D’origine suisse, Nicolas Party a acquis une renommée internationale en novembre quand son pastel sur lin intitulé Landscape a été adjugé pour 3,2 millions US lors d’une vente chez Christie’s, à New York. Son exposition au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) ne pouvait mieux tomber. La Presse a rencontré l’artiste en train de créer une œuvre murale au pastel.

Publié le 22 janvier
Éric Clément
Éric Clément La Presse

Depuis qu’il a pulvérisé, le 9 novembre, le record de vente aux enchères d’une de ses œuvres, Landscape, offerte à l’organisme de charité New York City AIDS Memorial, le Lausannois d’origine est devenu une vedette médiatique. Sa renommée s’est toutefois forgée progressivement depuis 10 ans.

PHOTO FOURNIE PAR CHRISTIE’S

Landscape, 2021, Nicolas Party, pastel sur lin, 109,2 cm x 91,4 cm

Nicolas Party et le directeur général du MBAM, Stéphane Aquin, se sont connus quand ce dernier était conservateur en chef au musée Hirshhorn, à Washington. C’est grâce à M. Aquin si l’artiste de 41 ans (qui vit à New York) obtient en ce début d’année son premier solo au Canada. C’est aussi la première fois que Nicolas Party crée ses fameuses œuvres murales in situ dans un musée.

En janvier, quatre expos de ses œuvres se sont terminées en même temps. Une à Dijon, une à New York, une à Lugano et une dernière à Hanovre. Le New York Times l’avait surnommé, en 2016, le Buzzy Swiss Artist. Il est devenu, en plus, le Busy Swiss Artist, tout le monde se l’arrache, on est donc chanceux de l’avoir à Montréal. « C’est vrai que tout s’est accéléré depuis le début de la COVID-19 », dit-il à La Presse.

Des œuvres de Nicolas Party, à voir au MBAM dès le 12 février.

  • Portrait avec ruine, 2021

    PHOTO ADAM REICH, FOURNIE PAR LE MBAM

    Portrait avec ruine, 2021

  • Plis, 2021

    PHOTO ADAM REICH, FOURNIE PAR LE MBAM

    Plis, 2021

  • Montagnes, 2018. Avec l’aimable concours du galeriste Xavier Hufkens.

    PHOTO ISABELLE ARTHUIS, FOURNIE PAR LE MBAM

    Montagnes, 2018. Avec l’aimable concours du galeriste Xavier Hufkens.

  • Nature morte, 2017. Avec l’aimable concours de l’artiste et de la Galerie Gregor Staiger, Zurich.

    PHOTO ISABELLE ARTHUIS, FOURNIE PAR LE MBAM

    Nature morte, 2017. Avec l’aimable concours de l’artiste et de la Galerie Gregor Staiger, Zurich.

  • Tronc d’arbre, 2015

    PHOTO ANDREA ROSSETTI, FOURNIE PAR LE MBAM

    Tronc d’arbre, 2015

  • Lever de soleil, 2018. Avec l’aimable concours de l’artiste et du galeriste Xavier Hufkens.

    PHOTO ISABELLE ARTHUIS, FOURNIE PAR LE MBAM

    Lever de soleil, 2018. Avec l’aimable concours de l’artiste et du galeriste Xavier Hufkens.

1/6
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Stéphane Aquin a proposé à Nicolas Party d’exposer ses créations et des œuvres de la collection du MBAM que l’artiste a choisies, et de créer quatre œuvres murales. Le tout, dans le cadre d’un déploiement consacré à la nature.

L’auteur-compositeur-interprète Pierre Lapointe a mis en chanson chacune des salles qui composent le parcours de l’expo. Ses 14 pièces musicales, réunies sur l’album à paraître L’heure mauve, rassembleront des créations originales en même temps que des reprises de grands classiques – de Félix Leclerc à Kurt Weill.

Quand on gravit les marches imposantes du pavillon Hornstein, apparaît la première des quatre œuvres murales, créée à la peinture à l’huile. Un paysage de coucher de soleil typique de Party. Une interprétation symboliste et calme de la nature, avec une touche tout en rondeurs et un style qui croise design, bédé, graphisme et surréalisme.

  • L’œuvre murale à l’huile de Nicolas Party au MBAM

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    L’œuvre murale à l’huile de Nicolas Party au MBAM

  • Nicolas Party devant son œuvre murale

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    Nicolas Party devant son œuvre murale

1/2
  •  
  •  

La Presse a pu voir Nicolas Party à l’œuvre en train de terminer sa murale au pastel intitulée pour l’instant Grotte. Par-dessus, il installera un tableau d’Otto Dix. Avant de l’entamer, il a apposé de la poussière de bois sur le mur support. Pour que ses pastels (un mélange de pigments et de gomme arabique) adhèrent bien à la surface. Il a aussi opté pour un pastel noir peu intense afin que le contraste avec les tons de vert ne soit pas trop fort.

