Les artistes visuels québécois ont dû redoubler d’ardeur en 2020 compte tenu de la pandémie. Pour certains qui ont pu exposer ou vendre leurs œuvres en ligne, l’année a été couronnée de succès. D’autres ont rêvé de jours meilleurs en commençant des projets. Pour les plus jeunes, par contre, ce fut moins réjouissant. Tour d’horizon.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Professeure à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), l’artiste Julie Trudel s’en est bien tirée en 2020. Mais pour ses étudiants, c’est autre chose. « Ils sont en début de carrière, dit-elle. Dans une période de leur développement où ils ont des occasions de voyager et d’exposer à peu de frais, de voir des expos et de se constituer un réseau. Tout cela leur a échappé. »

Un de ses étudiants a ainsi perdu sa session d’échange à La Cambre, une école d’art et de design prestigieuse en Belgique. Il a aussi annulé sa première expo qui devait avoir lieu dans son ancien cégep, fermé à cause de la pandémie. « Ces opportunités manquées ne repasseront pas, dit-elle. Pour ces jeunes, l’ambiance actuelle est décourageante. »

PHOTO HUGO-SEBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Yann Pocreau

Yann Pocreau

Parmi les jeunes artistes qui se sont déjà fait un nom, Yann Pocreau affirme avoir été « magané » par la pandémie. « Elle m’a littéralement paralysé, meurtri, dit-il. J’ai fui l’atelier pendant des mois. Mes expos et projets étaient suspendus, reportés, annulés. » Puis, il est retourné à l’atelier et s’est remis à créer. Il prépare son exposition au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), qui aura lieu en avril si tout va bien, et il vient de signer avec la galerie Blouin-Division.

PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR LA FONDERIE DARLING

L’installation Projections, de Yann Pocreau, à la Fonderie Darling, en 2013

L’année 2020 a aussi signifié « précarité, adaptation constante et incertitude » pour l’artiste Karine Payette. « La communauté et les musées, qui nourrissent un dialogue avec notre pratique, m’ont manqué », dit-elle.

De son côté, Nicolas Grenier avait bien commencé 2020 avec un solo chez Bradley Ertaskiran. Mais ensuite, il a dû se trouver un atelier, le 305 Bellechasse ayant fermé, et n’arrivait pas à sous-louer celui de Los Angeles. « Ça m’a pris beaucoup d’énergie, dit-il. J’ai alors pris du temps pour remettre en perspective des choses importantes — famille, objectifs de vie, implication sociale… »

Jérémie Deschamps Bussières

La famille est également devenue une priorité pour Jérémie Deschamps Bussières en 2020. Sa conjointe a accouché et est retournée à l’université. Le peintre a donc fait une pause dans son enseignement des arts à Trois-Rivières et s’est occupé de leurs deux enfants tout en créant de nouvelles œuvres…

  • Une des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Une des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières

  • Une autre des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Une autre des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières

  • Une des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières (en duo avec sa conjointe !) s’appelle Anna, née l’été dernier, ici avec son papa et son frère, Lévi.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Une des dernières créations de Jérémie Deschamps Bussières (en duo avec sa conjointe !) s’appelle Anna, née l’été dernier, ici avec son papa et son frère, Lévi.

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Employé du MBAM, Moridja Kitenge Banza a eu une bonne année 2020. Son nom et ses œuvres ont circulé. Lui aussi s’est impliqué socialement et il a préparé son solo du mois prochain à Projet Casa. Pascal Grandmaison dit quant à lui avoir observé « le temps en suspension » l’an dernier. Il a donc créé une œuvre sur la dégradation de la matière pendant la pandémie, utilisant comme matériau les feuilles d’une plante qui avaient surgi au printemps et qui sont tombées à l’automne.

PHOTO FOURNIE PAR PASCAL GRANDMAISON

Détail de l’œuvre de 7 pieds sur 45 pieds créée par Pascal Grandmaison pendant la pandémie, sur la dégradation de la matière à travers le temps

Artiste également conceptuel, Pierre Chaumont a présenté son travail en Allemagne en 2020. « J’ai eu aussi des confirmations de résidences en Hollande et en Turquie [reportées], et avec ma femme [Marie Chaumont, fondatrice de SpeakArt], on a pu redonner en autofinançant un pavillon physique et virtuel pour la Bangkok Biennial 2020. »

Eddy Firmin

Pour Eddy Firmin, 2020 avait bien commencé avec un solo à Art mûr. Ensuite, il a dû vivre sans sa femme et sa fille à cause de la pandémie et ses expos ont été reportées. L’année « 2021 s’annonce meilleure, dit-il. Je prépare une biennale d’art contemporain afro et je suis devenu professeur invité à [l’Université] Laval. Je n’ai pas connaissance d’autres professeurs noirs à avoir enseigné en arts visuels et médiatiques dans une université de langue francophone au Québec ».

