Il y aura un demi-siècle, l'an prochain, que les Beatles sont venus à Montréal. Cette visite a tellement marqué le Québec que le musée Pointe-à-Callière a décidé d'en faire une exposition. Pour le meilleur et le moins bon...

Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Tanné d'entendre parler des Beatles? Prenez votre mal en patience.

Alors qu'on s'apprête à célébrer le 50e anniversaire de la première visite du groupe en Amérique, il est à prévoir que plusieurs voudront (encore) revenir sur le phénomène. C'est déjà le cas du musée Pointe-à-Callière, qui vient de lancer sa nouvelle grande exposition: Les Beatles à Montréal.

Présentée jusqu'au 30 mars 2014, cette exposition multimédia raconte à gros traits l'irrésistible montée des Fab Four jusqu'à leur première visite en Amérique. Montréal oblige, on insiste évidemment sur les deux concerts que le groupe a donnés au Forum, le 8 septembre 1964, en expliquant comment ce passage éclair a marqué la jeunesse québécoise.

Beaucoup d'efforts ont été mis pour traduire l'excitation qui régnait à l'époque. Extraits vidéo, objets, photos, chiffres, anecdotes et, bien sûr, musique. Une bande rare du spectacle joue en boucle dans l'expo. On a recueilli les témoignages de ceux qui étaient là (dont Janette Bertrand et Michèle Richard) et intégré une station karaoké, pour permettre aux moins timides de chanter les Beatles (pourvu que la bande-son soit assez forte, ce qui n'était pas le cas au lancement).

Cette approche pop et ludique séduira sûrement les plus jeunes qui veulent s'initier aux Beatles. Témoins de l'incroyable commercialisation de la Beatlemania, la section des produits dérivés leur plaira tout particulièrement. Ils verront que la folie des boys band ne date pas de One Direction - une bonne occasion de remettre quelques petites choses en perspective.

Mais pour les autres, et surtout pour les fans, l'expérience pourrait s'avérer décevante. Car au-delà des bons flashes, l'exposition révèle assez rapidement ses limites.

On pense notamment à tous ces objets de collection, figés dans les vitrines. Ces trésors de sous-sol ont certainement une grande valeur financière. Mais en ce qui nous concerne, ces objets de seconde main ne sont que les «restants» sans intérêt d'une époque révolue, exposés faute de mieux.

Un blouson Beatles ayant appartenu à un animateur de radio de Washington? Bof. Quatre peintures atroces des Beatles faites par un portraitiste jadis renommé? Re-bof. Un coussin Beatles? Un thermos Beatles? Une Bobble Head des Beatles? À la limite, si ça vous fait plaisir.

Mais était-il nécessaire d'exposer des guitares qui ressemblent à celles des Beatles, sans être vraiment celles des Beatles?

Un peu ordinaire, non? Même le Hard Rock Café n'oserait pas faire ça.

Certes, il y a la Rolls psychédélique de John Lennon, une raison en soi pour aller voir l'expo. Mais étant donné que cette bagnole n'a rien à voir ni avec Montréal, ni avec le Québec, ni avec la première visite des Beatles en Amérique, sa présence semble un peu tirée par les cheveux. Fier de sa prise, le musée Pointe-à-Callière ne voulait visiblement pas se préoccuper de ce genre de détail. Elle est disponible? Exhibons-la!

La dernière salle, consacrée aux groupes québécois influencés par les Beatles, n'était pas tellement plus riche, avec sa maigre récolte d'objets rescapés des années 60. Mais ce clin d'oeil au yéyé était historiquement nécessaire. Merci d'y avoir pensé.

Et puis, disons-le: il y a quelque chose de touchant à voir la tunique indienne des Sinners, la basse des Hou Lops ou la batterie des Bel Air ainsi exposées.

Ce n'était peut-être pas les Beatles, mais au moins, c'était leurs vrais instruments.