  • Nicolas Party devant l’œuvre murale Grotte

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    Nicolas Party devant l’œuvre murale Grotte

  • Nicolas Party colore avec le pastel puis adoucit l’effet en passant la paume de sa main sur la couleur.

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    Nicolas Party colore avec le pastel puis adoucit l’effet en passant la paume de sa main sur la couleur.

  • Les pastels secs de Nicolas Party

    PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

    Les pastels secs de Nicolas Party

1/3
  •  
  •  
  •  

L’avantage du pastel pour les murales, c’est que c’est plus rapide. Tu n’as pas à mélanger les couleurs, comme avec de la peinture. Parfois, des artistes emploient des assistants juste pour mélanger les peintures, tellement ça prend du temps.

Nicolas Party

« Avec le pastel, les couleurs se mélangent sur le mur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il y a plus de couleurs en pastel qu’en peinture. Les pastels Roché, à Paris, ont environ 1600 choix de couleurs, alors qu’il y a quelque 100 couleurs pour la peinture à l’huile », dit-il.

L’artiste s’est lancé dans l’univers du pastel après être tombé en pâmoison devant la toile Tête de femme, de Picasso, lors d’une visite à la Fondation Beyeler, en Suisse, en 2013. Nicolas Party avait fait un peu de paysages au pastel sec à l’adolescence et il a choisi d’y revenir pour ajouter un autre médium à son bagage. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ça lui a réussi. Et que ça plaît aux amateurs d’art du monde entier.

PHOTO ADAM REICH, FOURNIE PAR LE MBAM

Portrait avec serpents, 2019, pastel sur toile, 150 cm x 127,2 cm, collection Hirshhorn, Washington

L’exposition L’heure mauve (dont le titre réfère à une œuvre d’Ozias Leduc) va permettre aux visiteurs montréalais de déceler les influences de Nicolas Party. Notamment celle provenant d’une visite au MBAM en 2013, au cours de laquelle il avait découvert la toile Cabane en rondins, de Lawren Harris. « Je l’avais beaucoup aimée, dit-il. J’avais repris les deux arbres de gauche dans une aquarelle. Tels quels. »

Quelques œuvres de la collection du MBAM choisies par l’artiste

  • Cabane en rondins, vers 1925, Lawren Harris, collection MBAM

    PHOTO DENIS FARLEY, MBAM

    Cabane en rondins, vers 1925, Lawren Harris, collection MBAM

  • L’heure mauve, 1921, Ozias Leduc, collection MBAM, © Succession Ozias Leduc/SOCAN (2021)

    PHOTO BRIAN MERRETT, MBAM

    L’heure mauve, 1921, Ozias Leduc, collection MBAM, © Succession Ozias Leduc/SOCAN (2021)

  • Le bûcheron, 1910, Ferdinand Hodler (1853-1918). Prêt de la succession de Michal et Renata Hornstein.

    PHOTO CHRISTINE GUEST, MBAM

    Le bûcheron, 1910, Ferdinand Hodler (1853-1918). Prêt de la succession de Michal et Renata Hornstein.

  • Dans le Nord, 1915, Tom Thomson (1877-1917), collection MBAM

    PHOTO DENIS FARLEY, MBAM

    Dans le Nord, 1915, Tom Thomson (1877-1917), collection MBAM

  • Le mont Temple, vers 1925, Lawren Harris, collection MBAM

    PHOTO FOURNIE PAR LE MBAM

    Le mont Temple, vers 1925, Lawren Harris, collection MBAM

  • Portrait de l’avocat Hugo Simons, 1925, Otto Dix (1891-1969), collection MBAM, © Succession Otto Dix/SOCAN (2021)

    PHOTO BRIAN MERRETT, FOURNIE PAR LE MBAM

    Portrait de l’avocat Hugo Simons, 1925, Otto Dix (1891-1969), collection MBAM, © Succession Otto Dix/SOCAN (2021)

1/6
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Nicolas Party se sent très honoré de présenter ce solo au MBAM. « Pour moi, c’est un énorme projet, dit-il. Je n’en aurai pas un autre de ce type de sitôt. C’est vraiment gigantesque, au niveau du volume, au niveau de l’accès à une collection de très, très haut niveau. Mon prochain projet, plus petit, sera de créer des petits cabinets pour une exposition dans un musée de Milan. Mais pour chaque projet, l’excitation est la même. »

Nicolas Party au Musée des beaux-arts de Montréal dès le 12 février

Bonsoir, il est Party !

