Il y a deux ans déjà que le peintre (et auteur à ses heures) Marc Séguin travaille sur cette installation d’art public, qui sera installée à la fin du mois de novembre angle Viger et De Bleury, à Montréal, en face de La joute de Riopelle. La Presse l’a rencontré à la Fonderie d’art d’Inverness, où il achevait l’œuvre monumentale baptisée Anima.

Jean Siag Jean Siag
La Presse

« Anima, parce que ça va bouger, nous dit Marc Séguin. C’est le souffle de vie. » Ce qu’on voit à l’extérieur de la fonderie de bronze, ce sont les branches et le feuillage d’un arbre, avec ses quelque 2000 panneaux d’aluminium peints de toutes sortes de couleurs, que l’artiste pose un à un et qui se balanceront comme des feuilles dans le vent.

Cette structure-là s’emboîtera sur un (véritable) tronc d’arbre coulé dans le bronze (et donc indestructible), à 32 pieds dans les airs, au-dessus d’une lame d’eau noire qui sera au niveau du sol.

Financé entièrement par un promoteur privé (Cogir), Marc Séguin a eu carte blanche pour la conception de l’œuvre, mais il a bien sûr étudié le lieu où elle allait se retrouver. « Il fallait que ça s’inscrive dans le cadre du projet immobilier Humaniti, qui récupère l’énergie solaire, on est vraiment dans le H de l’immeuble. »

L’arbre s’est donc imposé de lui-même, dit Marc Séguin. « D’abord, il manque toujours d’arbres à Montréal, et puis on est sûr que celui-ci n’aura jamais de maladie, nous dit-il, sourire en coin. Pas d’agrile. En plus, ce sera le seul arbre qui va garder ses feuilles en hiver. Mais c’est aussi un arbre de métal, dans une ville qu’on construit en métal. »

Et puis, en bon homme des bois, Marc Séguin l’a entaillé et a sculpté une chaudière d’érable en bronze qui sera intégrée à l’installation.

Pour cette première œuvre d’art public, le peintre a dû faire quelque chose de « pas trop agressant » non plus.

« Les gens vont passer devant tous les jours, je ne pouvais pas non plus jouer dans la tête du monde, faire des trucs violents. Il fallait que ce soit accessible. Je ne voulais pas aggraver la situation humaine », dit-il sourire en coin.

  • PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

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L’arbre, qui sera éclairé la nuit, émettra donc, vous l’aurez compris, un petit tintement — dû aux panneaux d’aluminium qui s’entrechoquent —, un rappel de notre passé religieux, nous dit encore Marc Séguin.

D’ailleurs, en ce lundi ensoleillé (mais frisquet) de septembre, une équipe d’ingénieurs fait des tests de son pour s’assurer que le tintement n’est pas trop bruyant. Du ruban maritime sera posé sur certains panneaux pour réduire le bruit. L’équipe est également sur place pour valider le plan d’installation, afin que la structure soit solidement ancrée.

Marc Séguin a dû s’intégrer dans cette faune urbaine existante, en s’assurant que sa structure survive aux écarts de température. Pas question non plus de faire des orignaux, comme Toronto l’a fait ces dernières années. Il a opté pour l’arbre, en choisissant une palette plutôt criante.

Un arbre coloré comme ça, ça va détonner, comme un tableau de Riopelle. Il fallait que ce soit monumental pour l’effet. D’ailleurs, de tous les côtés, la composition sera différente, à cause des couleurs.

Marc Séguin, artiste

« C’est sûr qu’il y a un clin d’œil à Jean Paul, qui a été une idole dans ma vie. En plus, je suis juste en face de La joute ! ajoute l’artiste. Mais aussi à l’art abstrait du Québec, à [Guido] Molinari [qui a été un de ses professeurs à Concordia]. Je me paie la traite, parce que je suis daltonien ! »

De loin, la tête de l’arbre a des allures d’image pixélisée, façon Minecraft. « Tout ça fait en sorte que le poème finit par marcher quand il y a plein de couches de lecture qui se rajoutent, certaines volontaires, d’autres involontaires », dit Marc Séguin, qui a conçu les branches avec des tubes industriels soudés au tronc organique « pour mixer les deux langages ».

L’artiste peintre ne s’était jamais lancé dans des projets de sculpture à proprement parler (mis à part quelques objets ici et là), mais l’expérience d’une œuvre d’art public l’a allumé.

« T’es directement dans le quotidien des gens, tu ne t’adresses plus juste à un public de l’élite que tu fais venir dans un musée. La vie fait qu’il y a des gens qui ne vont pas dans des musées, et là, tu mets une œuvre sur leur chemin. Un petit peu de beauté qui détonne à travers les voitures, la vie pressée… Ça me parle beaucoup, ça. »