Si le Metropolitan Museum de New York a annoncé, ce jeudi, la fermeture de ses trois pavillons jusqu’à nouvel ordre pour éviter la propagation du coronavirus, les musées et galeries d’art du Québec ont décidé de demeurer ouverts pour l’instant… tout en prenant des mesures préventives.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Le Musée des beaux-arts de Montréal a décidé de limiter à 250 le nombre de personnes par salle d’exposition. Mais ses concerts, conférences et films sont annulés jusqu’au 25 mars.

Le Musée d’art contemporain de Montréal a décidé de conserver ses heures d’ouverture habituelles, mais il a augmenté son nombre de stations désinfectantes pour les visiteurs et les employés. « On a également ajouté des affichettes dans les salles de bain pour inviter les gens à se laver les mains, dit Roxane Dumas-Noël, responsable des relations publiques au MAC. Et on invite les visiteurs à acheter leurs billets en ligne pour limiter les transactions avec de l’argent liquide. »

Le MAC a toutefois décidé d’annuler la prochaine édition de la Nocturne du MAC, qui devait se tenir le 20 mars et qui accueille chaque fois entre 2000 et 3000 personnes. Le Musée des beaux-arts de Montréal est actuellement en réunion de réflexion sur les mesures qui seront adoptées plus tard aujourd’hui.

Au Musée McCord, Pascale Grignon, directrice Marketing, communications et expérience visiteur, explique que le musée demeure ouvert, mais que les activités familiales et culturelles impliquant une certaine proximité ont été annulées au moins jusqu’au 31 mars. « On invite tout de même nos employés et les visiteurs ayant quel symptôme que ce soit ou ayant été en contact avec une personne à risque de s’abstenir de se présenter au musée. »

À Québec, le Musée de la civilisation reste ouvert au public. « Nous sommes à l’affût de tous changements et directives provenant des gouvernements québécois et canadien, dit Agnès Dufour, relationniste de presse. Toutefois, l’inauguration Histoires de pêche, prévue le 1er avril, est annulée. Les employés en déplacements internationaux sont en isolement volontaire dès leur retour et le télétravail est de mise. »

À Ottawa, le Musée des beaux-arts du Canada a également décidé de demeurer ouvert, mais a ajouté à ses procédures normales de nettoyage quelques mesures additionnelles. « Les surfaces dans tout le musée, notamment les boutons et les poignées de porte, les rampes, les téléphones, les tables et les chaises, sont nettoyés et désinfectés à une fréquence accrue, dit Josée-Britanie Malet, responsable des relations publiques et médiatiques. Des distributeurs de désinfectant pour les mains sont installés dans nos espaces publics. Tous les visiteurs et les employés qui ont des symptômes comme de la fièvre, de la toux ou des difficultés respiratoires sont invités à rester à la maison et à informer leur fournisseur de soins de santé de ces symptômes. »

En région, rien de changé au Musée des beaux-arts de Sherbrooke ni au Musée d’art de Joliette, mais ce dernier a tout de même émis de nouvelles directives au personnel de l’entretien et de l’accueil des visiteurs « pour stériliser les espaces et les surfaces publics ».

La Foire Papier n’a pas pris encore de décision à savoir si l’événement d’art contemporain se tiendra du 24 au 26 avril. « Le premier ministre du Québec recommande d’annuler les événements de plus de 250 personnes alors comme on en 12 000 personnes, c’est sûr qu’on est concerné, dit Julie Lacroix, directrice générale de l’AGAC, qui organise la Foire Papier. Je vais voir avec le conseil d’administration ce qu’on va faire. Ce qui m’inquiète le plus, c’est de savoir si des organismes comme le nôtre auront un filet de sécurité. Beaucoup de dépenses sont déjà engagées. Et peut-on reporter ? Le Grand quai, où on organise Papier, est réservé, après le 26 avril, aux croisiéristes, mais si les croisières sont annulées, cela laisserait une place pour nous en juin. Le problème demeure que les gens voudront-ils venir ? Et comme les assurances ne couvrent pas la pandémie, on n’a pas de remboursement possible… et on est déjà un milieu fragile… »