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, LA PRESSE

Nicolas Party en action au Musée des beaux-arts de Montréal

C’est dans les rues de Lausanne, à la fin des années 1990, que Nicolas Party a entamé son parcours artistique. Avec des amis graffiteurs, il a bourlingué en Europe pour tapisser les murs et les trains (illégalement, évidemment !) de ses créations. Mais son éveil à l’art datait de sa tendre enfance. Avec un père comptable et une mère longtemps libraire dans un musée, il a plutôt été marqué par son arrière-grand-mère écossaise, qui peignait des meubles usagés pour les décorer. Il a dessiné dès son plus jeune âge, inspiré par la nature.

Très vite, j’ai fait des toiles, alors mes parents m’ont encouragé énormément, car ils voyaient que j’adorais ça.

Nicolas Party

Après sa phase de graffiteur, il est allé étudier les nouveaux médias, le cinéma puis les arts visuels dans une école de Bâle. C’est là qu’il s’est fait remarquer. En 2002, il obtient un prix pour le design d’un jeu électronique, Le Monde de Turimgot. Il crée par la suite des pièces sonores, prend en charge un espace culturel de Lausanne pour encourager l’art expérimental, fait de la musique avec des amis et organise des mises en scène.

Un volet chorégraphique qu’il va conserver. En 2011, alors qu’il étudie à la Glasgow School of Art et découvre la dynamique scène artistique de la ville écossaise, il organise une performance originale à la galerie Modern Institute. Un évènement intitulé Dinner for 24 Elephants, parallèle à son accrochage d’œuvres. Un tournant dans sa carrière. Un repas de sept services dans lequel assiettes, table et tabourets avaient été peints par Nicolas Party, qui faisait lui-même le service des plats… qu’il avait cuisinés !

« Ça a tout changé, en effet, car d’un coup, je suis devenu professionnel, dit-il. La galerie m’a soutenu totalement avec un budget à l’époque pour moi inimaginable. Ça a très bien marché. En même temps, ils ont vendu deux de mes peintures. »

PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

Une œuvre créée par Nicolas Party sur un train, en Europe, durant sa jeunesse

Après, les choses déboulent. Nicolas Party participe à Art Basel, fait l’objet d’articles dans Artforum et le New York Times et expose partout. Musées, galeries, foires, centres d’art. Créant même une grande œuvre murale au Hirshhorn, en 2017. « Mes murales ont attiré les musées, dit-il. Car elles créent une belle interaction avec les visiteurs. »

Quand il a quitté Glasgow pour Bruxelles, il commençait à bien vendre. « Quelque 5000 $ par toile, ça me permettait de vivre », dit-il. En 2018, avec son nouveau galeriste belge Xavier Hufkens, il enregistre un gros succès à Art Brussels. Ses œuvres partent pour plusieurs dizaines de milliers de dollars. Le pastel lui donne un nouvel élan et une nouvelle visibilité.

« Cela m’a pris du temps à construire une narration avec le pastel et de réaliser que c’était un médium intéressant. Ce que j’ai toujours perçu, c’est qu’il y avait un côté très généreux et direct dans [mon] travail, un côté qui n’était peut-être pas très visible dans l’art contemporain. »

Nicolas Party fait partie d’une tradition de paysagistes suisses. Son approche fait un peu penser au symbolisme d’une Georgia O’Keefe, mais c’est avec Félix Valloton (surtout ses gravures sur bois qui évoquent la ligne claire du dessinateur Hergé) que Party a le plus de similitudes dans l’effet donné. Un effet spectaculaire sans être naïf. Avec une esthétique cachant une inévitable recherche d’équilibre. Sans compter que Nicolas Party a également développé sa figuration en la déclinant avec des sculptures spectaculaires.

PHOTO REBECCA FANUELE, FOURNIE PAR LE MBAM

Tête, 2021. Avec l’aimable concours du galeriste Xavier Hufkens.

Les dernières ventes aux enchères ne lui sont pas montées à la tête. Nicolas Party est heureux d’avoir eu une telle interaction entre son travail et le public.

« C’est toujours très agréable, dit-il. Grisant, gratifiant. »

On a toujours l’impression que c’est une chance gigantesque car, comme pour tous les artistes, ça tient à très peu. Ce n’est pas lié au talent, contrairement au sport où le gars travaille comme un dingue depuis 20 ans pour avoir un résultat. C’est lié beaucoup à la chance.

Nicolas Party

Comme il suivait les tendances du marché secondaire depuis deux ou trois ans, il n’a pas été surpris outre mesure que Landscape, évalué à 300 000 $, soit adjugée 11 fois plus cher. « Je me suis rendu compte que ça n’a rien à voir avec une validation quelconque, dit-il. C’est satisfaisant de voir que les prix de vente de mes œuvres ont aussi augmenté sur le premier marché. Mon train de vie augmente. C’est agréable. Quand j’étais à Glasgow, ce n’était pas facile. Il y avait du stress au quotidien. Mais chaque fois que je créais, j’adorais ça. Aujourd’hui, le plaisir est le même. La différence, c’est que rentrer à la maison est plus agréable ! »