La galerie Pierre-François Ouellette Art Contemporain s’engage, à sa façon, dans la réflexion planétaire sur l’état de notre environnement en exposant, jusqu’au 7 mars, des œuvres de l’artiste américain Ripley Whiteside, quelques dessins du graveur inuit Qavavau Manumie et une vidéo de la Franco-Ontarienne Lise Beaudry. Trois expressions pour une même cause. 

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Qavavau Manumie

Qavavau Manumie n’est pas l’artiste inuit le plus renommé, mais sa notoriété pourrait bien prendre de l’ampleur dans les mois à venir. C’est ce que pense Pierre-François Ouellette, qui s’est déplacé à Kinngait, au Nunavut, pour découvrir le potentiel de cet artiste décrit comme l’un des grands maîtres graveurs de l’ex-Cape Dorset. 

PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE PFOAC

Qavavau Manumie

Le galeriste a rapporté de son voyage un imposant stock de dessins de Qavavau Manumie exécutés, de 1982 à 2016, à l’encre, au crayon de couleur et au graphite. Des œuvres qui rendent compte de la réalité de la vie arctique et évoquent les contes et légendes inuits. Des dessins que l’artiste sexagénaire a réalisés en variant les genres, passant de la narration aux représentations lyriques. 

Comme bien souvent chez les artistes inuits, les œuvres de Qavavau Manumie ont une approche à la fois simple, réaliste, poétique et fondamentale des richesses de la nature. Un énoncé qui complète bien les craintes actuelles, soit qu’on est en train de saccager depuis un siècle et demi ce qui a été créé sur Terre depuis quatre milliards d’années.

  • Sans titre (072-0854), 1996-1997, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

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    Sans titre (072-0854), 1996-1997, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

  • Sans titre (072-0853), 1996-1997, Qavavau Manumie, graphite, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

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    Sans titre (072-0853), 1996-1997, Qavavau Manumie, graphite, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

  • Sans titre (072-0064), 1984-1985, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,2 cm x 66 cm

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    Sans titre (072-0064), 1984-1985, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,2 cm x 66 cm

  • Sans titre (072-0004), 1982-1983, Qavavau Manumie, crayon de couleur et encre, 33 cm x 50,2 cm

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    Sans titre (072-0004), 1982-1983, Qavavau Manumie, crayon de couleur et encre, 33 cm x 50,2 cm

  • Sans titre (072-0079), 1984-1985, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

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    Sans titre (072-0079), 1984-1985, Qavavau Manumie, encre et crayon de couleur, 50,8 cm x 66 cm

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Qavavau Manumie l’insinue habilement sans pontifier. Avec l’éloquence de son trait et des allusions évidentes. Des oiseaux dont la tête se dissocie de leur corps taché par le pétrole ou dont le bec est entravé. Un personnage, un bandeau sur les yeux et un autre sur la bouche, en face d’un soleil brûlant, pris entre la planète bleue et un astre gris qui semble mort.

L’exposition montre aussi l’évolution des intérêts graphiques de Qavavau Manumie, avec des œuvres des années 80, comme sa « fusée inuite », amalgame de technologie occidentale et de réalité du Grand Nord. Et d’autres, plus récentes, qui témoignent de la pensée inuite, telle que Sans titre (072-1056) où un chaman s’attache et travaille la force de son esprit dans une tentative de sortir de son corps.

Qavavau Manumie connaît une belle période de sa vie artistique. Remarqué à Toronto par le directeur artistique de la londonienne Serpentine Gallery, Hans Ulrich Obrist, l’artiste de Kinngait se retrouvera, le mois prochain, au Musée d’art moderne de Varsovie, au cœur d’une exposition, Penumbral Age, consacrée à l’art en ces temps de changements climatiques. 

Lise Beaudry 

Extrait de la vidéo Underscape de Lise Beaudry

L’univers aquatique, son silence, sa biodiversité sont au cœur de la vidéo Underscape de Lise Beaudry. Une œuvre minimaliste et zen que Pierre-François Ouellette a choisi de diffuser dans la petite salle noire de sa galerie, tellement appropriée pour huit minutes de calme et de lenteur. 

Lise Beaudry a filmé sous la glace d’un lac. La caméra est fixe et capte la vie sous-marine, plutôt tranquille, alors que les rayons du soleil font miroiter la couche de glace. Une œuvre contemplative. Une réflexion sur la pureté, la fragilité et la valeur, trop souvent négligée, du liquide de la vie. 

Ripley Whiteside 

  • Dam, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 108 cm x 132,1 cm

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    Dam, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 108 cm x 132,1 cm

  • Bog, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 105,4 cm x 130,8 cm

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    Bog, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 105,4 cm x 130,8 cm

  • Dawn, 2020, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 109,9 cm x 132,7 cm

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    Dawn, 2020, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 109,9 cm x 132,7 cm

  • Paradise, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 77,5 cm x 101,6 cm

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    Paradise, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle et encre de noix, 77,5 cm x 101,6 cm

  • Rock Spring, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle, 55,9 cm x 101,6 cm

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    Rock Spring, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle, 55,9 cm x 101,6 cm

  • Riverside, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle, 108 cm x 127 cm

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    Riverside, 2019, Ripley Whiteside, aquarelle, 108 cm x 127 cm

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Vivant à Brooklyn et originaire de la Caroline du Nord, Ripley Whiteside a vécu sept ans à Montréal dans les années 2000. Pierre-François Ouellette l’avait alors remarqué et représente depuis cet artiste qui expose, rue Rachel, son nouveau corpus intitulé Ces eaux sont vivantes. Ses aquarelles, auxquelles il adjoint de l’encre de noyer (qu’il fabrique lui-même à partir de noix), résultent d’une démarche artistique autour de la transformation du paysage. 

« J’ai voulu montrer comment le paysage change depuis que l’environnement est en crise, dit Ripley Whiteside. Il y a bien sûr encore de très beaux paysages, partout, mais on semble vivre une sorte de transition. » 

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Ripley Whiteside à New York

Floues, ses peintures suggèrent, plus qu’elles n’illustrent, les causes et conséquences de cette transformation. Oil Field, par exemple, est une vue de la mer. Avec la plage au premier plan, l’endroit semble bucolique, mais les petites lumières au fond sont celles de plateformes pétrolières, explique l’artiste. Pour Dam, il faut un moment d’attention avant de distinguer un petit barrage au milieu de la toile, au bout d’une étendue lacustre qui a ennoyé les lieux. 

Influencé par le philosophe britannique Timothy Morton (qui estime qu’on devrait reconsidérer notre rapport à la nature), Ripley Whiteside a opté pour des aquarelles souvent proches de l’abstraction. Cette avenue donne des œuvres évanescentes qui contestent les agissements de l’homme, le fil conducteur de ces trois expos consacrées au grand thème de l’heure. 

Ripley Whiteside, Lise Beaudry et Qavavau Manumie, à la galerie PFOAC, jusqu’au 7 mars, du mercredi au samedi