Samian: l'homme derrière le guerrier

Dualité assumée chez Samian, fils d'un père québécois... (Photo David Boily, La Presse)

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Dualité assumée chez Samian, fils d'un père québécois et d'une mère algonquine, née dans la réserve de Pikogan, près d'Amos.

Photo David Boily, La Presse

Daniel Lemay
La Presse

Après un hiatus salvateur, le rappeur Samian revient à la musique avec un CD-synthèse: Enfant de la terre.

À 16 ans, poussé par sa soeur aînée, Samuel Tremblay a participé à un concours de poésie et il a remporté le premier prix. Appelé à lire son poème dans une soirée à l'école des adultes d'Amos, il a pris le micro et s'est mis à rapper. Samian était né...

À 30 ans, connu et reconnu autant dans les réserves que dans les grands centres du Québec, mais miné par les exigences de la scène et de ses engagements personnels, «le rappeur algonquin» s'est effondré.

«J'étais vidé physiquement, psychologiquement, émotivement», explique Samian, rencontré cette semaine pour parler de son retour à la musique avec un troisième CD, qu'il lancera officiellement à l'ouverture de Présence autochtone, jeudi sur la place des Festivals (en exclusivité, entre-temps, à icimusique.ca de Radio-Canada).

Au-delà de la musique, le titre du CD, Enfant de la terre, marque un retour intégral aux origines - «Nous sommes tous enfants de la terre» -, mais prend peut-être un sens particulier pour Samian, fils d'un père québécois emporté récemment par le cancer à 50 ans, et d'une mère algonquine, née dans la réserve de Pikogan, près d'Amos, une des neuf communautés algonquines du Québec, où Samian a vécu jusqu'à l'âge de 12 ans.

«Anishnabeg» est le nom de la langue algonquine que parle son arrière-grand-mère, mais aussi, lit-on, le terme par lequel se désignent tous les Algonquins, pour qui un Anishinabeg est «un humain issu de cette terre».

Mon pays n'a pas de frontière, il n'a pas de couleur; je suis un enfant de la terre.

En même temps que son engagement total pour sa communauté - comme porte-parole de l'OSBL Wapikoni mobile, Samian vient de participer, à l'ONU, aux travaux de l'Instance permanente sur les questions autochtones -, on sent chez le jeune homme une volonté aussi nette de s'intégrer. Ainsi il refusera tout symbole amérindien dans les photos illustrant ses entrevues de promotion, mais dira de sa communauté: «Il faut des médecins, des avocats: les autochtones doivent sortir des réserves!»

Pour y retourner, mieux équipés pour aider les «humains issus de cette terre» à faire face aux immenses défis de nature légale, éducationnelle, sanitaire. Ou pour y chanter la vie, la fraternité et la terre comme le fera Samian samedi prochain au festival innu Nikamu de Maliotenam, près de Sept-Îles, pays de Louis-Jean Cormier, qui y sera bien sûr, et de Kashtin. «Le festival, précise Samian, rend hommage à Philippe McKenzie, une figure très importante de la musique autochtone au Québec.» Philippe McKenzie est considéré comme le père du renouveau musical montagnais.

- Un Algonquin qui débarque chez les Innus, comment ça se passe? Y a-t-il des rivalités «internationales»?

- Pas du tout! Nous sommes tous également fiers d'être des représentants des Premières Nations. Tout le monde est là pour la musique même si on ne comprend pas la langue de l'autre...

Ainsi, Samian pourra chanter quelques chansons en anishnabeg, sa langue ancestrale, et, en langue innue - et sous les cris! -, Ekuen Pua (Ainsi soit-il) de Philippe McKenzie, manière d'hymne national innu popularisé par Claude McKenzie (qui forme Kashtin avec Florent Vollant) et que le rappeur a inclus dans Enfant de la terre.

Samian évoque une oeuvre «personnelle», toute en français, la langue dans laquelle il s'exprime le mieux, qu'il a élaborée entouré de collaborateurs fidèles, dont DJ Horg, qui l'accompagne sur scène depuis les débuts. «Y'a des choses que tu fais juste une fois dans ta vie. Elles doivent être faites et, après, c'est fini...»

Avec ce disque auquel ont participé le groupe afro-montréalais H'Sao, la Péruvienne Esmeralda et Sakay Ottawa, un Atikamekw de Manawan, dans Lanaudière, Samian a réalisé un projet qui, de son propre aveu, lui a «fait du bien», une création qui «montre l'homme derrière le guerrier».

«Plus léger et plus libre», Samian reprend la route, sa route de modèle, d'artiste, de rappeur brasse-la-soupe, d'artiste autochtone engagé dans la recherche du «mieux-vivre ensemble». Sa route d'homme et d'enfant de la terre dont il sait qu'elle ne lui appartient pas.

On n'hérite pas de la terre de nos parents/On l'emprunte à nos enfants.




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