PHOTO MIKE PATTEN, FOURNIE PAR ART MÛR

L’artiste montréalais Eddy Firmin

Prof à l’UQAM, Michael Blum ne se plaint pas, mais la pandémie a gelé ses projets artistiques. Il a hâte au « printemps post-COVID »… comme Milutin Gubash, qui a exposé au Musée d’art contemporain des Laurentides avant qu’il ne doive fermer. Il a ensuite réalisé une installation vidéo, Quelques oiseaux, dont l’inauguration à la Place des Arts n’a jamais été aussi proche ! Et il a scénarisé une pièce de théâtre, La méthode du magicien, qui a été filmée et sera diffusée sur le web.

  • La main du magicien dans la froide lumière du jour, 2020, Milutin Gubash, techniques mixtes, dimensions variables. Vue de l’exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides. Avec le soutien du CALQ et du Conseil des arts du Canada.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    La main du magicien dans la froide lumière du jour, 2020, Milutin Gubash, techniques mixtes, dimensions variables. Vue de l’exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides. Avec le soutien du CALQ et du Conseil des arts du Canada.

  • Quelques oiseaux, 2020, Milutin Gubash, vue de l’installation à la Place des Arts, œuvre constituée de 35 vidéo de 3 min tournant en boucle, vidéo HD, couleurs, son. Avec le soutien de la Place des Arts et du CALQ.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Quelques oiseaux, 2020, Milutin Gubash, vue de l’installation à la Place des Arts, œuvre constituée de 35 vidéo de 3 min tournant en boucle, vidéo HD, couleurs, son. Avec le soutien de la Place des Arts et du CALQ.

  • La méthode du magicien, 2020, scénario : Milutin Gubash ; mise en scène : Gaétan Paré ; acteurs : Myriam Fournier et Sébastien Dodge ; costumes : Linda Brunelle ; accessoires : Marie-Audrey Jacques ; traduction : Éric Noël ; coproduction : Diffusion En Scène et MacLau. Avec le soutien du CALQ.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    La méthode du magicien, 2020, scénario : Milutin Gubash ; mise en scène : Gaétan Paré ; acteurs : Myriam Fournier et Sébastien Dodge ; costumes : Linda Brunelle ; accessoires : Marie-Audrey Jacques ; traduction : Éric Noël ; coproduction : Diffusion En Scène et MacLau. Avec le soutien du CALQ.

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Sayeh Sarfaraz

L’année 2020 a entraîné une remise en question chez l’artiste d’origine iranienne Sayeh Sarfaraz. « Pour retrouver ma voie dans un monde de l’art contemporain qui me donnait des nausées », dit celle qui a exposé en 2020 à l’espace Adélard de Frelighsburg.

PHOTO FOURNIE PAR SAYEH SARFARAZ

COVID-19 oblige, Sayeh Sarfaraz s’est réinventée en créant une série de cartes postales en 2020, donnant 20 % des ventes au Club des petits-déjeuners.

L’artiste numérique Daniel Iregui a connu, lui, une année 2020 exceptionnelle. Il a vendu une œuvre à un musée de Chicago, a conçu une technologie utilisant l’intelligence artificielle et s’est associé avec le studio d’Éloi Beauchamp. Ils ont montré l’œuvre Antibodies à Dubaï en novembre.

Daniel Iregui a présenté son œuvre Antibodies à Dubaï en novembre

André Desjardins

André Desjardins, au rayonnement international, a connu une bonne année 2020 avec bien des ventes aux États-Unis. La galerie Roccia fondée par sa conjointe, Hélène Bélanger-Martin, a connu un bon été… et le sculpteur de Magog a décroché sa deuxième commande de sculpture monumentale. Une statue de 12 pieds qui sera installée au bord du lac Memphrémagog.

  • André Desjardins en cours de création de sa deuxième sculpture monumentale, financée par un mécène, l’homme d’affaires Luc Paquet

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    André Desjardins en cours de création de sa deuxième sculpture monumentale, financée par un mécène, l’homme d’affaires Luc Paquet

  • Le mécène a offert à la partenaire d’André Desjardins, dans la vie comme en affaires, Hélène Bélanger-Martin, de faire un film sur la création de l’œuvre de 360 kg.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Le mécène a offert à la partenaire d’André Desjardins, dans la vie comme en affaires, Hélène Bélanger-Martin, de faire un film sur la création de l’œuvre de 360 kg.

  • Hélène Bélanger-Martin signera un documentaire de 50 min sur ce projet qu’André Desjardins qualifie de « titanesque ». Intitulée Libre, la sculpture est un hommage au lac Memphrémagog.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Hélène Bélanger-Martin signera un documentaire de 50 min sur ce projet qu’André Desjardins qualifie de « titanesque ». Intitulée Libre, la sculpture est un hommage au lac Memphrémagog.

