(Paris) Le Louvre renoue avec ses expositions en présentant le maître de la Renaissance allemande Albrecht Altdorfer, prodige du détail, à un moment où sa fréquentation peine à repartir, en pleine crise sanitaire.

Agence France-Presse

Prévue au printemps, l’exposition avait dû être repoussée. Plus de 200 œuvres — 14 tableaux sur les 55 peints par Altdorfer, de nombreux dessins, gravures, des sculptures et objets — sont venues au Louvre, beaucoup d’Allemagne et d’Autriche.

Ce dessinateur, graveur et peintre catholique de Ratisbonne en Bavière, né vers 1480 et mort en 1538, souffre de la notoriété du grand Albrecht Dürer, de Lucas Cranach ou Hans Baldung.

Cette exposition présente au public la diversité d’Altdorfer. Un peintre peu connu, qui a peu écrit, n’a pas de tableau dans les musées français et dont une partie des œuvres, de petit format, doivent être regardées de près.

Pour Séverine Lepape, une des commissaires de l’exposition, « Altdorfer s’est frayé son chemin tout seul dans le paysage, l’architecture, la place de la nature. Cet artiste un peu fou, d’une inventivité extrême, devait avoir une imagination incroyable et il n’avait pas peur de faire du petit, des choses minutieuses ».

Quand on les voit agrandis, ses gravures et dessins en clair obscur ne perdent rien de leur force, tant toutes les figures minuscules qui les composent sont vigoureuses, vivantes, parfaites. Comme les 40 bois gravés de 7 sur 5 cm qui racontent « la Chute et Rédemption de l’humanité », un travail titanesque. 

Plusieurs chefs d’œuvre sont absents, mais l’exposition met en avant des paysages annonçant le romantisme allemand et des scènes colorées saisissantes, comme Saint Florian roué de coups, l’Adoration des mages, une poignante Descente de croix et la Bataille de Charlemagne contre les Avars, rappelant les batailles d’Ucello.

Si l’ancienne Pinacothèque de Munich ne s’est pas séparée de La bataille d’Alexandre à Issus (1529), le chef-d’œuvre peut être vu sur un écran. La caméra se déplace sur le travail de miniaturiste figurant des centaines de soldats en action, dans une perspective de nuages et d’espaces marins.

La venue des œuvres à Paris a tenu de l’exploit, les obstacles imposés par la situation sanitaire ayant pu être contournés grâce à une collaboration étroite avec les musées allemands et autrichiens, indique-t-on au Louvre.

L’exposition s’ouvre alors que la fréquentation du Louvre est encore plus réduite qu’à l’été, avec en semaine 4500 à 5000 visiteurs par jour, et 9000 le week-end, contre 10 à 12 000 en juillet-août.