conférence de presse Les Hinton, PDG du quotidien financier racheté il y a deux ans et demi par le magnat australien des médias Rupert Murdoch.

M. Murdoch, patron du groupe News Corp., qui possède également le tabloïd New York Post et la chaîne de télévision Fox, n'était pas présent lundi à la réception somptueuse organisée dans un hôtel de la 5e avenue, pour quelques centaines d'invités.

Le mois dernier, en annonçant le lancement du supplément urbain, le puissant homme d'affaires de 79 ans avait décoché une flèche au NYT, surnommé «La dame grise», une référence à la présentation austère du célèbre quotidien. «À la poursuite de prix journalistiques et d'une réputation nationale, un autre quotidien new-yorkais a cessé de couvrir la ville comme il le faisait auparavant», avait-il dit.

Une opinion qui n'est pas partagée par certains lecteurs assidus du quotidien fondé en 1851 et présidé par Arthur Sulzberger, dont la famille contrôle le journal depuis 1896.

«Je lis le New York Times depuis 30 ans de la première à la dernière page, et j'y trouve tout ce dont j'ai besoin», dit à l'AFP Ed Pappas, un New-Yorkais qui travaille à son compte.

Il continue à l'acheter en kiosque et aime particulièrement certaines plumes d'éditorialistes. «La section urbaine n'est plus dans un cahier séparé comme avant, mais le contenu est toujours satisfaisant, je lis toutes les critiques d'art, de musées, de théâtre, je ne lis pas le WSJ et ne serai probablement pas intéressé», ajoute-t-il.

Actuellement, le NYT, qui tire à un peu moins d'un million d'exemplaires, atteint 5,4 % des foyers de la ville, contre 3,9 % pour le WSJ qui a un tirage national du double.

Selon les analystes, le WSJ chercherait notamment à capter le lectorat féminin de son concurrent, qui vit une période difficile mais vient d'annoncer un retour au bénéfice au 1er trimestre, grâce aux réductions de coûts et au retour des annonceurs.

«Chaque jour le New York Times atteint 1,1 million de passionnés d'art et 1,7 million de femmes à New York», a déclaré lundi la PDG du Times, Janet Robinson, dans une note aux collaborateurs commentant la parution du supplément du WSJ.

Ce lectorat féminin ouvre la porte à des budgets publicitaires précieux, des grands magasins Bloomingdale's ou Macy's, aux joailliers et parfumeurs.

«Nous ne nous en cachons pas, nous voulons attirer un lectorat féminin, en particulier dans la section week-end», a déclaré John Seeley, rédacteur en chef du supplément du WSJ qui porte le titre «Grand New York» («Greater New York»).

Pour mettre sur pied ce supplément quotidien de 10 pages, le WSJ a embauché une trentaine de journalistes et mise sur une maquette colorée et agrémentée de nombreuses photos.

«S'ils veulent attirer les femmes ils vont devoir changer leurs titres», commentait dans le métro une lectrice fidèle du NYT en voyant ceux du premier numéro: un article sur le complot terroriste déjoué à New York en septembre dernier, une photo de baseball, une brève sur les rats dans les quartiers huppés et une analyse du marché de l'immobilier de bureaux.