Après une période de peintures sur soie puis de dessins, l’artiste montréalaise Christiane Léaud a trouvé sa voie dans les collages, des œuvres réjouissantes, à la fois traditionnelles et contemporaines, qu’elle expose jusqu’à dimanche à la galerie du Viaduc, à Montréal.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Christiane Léaud avait déjà exposé ses premiers collages colorés à l’atelier-galerie d’Alain Piroir il y a deux ans. Relier ce qui est disjoint était une première étape exploratoire qui s’est convertie en une maîtrise du style tel qu’on peut le constater à la galerie de Pierre Lamarche.

De petit et de moyen format, les 40 œuvres de Christiane Léaud sont faites de motifs décoratifs japonais aux impressions riches et variées qu’elle intègre avec harmonie à des traits, des couleurs, des morceaux de papiers colorés et des parties de pages d’un vieux dictionnaire Robert savamment agencées. D’où le nom de l’exposition Robert et moi.

Quelques collages

  • Ex-abrupto, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

    Ex-abrupto, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

  • Charade, 2020, Christiane Léaud, collage, 31 cm x 41 cm.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

    Charade, 2020, Christiane Léaud, collage, 31 cm x 41 cm.

  • Tout de go, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

    Tout de go, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

  • Quatre collages de l’exposition Robert et moi, de Christiane Léaud.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

    Quatre collages de l’exposition Robert et moi, de Christiane Léaud.

  • Déchaînement, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Déchaînement, 2020, Christiane Léaud, collage, 50 cm x 70 cm.

  • Charabia, 2020, Christiane Léaud, collage, 41 cm x 51 cm.

    PHOTO FOURNIE PAR L’ARTISTE

    Charabia, 2020, Christiane Léaud, collage, 41 cm x 51 cm.

  • Mascaron, 2020, Christiane Léaud, collage, 31 cm x 41 cm.

    PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

    Mascaron, 2020, Christiane Léaud, collage, 31 cm x 41 cm.

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« Je fais à chaque fois un arrangement en recentrant les choses avec cohérence, ce qui se fait de façon naturelle, dit l’artiste. Je pars d’un motif découpé tout à fait aléatoire et peu à peu, les choses se constituent tout autour pour en venir à un équilibre qui est l’équilibre du tableau. »

Artiste autodidacte, ex-enseignante de lettres au collège Jean-de-Brébœuf, passionnée par les arts visuels, Christiane Léaud adore les mots et la littérature. Elle a vraiment beaucoup apprécié intégrer des définitions de mots du vocabulaire français dans ses œuvres. Et ce, sans choisir des mots en particulier, car rien n’est conceptuel dans sa démarche.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LAPRESSE

Christiane Léaud avait déjà exposé des collages à l’atelier-galerie d’Alain Piroir il y a deux ans. Relier ce qui est disjoint était une exploration qui s’est convertie en une maîtrise du style tel qu’on peut le constater à la galerie de l’artiste Pierre Lamarche.

« Quand j’ai commencé, je me suis mise à coller de façon anarchique des pages de ce vieux dictionnaire Robert tout déchiré, à l’endroit, à l’envers, superposées, et la page blanche est devenue rassurante, dit Christiane Léaud. Et à la fin, je mets un morceau de noir qui va catalyser le regard. »

On distingue du mouvement dans les collages de Christiane Léaud. Rien n’est symétrique, mais l’œil y trouve rapidement une ordonnance qui nous semble évidente, grâce à un lyrisme esthétique et une sobriété dans la composition. Le conjoint de Christiane Léaud, l’ex-directeur du magazine Vie des arts et écrivain Bernard Lévy, a trouvé les titres de chaque œuvre après avoir repéré un mot dans les morceaux du dictionnaire. À partir de ce mot, il a composé une définition fantaisiste que l’on retrouve dans le catalogue de l’exposition et au dos de chaque œuvre. « Un pied de nez au dictionnaire et à la poésie », dit Christiane Léaud.

Ainsi, pour le collage Mascaron, il écrit « Où volent ainsi les oiseaux ? Ils tournent, indécis, en larges boucles, devant les mascarons, figures grimées et gueules ouvertes qui régurgitent l’eau des fontaines ou grimacent aux frontons des trop belles maisons. Leur laideur éloigne les mauvais sorts. Mais ils ne font peur qu’aux oiseaux. »

L’accrochage de ces œuvres poétiques dans la galerie du Viaduc a été réalisé de belle façon, les œuvres étant associées pour casser une certaine parenté entre elles.

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La galerie du Viaduc que l’artiste Pierre Lamarche rend disponible aux créateurs est située au 5806, boulevard Saint-Laurent, près de la rue Bernard.

En parallèle, Christiane Léaud a publié Futur antérieur, un petit livre d’art non broché, édité par les Éditions du prisme droit, comprenant ses poèmes illustrés par des photographies de ses premiers collages ainsi qu’une œuvre originale offerte. Un ouvrage artisanal mis en page par le graphiste et calligraphe Martin Dufour et dont la jaquette en papier Saint-Armand est imprimée sur presse typographique manuelle.

Voici une proposition artistique réjouissante en ces temps difficiles, les œuvres de Christiane Léaud associant le bienfait des mots et l’harmonie de formes inspirantes.

Robert et moi, au 5806, boulevard Saint-Laurent, à Montréal, jusqu’à ce dimanche 15 novembre.