Préparez-vous à une bouffée de réconfort ! Dès samedi, vous pourrez vous changer les idées en vous promenant parmi les œuvres apaisantes de Nicolas Party au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), avec le nouvel opus de Pierre Lapointe dans vos oreilles. Présentée jusqu’au 16 octobre, l’exposition L’heure mauve, de l’artiste new-yorkais d’origine suisse, rehaussée par l’ambiance musicale du chanteur québécois, est un pur ravissement.

Publié le 8 février
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Dans une vie, il y a des expositions dont on pressent qu’elles vous marqueront à jamais. Dans les dernières années, il y en a eu quelques-unes au MBAM. Celle de Peter Doig, en 2014, Marc Chagall en couleurs et en musiques, en 2017, ou encore Splendore a Venezia, en 2013. L’heure mauve est de cette trempe.

Il aura fallu un an de travail au musée, à ses équipes, à l’artiste Nicolas Party et au chanteur Pierre Lapointe pour concocter cet évènement muséal qui est, en soi, « une œuvre d’art », comme l’a dit lundi Stéphane Aquin, directeur général du MBAM et initiateur de cette exposition.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Vue de l’exposition L’heure mauve

L’heure mauve est un écrin, un déploiement sur notre relation avec la nature, sous le prisme de l’art. Avec des acryliques, des sculptures, quatre œuvres murales et des pastels de Nicolas Party, grand maître de la figuration symboliste. Et des œuvres de la collection du musée qu’il a choisies et qui dialoguent avec son travail comme avec notre réalité de crise climatique et d’environnement fragilisé.

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Une sculpture de Nicolas Party devant l’une de ses œuvres murales

La visite est un parcours immersif au son des ballades de Pierre Lapointe (apportez votre cellulaire et vos écouteurs !). Une promenade en douceur réconfortante et éveillée. Car si Nicolas Party comme Pierre Lapointe ne sont pas des militants, leurs expressions touchent en profondeur. Et souvent, là où ça fait mal. Par exemple, les paysages des tableaux nous rappellent comment les humains ont conquis montagnes et plaines, exploitant sans mesure leurs ressources.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Au loin, le pastel Paysage, 2021, de Nicolas Party

L’heure mauve est le titre d’un tableau d’Ozias Leduc, mais aussi ce moment entre le jour et la nuit. « Ce qui est entre les choses m’intéresse », nous dit Nicolas Party. Ce qu’on nomme l’espace liminal. Cette transition entre deux éléments, entre deux univers. Entre les œuvres du musée et les siennes. Entre les arts visuels et la musique. Entre homme et femme, avec ses portraits et ses sculptures de personnages androgynes.

Œuvres de la collection du MBAM choisies par Nicolas Party

  • L’heure mauve, 1921, Ozias Leduc (1864-1955)

    PHOTO BRIAN MERRETT, FOURNIE PAR LE MBAM

    L’heure mauve, 1921, Ozias Leduc (1864-1955)

  • Ruine de château avec deux aigles tournoyant, 1886, Arnold Böcklin

    PHOTO CHRISTINE GUEST, FOURNIE PAR LE MBAM

    Ruine de château avec deux aigles tournoyant, 1886, Arnold Böcklin

  • La charrue, 1931-1933, Anne Savage

    PHOTO BRIAN MERRETT, FOURNIE PAR LE MBAM

    La charrue, 1931-1933, Anne Savage

  • Mount Temple, vers 1925, Lawren Harris

    PHOTO FOURNIE PAR LE MBAM

    Mount Temple, vers 1925, Lawren Harris

  • Le bûcheron, 1910, Ferdinand Hodler

    PHOTO CHRISTINE GUEST, FOURNIE PAR LE MBAM

    Le bûcheron, 1910, Ferdinand Hodler

  • Dans le nord, 1915, Tom Thomson

    PHOTO DENIS FARLEY, FOURNIE PAR LE MBAM

    Dans le nord, 1915, Tom Thomson

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L’exposition est constituée de sept salles, reliées par des touches architecturales soignées. Large porte ou arche. Dans la première salle, peinte en vert sombre, la visite débute par deux natures mortes d’Otto Marseus van Schrieck (fleurs et animaux) que Nicolas Party s’est offertes quand il a commencé à en avoir les moyens ! Des huiles du XVIIe associées à des paysages de Gustave Courbet et de Nicolas Poussin et à une œuvre murale au pastel qu’il a faite in situ. Des arbres aux branches enchevêtrées. On a l’impression d’être dans une forêt. Une chaise de Frank Gehry, issue de la collection du musée, donne envie de s’asseoir pour contempler l’œuvre murale.

