(Paris) Les musées français ont rouvert il y a deux semaines et le milieu n’a pas tardé à faire savoir qu’il était toujours bien en vie : cinq jours à peine après le déconfinement, un nouvel établissement consacré à l’art contemporain était inauguré à Paris.

Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

La collection Pinault fait pas mal jaser depuis son ouverture le 22 mai. Radios, télés et journaux ont couvert l’évènement en long et en large. Son fondateur, l’homme d’affaires et milliardaire français François Pinault, en a fait la promotion dans les médias, lui qui est d’ordinaire très discret.

Le mécène cherchait depuis longtemps un lieu pour exposer son immense collection d’art contemporain. Quand la mairie de Paris lui a proposé de s’installer à la Bourse de commerce, il n’a pas hésité. Ce bâtiment circulaire du XVIIIe siècle, situé en plein cœur de la capitale, était aussi unique que bien placé, juste derrière les Halles, à un jet de pierre du Louvre et du Centre Pompidou.

Présentée jusqu’en décembre, l’exposition Ouverture résume bien l’esprit de ce nouvel établissement d’une superficie de 10 500 m2. Entre installations, vidéos, photographies, sculptures, peintures ou performances, les tendances actuelles de l’art contemporain sont quadrillées.

Parmi les points forts : l’aile réservée au plasticien afro-américain David Hammons, qui se consacre aux questions raciales. Ou les statues de cire d’Urs Fischer, dont la fonte en direct vient nous rappeler que tout se consume.

Entre les deux, plusieurs dizaines d’œuvres réalisées par des artistes contemporains de réputation internationale comme Sherrie Levine, Louise Lawler, Bertrand Lavier, Michel Journiac.

  • Des œuvres de David Hammons

    PHOTO SARAH MEYSSONNIER, ARCHIVES REUTERS

    Des œuvres de David Hammons

  • Une sculpture en cire partiellement fondue d’Urs Fischer, réplique du Viol des femmes sabines de Giambologna

    PHOTO CHRISTOPHE ARCHAMBAULT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

    Une sculpture en cire partiellement fondue d’Urs Fischer, réplique du Viol des femmes sabines de Giambologna

  • Une installation photographique de Sherrie Levine

    PHOTO SARAH MEYSSONNIER, ARCHIVES REUTERS

    Une installation photographique de Sherrie Levine

  • L’installation photographique Helms Amendment, 1989, de Louise Lawler

    PHOTO SARAH MEYSSONNIER, ARCHIVES REUTERS

    L’installation photographique Helms Amendment, 1989, de Louise Lawler

  • L’œuvre Blue, 2020, de Bertrand Lavier

    PHOTO SARAH MEYSSONNIER, ARCHIVES REUTERS

    L’œuvre Blue, 2020, de Bertrand Lavier

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Mais ce qu’on retient, surtout, est le remodelage du bâtiment par l’architecte japonais Tadao Ando. Ce dernier a mis en valeur l’espace et l’esprit du lieu en insérant un immense cylindre de béton de 9 mètres de hauteur et de 29 mètres de diamètre dans le foyer central, sous l’immense coupole de verre qui illumine l’endroit.

Les vieux murs sont encore visibles, avec leurs moulures et leurs fresques classiques, mais ils semblent désormais « protégés » par cette enceinte post-industrielle, qui établit un dialogue entre l’ancien et le moderne, à travers un système de couloirs circulaires reliant les salles et les époques.

Étonnement manifeste

PHOTO JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE, LA PRESSE

Les visiteurs lors du passage de La Presse

Lors de notre passage, les visiteurs semblaient d’ailleurs plus curieux du lieu que des œuvres elles-mêmes.

Il faut dire qu’en dépit de son emplacement très central, la Bourse de commerce n’était pas très connue des Parisiens. La plupart des gens à qui nous avons parlé découvraient pour la première fois cette ancienne halle aux blés de 1767, et arpentaient les couloirs circulaires avec un étonnement manifeste.

Grande consommatrice de culture, Sabrina Bouguessa s’est empressée de réserver sa place pour voir ce petit nouveau. Elle ne tarissait pas d’éloges pour la métamorphose du lieu.

Une vraie réussite. Contrairement à d’autres musées, il y a de l’espace et de la lumière.

Sabrina Bouguessa, visiteuse

Jean-Loïc Leguellaff, lui, parle d’une « complète découverte » et admire cette structure de béton qui lui rappelle un peu le Guggenheim de New York.

Le musée se divise en cinq étages, tous connectés par un réseau de couloirs et d’escaliers, qui nous font monter en tournant en rond. Les œuvres sont disposées tout le long de ce parcours circulaire qui fait tourner la tête. Peut-être un peu trop, aux yeux de Marco Forcioli-Comune, qui découvre les lieux avec son frère et ses parents : « J’aime bien tout, mais je ne comprends pas trop l’ordre des salles, ni comment il faut se déplacer », souligne le garçon d’une douzaine d’années.

La vérité vient peut-être de la bouche des enfants. Mais ce bémol n’enlève rien aux impressions favorables de ce lieu original, qui charme par sa lumière, son espace et sa configuration.

La Bourse de commerce — Collection Pinault en chiffres

  • 150 millions d’euros : coût des travaux
  • 10 500 m2 : surface totale, dont 6800 pour les expositions
  • 14 euros : prix d’entrée
  • 2, rue de Viarmes, Paris
Consultez le site de la Bourse de commerce — Collection Pinault