Le galeriste Hugues Charbonneau est inquiet aussi pour Foire Papier. « C’est un des beaux rassemblements annuels, dit-il. Ce serait aussi absolument navrant que la visibilité des expositions de mes artistes dans les musées soit réduite. Pensons à Manuel Mathieu qui travaille sans relâche depuis plusieurs mois à la préparation de ses expositions au MBAM, à la fondation PHI et au MAC… ou à Moridja Kitenge Banza qui sera aussi des expos à Phi et au MAC. Ces expos sont plus que quelques lignes au CV de ces artistes ; elles constituent l’occasion de se dépasser dans un contexte rêvé d’exposition, d’accompagnement et de réflexion. Sans oublier qu’elles constituent des avancées symboliques importantes pour leurs communautés respectives. Souhaitons donc que la pandémie perdra en vitesse et que les nouvelles mesures du gouvernement pourront être pondérées… »

Le galeriste Pierre-François Ouellette a décidé de conserver son vernissage des expos des Inuit Pitseolak Ashoona, Napachie Pootoogook et Isuma, mercredi prochain. Car il ne s’attend pas à recevoir 250 personnes ce soir-là, dit-il. Par contre, Antoine Ertaskiran, copropriétaire de la galerie Bradley Ertaskiran, a décidé d’annuler le vernissage des expos de Vikky Alexander et Rick Leong, prévu la semaine prochaine.

« Les expositions seront maintenues et ouvertes au public à partir du 19 mars, dit-il. Nous avons déjà du désinfectant à la porte pour les employés et les visiteurs. »

La pandémie a des conséquences pour les galeristes qui participent à des foires à l’étranger. La Dallas Art Fair a annoncé son report en octobre et le Paris Photo New York, qui devait avoir lieu début avril, a été annulé. « Frieze, à New York, où l’on a prévu de nous rendre, nous a dit suivre la situation de jour en jour », dit Antoine Ertaskiran.

Même chose à la galerie d’Este. « On suit la situation, dit Alex Leibner, directeur de la galerie. Ce ne sont pas de bonnes nouvelles pour les galeries qui ont une clientèle très sensible aux grandes fluctuations du marché. Pour l’instant, nous restons ouverts et les expositions continuent, mais si les cas de coronavirus augmentent encore plus à Montréal, je vais considérer l’annulation des vernissages qui s’en viennent, car il faut protéger le public en priorité. »

Chez Art mûr, le copropriétaire Rhéal Olivier Lanthier explique que les galeries n’ont pas d’autre choix que de s’adapter. « Nous allons suivre les directives du gouvernement, dit-il. Comme nous sommes du domaine de la créativité, nous allons puiser dans nos ressources conceptuelles pour nous adapter aux nouvelles réalités tout en maintenant nos activités, qui pourront être visitées virtuellement sur nos différentes plateformes. »

« Nos activités sont pas mal bouleversées, indique Caroline Andrieux, fondatrice de la Fonderie Darling. Nos résidences particulièrement. On a des annulations ou des départs précipités des résidents internationaux. L’artiste brésilien, dans le cadre du programme de la Résidence des Amériques, fait sa présentation ce soir puis part demain à la première heure… »

Malgré l’adversité, le galeriste Simon Blais dit rester calme. « Il y a encore des visiteurs et des acheteurs, mais c’est plus calme, dit-il. Nous terminons l’expo rétrospective de Jean-Paul Jérôme ce samedi et planifions l’accrochage des deux nouvelles expos la semaine prochaine. Nous les inaugurerons dans dix jours, comme prévu. Tout sera en place, mais nous ne tiendrons pas de vernissage formel, si j’en crois l’évolution rapide des consignes gouvernementales... L’artiste sera déçu, mais on en fera un plus tard, quand l’ambiance se prêtera aux festivités. »