  • « Le confinement et le contexte de la COVID nous ont, quelque part, permis d’être très près de notre projet », dit le sculpteur André Desjardins, qui a créé son personnage à genoux et les bras ouverts, recevant le vent du lac Memphrémagog.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    « Le confinement et le contexte de la COVID nous ont, quelque part, permis d’être très près de notre projet », dit le sculpteur André Desjardins, qui a créé son personnage à genoux et les bras ouverts, recevant le vent du lac Memphrémagog.

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Pour Line Bastien, 2020 a été marqué par « le plus grand succès de [sa] carrière ». Elle est descendue de son village d’Ivujivik à la fin d’octobre pour exposer ses toiles à la galerie Beaux-arts des Amériques. Un mois plus tard, elle avait presque tout vendu. Christiane Léaud a connu le même succès. Elle a vendu ses 40 collages à la galerie du Viaduc en cinq jours, à la mi-novembre.

  • Avec Michel Daigneault, Stephen Schofield a donné de la visibilité à des collègues en 2020, comme ici aux œuvres de Christine Major.

    PHOTO GUY L’HEUREUX, FOURNIE PAR STEPHEN SCHOFIELD

    Avec Michel Daigneault, Stephen Schofield a donné de la visibilité à des collègues en 2020, comme ici aux œuvres de Christine Major.

  • Vue de l’ensemble You say sweeter, I say sweater, exposé cet automne par Stephen Schofield lors de son solo Slyboots, Contextile dans l’ancienne salle opératoire du Convento de Santo António dos Capuchos, à Guimarães, au Portugal.

    PHOTO ANTONIO CRUZ, FOURNIE PAR STEPHEN SCHOFIELD

    Vue de l’ensemble You say sweeter, I say sweater, exposé cet automne par Stephen Schofield lors de son solo Slyboots, Contextile dans l’ancienne salle opératoire du Convento de Santo António dos Capuchos, à Guimarães, au Portugal.

  • Détail de l’ensemble Le jour où le vent se lève, de Stephen Schofield, intégré à l’architecture du théâtre Alphonse-Desjardins, à Repentigny.

    PHOTO FOURNIE PAR STEPHEN SCHOFIELD

    Détail de l’ensemble Le jour où le vent se lève, de Stephen Schofield, intégré à l’architecture du théâtre Alphonse-Desjardins, à Repentigny.

  • Détail de l’ensemble Le jour où le vent se lève, de Stephen Schofield, intégré à l’architecture du théâtre Alphonse-Desjardins, à Repentigny.

    PHOTO FOURNIE PAR STEPHEN SCHOFIELD

    Détail de l’ensemble Le jour où le vent se lève, de Stephen Schofield, intégré à l’architecture du théâtre Alphonse-Desjardins, à Repentigny.

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L’année 2020 a aussi été un bon cru pour le sculpteur Stephen Schofield. Il a travaillé sur des projets d’art public, a exposé au Portugal et, avec l’artiste Michel Daigneault, a aidé des collègues. « On a profité de notre pignon sur trottoir pour montrer, dans les vitrines de notre atelier, les œuvres de David Merritt et Patrick Mahon, d’Andrea Szilasi, de Christine Major, de Yam Lau et Olie Sorenson, et de Serge Murphy. »

André Michel

André Michel a vu son exposition au Festival d’Avignon reportée en 2020 et son projet avec des gitans en Europe suspendu. Le peintre et sculpteur de Mont-Saint-Hilaire a toutefois continué de créer son Bestiaire de la route touristique du Richelieu et ses 15 fenêtres-sculptures.

  • André Michel a passé une partie de l’année à souder pour fabriquer son Bestiaire de la route touristique du Richelieu.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    André Michel a passé une partie de l’année à souder pour fabriquer son Bestiaire de la route touristique du Richelieu.

  • Une des œuvres du Bestiaire d’André Michel, placée près de la rivière Richelieu

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Une des œuvres du Bestiaire d’André Michel, placée près de la rivière Richelieu

  • Au total, André Michel aura réalisé 15 fenêtres-sculptures qui se retrouvent au bord du Richelieu.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Au total, André Michel aura réalisé 15 fenêtres-sculptures qui se retrouvent au bord du Richelieu.

  • André Michel devant une de ses œuvres

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    André Michel devant une de ses œuvres

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L’artiste franco-ontarien Marc Thivierge n’a pas perdu son temps non plus. Il a créé une visite en 3D de ses peintures qu’on découvre en écoutant de la musique.

Visitez l’exposition virtuelle de Marc Thivierge

Enfin, la photographe Éliane Excoffier n’oubliera pas 2020 de sitôt. « Les premières semaines du confinement au printemps ont été consternantes, terrifiantes, pétrifiantes, dit-elle. Plus de travail ni de revenus. J’étais trop tétanisée pour trouver l’énergie ou l’inspiration créatrice. » Elle a fini par prendre du recul, remettre en marche sa chambre noire et a eu des contrats qui lui ont remonté le moral. Elle exposera l’automne prochain. La vie continue…