La réconciliation avec les Premières Nations n’est pas pour demain, croit l’artiste atikamekw Eruoma Awashish. La mort de Joyce Echaquan, en septembre dernier, le lui a froidement rappelé.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

Mais le vent a tourné, affirme-t-elle. Et nous avançons dans la bonne direction. C’est ce qui a inspiré le titre de sa nouvelle exposition, Sur le chemin, présentée à ciel ouvert sur la place des Festivals du 4 au 8 août, dans le cadre de Présence autochtone. « Je l’ai nommé ainsi car, malgré tout le chemin qu’il nous reste à parcourir, nous sommes en route vers une meilleure reconnaissance de nos droits », raconte l’artiste à La Presse.

Pour en arriver là, il aura fallu des évènements tragiques comme la mort de Joyce Echaquan ou, plus récemment, la découverte de centaines de sépultures d’enfants près d’anciens pensionnats. Mais comme le rappelle Eruoma Awashish, on ne peut changer le passé ; ce qui compte, à présent, c’est ce que l’on en fait.

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Eruoma Awashish

Ces drames peuvent nous servir d’impulsion pour qu’on se mobilise, pour que les Premières Nations cessent d’être invisibles. On peut en tirer quelque chose de beau.

Eruoma Awashish

Comme de l’art, par exemple. Sur le chemin s’inspire des motifs traditionnels des Premières Nations, ceux autrefois gravés dans l’écorce, puis brodés et peints. Les couleurs vont du mauve au jaune, et du bleu au rouge.

« Notre culture est forte, belle et riche. Si elle a survécu à toutes les tentatives d’assimilation, c’est parce qu’elle a su s’adapter, évoluer et s’imprégner au contact de l’autre », affirme Eruoma Awashish. Les huit peintures qui composent l’exposition ont été numérisées, puis imprimées sur des panneaux géants.

Une belle surprise

Ce n’est pas la première participation d’Eruoma Awashish au festival Présence autochtone, loin de là. Mais cette année, l’édition a pris une valeur toute particulière pour l’artiste.

Après tout ce qu’on a vécu, on a besoin de se rassembler, de vivre de beaux moments ensemble. Ça va être chargé en émotions.

Eruoma Awashish

Et en surprises ! Car Sur le chemin n’était pas prévue au programme… Pour la petite histoire, Eruoma Awashish avait d’abord été sollicitée pour illustrer la Déclaration simplifiée des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, une version vulgarisée et écourtée du document original, qui fait plus de 20 pages, publiée conjointement par Amnistie internationale, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse et l’organisme Mikana.

Lorsque les illustrations ont été présentées au groupe, tous se sont entendus pour dire qu’elles devaient vivre ailleurs que dans un dépliant. Eh bien, chose dite, chose faite. Awashish n’a pas mis de temps à transposer ses illustrations sur de plus grands canevas, et en faire une exposition en bonne et due forme.

« Quand ils m’ont proposé de présenter les illustrations dans le cadre du festival, j’étais super contente ! D’abord, parce que ça allait donner une visibilité de plus au projet de la Déclaration, qui est un bel outil pédagogique. Ensuite, parce qu’il faut voir plus d’art autochtone sur la place publique […] Un jour, l’artiste autochtone n’aura plus besoin d’être militant. Il pourra faire de l’art pour de l’art. Mais aujourd’hui, il est un geste d’affirmation. »