Dès qu’une personnalité engagée dans la communauté commet une bourde, les yeux se tournent vers les organismes auxquels elle est associée. Comment vont-ils réagir ? Vont-ils la protéger, la défendre ou se dissocier d’elle ? La controverse entourant Ludivine Reding ramène le sujet dans l’actualité.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Après le tollé soulevé à la suite de son passage au festival Metro Metro, au cours duquel elle a rejoint le chanteur Enima sur scène, la comédienne Ludivine Reding a mis fin à sa collaboration avec le Réseau Enfants-Retour. Elle était la porte-parole du programme AIMER, qui vise à lutter contre l’exploitation sexuelle des jeunes. Or, Enima a notamment été accusé devant la cour criminelle ontarienne d’infractions liées au proxénétisme et à la traite de personnes, mais les accusations ont été retirées en 2018.

À la lumière de ces événements, Caroline Couillard, vice-présidente de l’agence de relations publiques TACT, n’aurait pas suggéré la fin de cette association aussi rapidement. « Le fit entre Ludivine Reding et le Réseau Enfants-Retour était parfait, dit-elle. Présentement, au Québec, il n’y a personne qui représente mieux cette problématique qu’elle. »

Elle est d’ailleurs persuadée que le public cible de l’organisation, c’est-à-dire les jeunes, juge l’actrice de Fugueuse moins sévèrement que les adultes peuvent le faire. 

« Je ne pense pas que ça aurait nui à la réputation de l’organisme. Au contraire, c’était une occasion de reparler de cette problématique et de l’organisation. »

Caroline Couillard croit qu’il s’agit d’une « erreur de jeunesse » faite dans le feu de l’action « avec la musique et le fun qui règne ». « On s’entend que tout ça se passe rapidement ! », avance-t-elle.

« Mais ça fait partie de la job d’ambassadeur de toujours penser que tu es le visage public de cette marque ou de cette organisation, poursuit-elle. Sa réputation repose en partie sur tes épaules. »

L’experte en relations publiques ajoute que ce sont les organisateurs qui ont invité le rappeur et que Ludivine Reding n’a pas dit qu’elle approuvait les gestes de l’artiste ou les paroles de ses chansons. « Elle n’a rien fait de criminel ! Il faut relativiser. »

« Le fit parfait »

Sans commenter le cas précis de Ludivine Reding, la présidente de l’agence de relations publiques Massy Forget Langlois, Mylène Forget, explique qu’il y a toujours un « risque de dérapage » pour une marque ou un organisme lorsqu’ils s’associent à une personnalité.

Pour minimiser les risques, elle croit que les marques doivent s’assurer d’une « cohérence entre les valeurs et l’image de la personnalité » et les leurs. Plus les valeurs sont les mêmes, plus il y a de chances que la collaboration dure longtemps. Elle donne comme exemple l’association entre Marina Orsini et Tel-jeunes.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

L’humoriste Philippe Laprise s’implique depuis des années auprès des personnes qui vivent avec un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H).

L’humoriste Philippe Laprise explique que les artistes sont souvent « approchés pour plusieurs collaborations ». Il dit s’être promené d’une cause à l’autre avant de trouver la sienne. 

« À un moment, tu trouves vraiment [la cause] qui te touche profondément. Et alors, le fit est parfait. »

Depuis des années, il s’implique auprès des personnes qui vivent avec un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H). Un trouble dont il est atteint, tout comme ses deux enfants.

« À un moment donné, je me suis dit que j’avais un nom, parce que je suis un peu connu, et que j’allais en faire profiter pour faire avancer la cause, dit Philippe Laprise. J’avais envie de changer les choses pour vrai et de faire bouger des affaires. »

Les personnalités devraient-elles se tenir loin des collaborations pour éviter les faux pas ?

« J’encourage complètement les personnalités à appuyer des causes, dit Mylène Forget. Les deux en bénéficient. Les personnalités peuvent faire connaître un côté d’elles-mêmes moins connu du public. »

Pour Philippe Laprise, la question ne se pose pas. Faire du bénévolat en embrassant des causes est sa manière de redonner à ses fans.