Malgré la guerre de la Russie en Ukraine, la 59e Biennale de Venise attire des amateurs d’art contemporain du monde entier. Jusqu’au 27 novembre, ils vont quadriller les verdoyants Giardini pour visiter les pavillons nationaux ou se perdre dans les espaces historiques de l’Arsenale, où a été aménagée l’Exposition internationale. Une première à Venise cette année : les femmes artistes sont majoritaires.

Publié le 7 mai
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Au pavillon de l’Ukraine, l’architecte Dana Kosmina a créé Piazza Ucraina, une installation en hommage au peuple ukrainien actuellement sous le feu de l’armée russe. La guerre est évidemment en toile de fond à Venise, qui se trouve à 1850 km de Kyiv. Le président Volodymyr Zelensky a fait une apparition vidéo à la Biennale, lors de son ouverture, prévenant qu’une victoire russe serait un grand danger pour l’art, car le président Vladimir Poutine n’aime pas « le pouvoir de l’art », a-t-il dit.

PHOTO MARCO CAPPELLETTI, FOURNIE PAR LA BIENNALE

L’installation Piazza Ucraina. Avec des sacs empilés semblant protéger une œuvre d’art, près d’un bâtiment en partie brûlé.

Même si le drame de cette guerre est dans tous les esprits, la Biennale de Venise est dans une bulle. Des amateurs du monde entier y viennent – en général une semaine – se relaxer, oublier leurs soucis et découvrir la plus large sélection d’art international réunie en un seul lieu sur la planète, avec les œuvres de quelque 300 artistes.

Venise, c’est un peu les Oscars de l’art contemporain. Un instantané de ce qui se crée dans le monde des arts visuels en ce moment. Avec, cette année, 80 expositions dans 80 pavillons nationaux, notamment ceux des Giardini (un grand parc de Venise), et une Exposition internationale qui déploie – à l’Arsenale et dans le pavillon central des Giardini – le travail de 213 artistes provenant de 58 pays, dont 180 exposent pour la première fois à la Biennale. Une profusion qui donne l’impression d’un véritable tourbillon artistique.

PHOTO ANDREA AVEZZÙ, FOURNIE PAR LA BIENNALE DE VENISE

Cecilia Alemani, commissaire de l’Exposition internationale

Sur les 213 artistes de l’expo internationale, The Milk of Dreams, concoctée par la commissaire Cecilia Alemani, une majorité sont des femmes ou des personnes non genrées, a-t-elle annoncé. C’est une première en 127 ans à la Biennale de Venise. Et ça ne plaît pas à tout le monde. Certains critiques d’art ont estimé qu’en faisant la part belle, de façon inédite, à des artistes femmes (majoritairement d’Europe et d’Amérique), la commissaire n’aurait pas fait complètement le tour du thème de l’exposition et que la qualité de la présentation s’en ressentirait.

N’ayant pas encore visité The Milk of Dreams, nous nous garderons bien d’entrer dans ce débat. Précisons toutefois que Cecilia Alemani, une commissaire italienne établie à New York, a voulu favoriser une réflexion autour de la survie des espèces, dont la nôtre, la vie, la représentation du corps, nos relations avec les technologies et avec notre environnement. Pour montrer des œuvres « qui peuvent nous aider à imaginer de nouvelles façons de coexister », a dit Mme Alemani lors de l’ouverture de la Biennale.

De retour à Montréal, Rhéal Lanthier, cofondateur d’Art mûr, qui s’est rendu pour la quatrième fois à la Biennale, estime que 2022 est un cru très ouvert sur les différences. « On a senti une ouverture pour inclure des gens de différentes nations, avec différentes approches, dit-il. J’ai trouvé ça très inclusif. »

PHOTO MARCO CAPPELLETTI, FOURNIE PAR LA BIENNALE

Œuvres d’Ovartaci, l’artiste danois Louis Marcussen (1894-1985)

La variété est au menu de cette 59e édition, les nations modernes semblant de plus en plus à l’écoute des revendications exprimées pour qu’une représentation plus juste de la réalité démographique soit respectée. Le Canada, avec Stan Douglas, a choisi pour la première fois un artiste noir pour occuper son pavillon.

Lisez « Stan Douglas : notre histoire en images »

Les États-Unis ont sélectionné la sculpteure noire Simone Leigh. Un choix judicieux, puisque le jury de la Biennale lui a remis la plus haute distinction de l’évènement, le Lion d’or de la meilleure artiste.

  • Simone Leigh recevant son Lion d’or

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    Simone Leigh recevant son Lion d’or

  • Installation de Simone Leigh au pavillon américain

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    Installation de Simone Leigh au pavillon américain

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La Grande-Bretagne a aussi choisi une artiste noire, Sonia Boyce. Cela a valu aux Britanniques d’être récompensés du Lion d’or du meilleur pavillon pour l’exposition Feeling Her Way, de cette plasticienne et performeuse féministe qui présente une installation vidéo célébrant les musiciennes noires.

PHOTO ANDREA AVEZZÙ, FOURNIE PAR LA BIENNALE DE VENISE

Sonia Boyce recevant le Lion d’or pour son exposition dans le pavillon britannique.

La France avait également fait le pari de la diversité en présentant dans son pavillon le travail de Zineb Sedira. Originaire de l’Algérie et née à Paris en 1963, elle a étudié à Londres, où elle vit actuellement. Le jury a remis à la France une Mention spéciale pour Les rêves n’ont pas de titre de Mme Sedira. Cette expo est un hommage à l’avant-garde cinématographique des années 1960 et 1970, illustrée dans trois cités du cinéma – Alger, Venise et Paris – au moyen d’un film, d’une performance et de décors de studios de tournage.

  • L’artiste Zineb Sedira, au centre, tenant sa récompense

    PHOTO ANDREA AVEZZÙ, FOURNIE PAR LA BIENNALE DE VENISE

    L’artiste Zineb Sedira, au centre, tenant sa récompense

  • Exposition de Zineb Sidera

    PHOTO MARCO CAPPELLETTI, FOURNIE PAR LA BIENNALE

    Exposition de Zineb Sidera

  • Exposition de Zineb Sidera

    PHOTO MARCO CAPPELLETTI, FOURNIE PAR LA BIENNALE

    Exposition de Zineb Sidera

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L’artiste inuit de Kinngait Shuvinai Ashoona a aussi obtenu une Mention spéciale du jury de Venise, faisant le bonheur de son galeriste, Hugues Charbonneau. « Elle a été ravie de son succès, dit-il. Quand je lui ai parlé [dans un appel vidéo avec plusieurs personnes], elle nous a humblement rappelé pourquoi on était tous réunis. Parce qu’au-delà du prestige de la Biennale, des artistes font des œuvres, a-t-elle dit. Elle nous a alors montré les dessins sur lesquels elle travaillait, ce jour-là, dans son atelier de Kinngait, entourée de sa communauté, à des milliers de kilomètres de Venise. Puis, elle s’est poliment détournée de cette célébration pour retourner à sa table de travail… »

Consultez d’autres informations sur la Biennale de Venise (en anglais)