PHOTO FOURNIE PAR LE MBAM

Une des quatre œuvres murales créées au MBAM par Nicolas Party, dans la première salle de l’exposition

Dans la deuxième salle, dans les tons de rouge bordeaux, de magnifiques pastels, des rochers et des arbres, côtoient une huile de Giacometti. Dans la troisième salle, vert amande, l’œuvre murale Grotte – dont La Presse avait vu le parachèvement – est associée à la toile emblématique Portrait de l’avocat Hugo Simons, d’Otto Dix, et au pastel Portrait avec avocat, de Party, qui en est une inspiration. De proche, on apprécie la façon dont Nicolas Party crée des ombrages avec ses bâtonnets de pastel. Une technique époustouflante.

Lisez notre article « Nicolas Party, le prince du pastel »

PHOTO FOURNIE PAR LE MBAM

Portrait de l’avocat Hugo Simmons, 1925, Otto Dix

La quatrième salle, en bleu foncé, est splendide. Avec pratiquement que des arbres et, en son centre, des chaises longues de la collection du musée, qui « invitent » à admirer tant de beauté. On constate dans les tableaux de Party les emprunts faits aux arbres décharnés de Lawren Harris et de Franklin Carmichael. Et puis, ces petites touches de rouge sur les tiges végétales de son Paysage, 2021, indication de lumière solaire dans un environnement de neige.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La « salle des arbres », avec des chaises longues. Une métaphore de notre état de repos et d’admiration.

La cinquième salle couleur chair est consacrée aux natures mortes, avec les pots de Party inspirés de ceux de Giorgio Morandi. Et puis, une autre œuvre murale, Pêches mauves, sensuelle avec ces fruits ressemblant à de petites fesses ! On retrouve cette sensualité dans le tableau Trois pommes, d’Ozias Leduc, et une autre nature morte de Party : des pommes et des poires couchées les unes sur les autres. Mais avec la toile de Jacques Lisnard, Nature morte aux coquillages et au corail, on passe du libertinage à la conscience quand on apprend que trois de ses coquillages sont des espèces menacées, prévient Stéphane Aquin.

La lucidité se poursuit dans la sixième salle, couleur rouge sang, très dramatique avec deux toiles sur la Destruction de Sodome et Gomorrhe et Forêt rouge, un pastel récent et surprenant de Nicolas Party, sur la réalité des incendies de forêt de plus en plus ravageurs. Une salle sur notre arrogance et notre insouciance, tel que l’illustre le Milon de Crotone, de Charles Meynier. Quand la démesure provoque la chute. Nicolas Party a voulu éveiller des questions chez le visiteur. « Je trouvais que c’était important d’avoir dans certaines salles des accents forts et très directs pour mettre l’accent sur des thématiques actuelles », dit-il.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Dernière salle de l’exposition, avec les sculptures en fibre de verre et mousse de polyuréthane de Nicolas Party

La dernière salle, vert sombre, est une sorte de lieu de recueillement ou de décompression avec des sculptures de Party, mais sans rien sur les murs. Les sculptures sont de grosses têtes androgynes ou des corps démembrés et agenouillés, peuplés de grenouilles, papillons, serpents, vers, animaux symboliques de l’histoire de l’art. Une façon de conclure l’exposition avec un mélange de mysticisme et de références artistiques et historiques.

La conservatrice en chef du musée, Mary-Dailey Desmarais, est très fière de cette exposition qui active de façon novatrice la collection du MBAM avec la collaboration d’un artiste majeur de la scène mondiale de l’art actuel. « Nicolas Party a une capacité de nous transporter ailleurs avec ses installations immersives, mais il a aussi une profonde connaissance de l’histoire de l’art, dit-elle. Il apprécie notre collection, avec laquelle il a travaillé avec respect. Chaque choix d’œuvre a été fait avec rigueur. Son exposition est une invitation à se poser des questions. »

Consultez le site du MBAM