Afin de s’adapter aux circonstances de la pandémie, l’édition 2021 du festival montréalais d’art contemporain prend de l’expansion dans l’espace et dans le temps. La Presse a appris qu’Art souterrain aura lieu du 20 février au 30 avril, d’abord sur l’internet puis dans les espaces publics où auront lieu notamment 12 performances.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

« On aurait pu reporter le festival, mais on a préféré l’allonger et le programmer en deux volets, dit Frédéric Loury, fondateur et directeur général d’Art souterrain. Il y aura un lancement virtuel le 20 février avec des activités numériques, souvent en direct. Le volet physique aura lieu, lui, du 5 au 30 avril, ce qui nous permettra d’entrer de plain-pied dans le printemps ! »

Cette année, le thème d’Art souterrain est Chronométrie. Il explorera les gestes artistiques qui évoquent notre relation au temps, un sujet on ne peut plus actuel alors que nos journées, nos vies, nos libertés ne sont plus les mêmes depuis le début de la pandémie.

IMAGE FOURNIE PAR PAPRIKA

Une des affiches de l’édition 2021 d’Art souterrain, dont le thème est Chronométrie, réalisée par la firme Paprika

« Se greffe à l’actualité le fait que les jeunes générations n’ont pas la même approche quant à la temporalité, dit Frédéric Loury. Les jeunes Y et Z ont une approche bienveillante pour eux-mêmes. Ils veulent séparer clairement le bien-être et l’obligation, ce que la génération X n’a jamais compris ! »

La sélection des œuvres d’Art souterrain – par les commissaires Nathalie Bachand (Québec) et Dulce Pinzon (Mexique) – a été teintée par le climat sanitaire. Plusieurs ont été réalisées depuis le début de la pandémie et presque toutes ont un lien avec la situation, même s’il est parfois accidentel.

Cecilia Jurado Chueca

C’est le cas de l’œuvre de l’artiste péruvienne Cecilia Jurado Chueca qui présentera, dans les espaces du Palais des congrès, We Are Night and Day/Nous sommes la nuit et le jour. Une grande installation en céramique réalisée pour le festival.

PHOTO FOURNIE PAR ART SOUTERRAIN

Maquette de l’installation We Are Night and Day/Nous sommes la nuit et le jour, de Cecilia Jurado Chueca.

L’œuvre évoque, au moyen de hublots, nos « voyages immobiles » depuis mars 2020. Étant donné que bien des avions ont été cloués au sol pendant la pandémie, les gens, pour la plupart, ont été privés de vacances à l’étranger. Les hublots des voyageurs ont été symboliquement remplacés par des écrans d’ordinateur… qui permettent de se dépayser sans pour autant avoir le parfum d’un véritable voyage.

Pascale LeBlanc Lavigne

L’artiste de Québec Pascale LeBlanc Lavigne présentera une installation in situ, La vitrine, qui fait également écho à la crise actuelle. L’œuvre cinétique et robotique sera placée en vitrine d’un commerce vacant de Place Victoria (Tour de la Bourse).

PHOTO FOURNIE PAR ART SOUTERRAIN

Vue de l’installation in situ La vitrine, de Pascale LeBlanc Lavigne

« Il s’agit de bouteilles de savon avec pulvérisateurs et de chiffons qui s’acharnent vainement à nettoyer la vitrine intérieure d’un commerce avec des bras articulés grâce à une quinzaine de moteurs », dit Frédéric Loury.

Au fil des semaines, on a l’impression que le système de nettoyage se fatigue. Une évocation de l’obsolescence programmée, mais aussi des dysfonctionnements associés au temps et à notre quête de perfection impossible à atteindre.

Frédéric Loury, fondateur et directeur général d’Art souterrain à propos de l’œuvre La vitrine, de Pascale LeBlanc Lavigne

L’œuvre suggère également notre condition de confinés, privés de magasinage alors que les vitrines de la plupart des commerces « non essentiels » ne peuvent nous inviter à y entrer. « Cette machine robotisée qui nettoie en vain représente aussi notre gouvernement », lâche Frédéric Loury.

Caroline Monnet

Caroline Monnet fera également partie d’Art souterrain 2021 avec sa grande œuvre History shall speak for itself, que lui avait commandée le Festival international du film de Toronto en 2018. Une imbrication, par bandes verticales, de sa photographie Renaissance et d’images d’archives de représentations stéréotypées de femmes autochtones.

PHOTO CAROLINE MONNET, FOURNIE PAR ART SOUTERRAIN

History shall speak for itself, 2018, Caroline Monnet

History shall speak for itself établit un contraste entre des autochtones fières, modernes et attachées à leurs racines et des autochtones du passé décrites comme passives et soumises. Une œuvre symbolique et majeure, en phase avec Chronométrie, puisqu’elle marque les prémices d’un temps nouveau avec des valeurs d’harmonie et de justice affirmées qui devront être intégrées dans des actes de changement.

Art vivant

L’art vivant est aussi encouragé cette année par Art souterrain avec un volet de 12 performances et des artistes tels que Chun Hua Catherine Dong, Léo Gaudreault, Francis O’Shaughnessy, Jeremy Saya, Laurence Beaudoin Morin ou encore Mai Nguyen.

PHOTO CHUN HUA CATHERINE DONG, FOURNIE PAR ART SOUTERRAIN

Une des 14 photographies du corpus Mother de Chun Hua Catherine Dong, créé en 2017

On a voulu créer un dialogue interdisciplinaire avec de l’art vivant filmé dans des espaces confinés. Quand le festival sera physique, les gens pourront tomber sur une des performances. Mais elles seront aussi diffusées sur les réseaux sociaux, ce qui permettra de leur donner plus de rayonnement.

Frédéric Loury, fondateur et directeur général d’Art souterrain

Beaucoup d’artistes québécois sont donc cette année à Art souterrain. Plus pratique compte tenu de la pandémie, mais Frédéric Loury dit que le festival a aussi voulu gâter les artistes visuels québécois qui vivent des temps difficiles depuis près d’un an. Ils seront donc plus présents en proportion que d’habitude. La liste des artistes invités sera dévoilée prochainement.

La formule mi-virtuelle, mi-physique de cette édition 2021 ne sera toutefois pas reproduite quand la pandémie sera derrière nous, dit Frédéric Loury. « Cela requiert des moyens importants, mais ça nous permet cette année de créer une édition inédite et très diversifiée, dit-il. Une édition qui, j’espère, va nous faire réfléchir sur notre façon, à chacun d’entre nous, de faire la différence. »

> Consultez le site d’Arts souterrain