Ainsi commença la soirée de samedi au Gesù: Mad Skillet est le projet gumbo jazz de John Medeski, qu'il mène avec le guitariste Will Bernard et la section rythmique du Dirty Dozen Brass Band, de La Nouvelle-Orléans - Julian Addison, batterie, Kirk Joseph, sousaphone.

Publié le 30 juin 2018
ALAIN BRUNET LA PRESSE

Le groove afro-louisianais est vraiment typique pour son attitude relaxe, caniculaire et sa pesanteur relaxe. Le remplacement de la basse par un sousaphone n'est pas une innovation mais ce choix sied parfaitement au contexte de cette formation dont on découvrait samedi les vertus dans l'amphithéâtre de la rue Bleury. 

À l'orgue Hammond B3, l'épaisseur des sons et la saleté relative de l'articulation, typiques dans le jeu de John Medeski, se prolongent dans un jeu percussif et mais plus fluide lorsqu'il se met au piano, ce qui mène son collègue guitariste à raffiner ses phrases. Et ça lève encore plus haut lorsque les synthétiseurs analogiques se mettent de la partie; le gumbo louisianais devient plus exploratoire.

Au programme, des pièces du tubiste, du guitariste et surtout du claviériste, sans compter une incursion chez Sun Râ - Golden Lady. Voilà une ascension vers le plaisir, à tel point que le public s'échangera des jappements et hurlements à la lune devant les bardes médusés.

En toute fin de soirée au même Gesù, le célébrissime Marc Ribot soumettait à ses fans un répertoire fondé sur les chants de résistance, adaptés bien sûr à sa sauce. 

Au croisement du jazz, de l'art rock et de la musique latine, Ribot transfigure les protest songs, transmute l'idée qu'on se fait de l'art engagé en musique. Grooves d'enfer, riffs et solos d'enfer à la guitare, évocations carlos santanesques sur fond de free, section rythmique d'enfer, gracieuseté du contrebassiste Brad Jones et du batteur Reinaldo De Jesus, le tout coiffé par les lignes incandescentes du saxophoniste et flûtiste Jay Rodriguez.

Comment, au fait, résister à tout cela ?