Au confluent du jazz, du hip-hop/R&B et de l'électro, Taylor McFerrin fait partie de cet aréopage d'artistes californiens qui s'expriment dans un environnement numérique intégré et assumé. Lancé il y a deux ans sous étiquette Brainfeeeder, son album Early Riser l'a positionné parmi les créateurs les plus intéressants de cette tendance hybride. On en oublie presque qu'il est le fils du célébrissime Bobby McFerrin, grand novateur du chant jazz.

Publié le 2 juill. 2016
Alain Brunet LA PRESSE

«Ayant grandi avec le hip-hop et l'électro, j'ai réalisé très tôt que j'allais prendre un autre chemin que celui de mon père, raconte le musicien, joint à Los Angeles. C'était beaucoup mieux ainsi, car il ne savait pas exactement ce que je faisais ! Il y avait cette distance dès le début...»

Ainsi, Taylor McFerrin jouit de son autonomie artistique, ayant déjoué les pièges dans lesquels tombent si souvent les «fils de»... Même s'il a conservé ce prestigieux nom de famille et s'il invite le paternel à s'immiscer à l'occasion dans son univers, comme sur la chanson Invisible/Visible.

«Avec le temps, je me suis appliqué à bien jouer les claviers, à maîtriser certains concepts harmoniques propres au jazz, à reprendre certaines pratiques associées au jazz, comme l'improvisation. Mon père et moi nous sommes alors rapprochés artistiquement. Nous avons même donné quelques concerts ensemble.»

«Je trouve cool que nous fassions de la musique ensemble mais que nous l'abordions sous des angles différents.»

Notre interviewé se présentera à son tout premier concert montréalais avec des claviers Fender Rhodes et Prophet 6, sans compter un contrôleur midi Ableton APC40 et autres bidules électroniques. Des claviers et outils numériques grâce auxquels il pourra jouer en temps réel, créer des boucles superposées ou encore puiser dans une banque de sons qui lui permettra d'interpréter ses pièces ou de les modifier devant public.

«La dimension improvisée de nos concerts nous permet aussi d'exploiter des formes plus libres et plus ouvertes, souligne McFerrin. Le concert a évolué considérablement; nous y faisons l'expérience de nouvelles pièces de mon prochain album. Après plusieurs mois de tournée, nous avons acquis beaucoup de matière, nous tendons moins à suivre une liste préétablie et nous réagissons mieux au contexte dans lequel nous nous présentons.»

Ce «nous» inclut l'excellent batteur Marcus Gilmore, petit-fils du légendaire Roy Haynes. On l'a souvent vu à l'oeuvre à Montréal, notamment avec le trio de Vijay Iyer dont il est un membre régulier. Ouvert à plusieurs expériences, le percussionniste a joué sur l'album Early Riser de Taylor McFerrin, pour ensuite devenir son partenaire de scène.

«Marcus est un vrai musicien de jazz. Sa participation nous ouvre des portes dans le cadre de plusieurs événements consacrés au jazz. Vu son instrumentation, notre duo peut avoir le son d'un groupe, car la somme des boucles créées en temps réel, du matériel préenregistré et de notre jeu en direct produit un véritable effet orchestral.»

Autodidacte

Faisant équipe avec un jazzman, Taylor McFerrin ne se voit pas jazzman.

«Ma connaissance des claviers m'a bien sûr permis d'explorer plusieurs éléments de jazz, mais je ne prétends pas rivaliser avec les vrais musiciens de jazz acoustique. Je n'ai pas étudié la musique, je proviens plutôt du beatmaking et du DJisme.»

«Je ne vois pas de problème à me trouver quelque part entre le hip-hop, le R&B, l'électro et le jazz.»

Autodidacte, il a développé seul ses techniques de composition, créé sa propre identité sonore.

«Le fait de n'avoir pas été éduqué dans les institutions m'a conduit à cette approche très ouverte. Mais je sais aussi que je dois travailler très fort pour combler cette éducation musicale que je n'ai pas reçue. Je dois maîtriser mes rudiments et m'améliorer aux claviers, même si la qualité de ma musique n'est pas fondée exclusivement sur cette maîtrise.»

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À L'Astral, le 4 juillet à 21 h.