L’architecte et philanthrope montréalaise Phyllis Lambert a été honorée, mardi, par l’organisme MU à Montréal avec l’inauguration d’une murale qui lui est dédiée, à l’angle des rues Milton et Jeanne-Mance.

Éric Clément Éric Clément
La Presse

Créée dans le cadre de la série de MU intitulée Les bâtisseurs culturels montréalais, la murale rend hommage au rôle que Mme Lambert a joué pour la protection du patrimoine architectural montréalais en créant Héritage Montréal, en 1975, et le Centre canadien d’architecture en 1979.

La murale souligne le rôle d’activiste de Phyllis Lambert dans la sauvegarde de certains quartiers, dont celui de Milton-Parc où a été réalisée la murale. En effet, les résidents de ce quartier se sont battus dans les années 70 pour éviter qu’il soit transformé avec la seule construction d’immeubles du style que ceux du complexe La Cité.

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Quelques mots de Phyllis Lambert reproduits sur la murale par l’architecte Philippe Lupien.

Les citoyens appuyés par Phyllis Lambert, Héritage Montréal et Lucia Kowaluk réussirent à paver la voie du plus important projet de coopératives d’habitation en Amérique du Nord, permettant la préservation et la rénovation de toutes les maisons du quartier Milton-Parc.

« Vous représentez l’intelligence, la détermination, la conviction d’aller au bout des choses, a lancé la directrice générale et cofondatrice de MU, Elizabeth-Ann Doyle, au cours de l’inauguration de la murale. Vous êtes une femme de tête et de cœur. On vous remercie pour ce legs et pour la protection de notre ville qu’on aime tant et qui est notre bien commun. »

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L’architecte Phyllis Lambert, en compagnie de Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, et d’Elizabeth-Ann Doyle, cofondatrice et directrice-générale de MU.

Mme Doyle a raconté que la naissance de MU est directement liée à une conférence que Phyllis Lambert a présentée à l’École polytechnique de Montréal, le 13 avril 2006. « Elle avait parlé du Seagram Building (à New York) et de l’importance de l’espace public et de l’art public, comment cette conception avait changé l’architecture et le design des places publiques, a dit Elizabeth-Ann Doyle. Puis, elle nous avait dit qu’on devrait s’occuper d’art public à Montréal. Et ce fut le début de la grande aventure de MU ! »

Melissa del Pinto

La murale est une évocation discrète de l’architecture montréalaise. Elle a été peinte par l’artiste montréalaise Melissa del Pinto à partir d’un dessin d’observation de façades du quartier Milton-Parc réalisé par l’architecte Dinu Bumbaru, qui œuvre à Héritage Montréal depuis 37 ans. L’architecte Philippe Lupien a calligraphié sur la murale une citation de Mme Lambert.

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L’artiste montréalaise Melissa del Pinto, qui a réalisé la murale à partir d’un dessin d’observation des façades du quartier Milton-Parc exécuté par Dinu Bumbaru.

« À cause du choix de peinture, c’est une murale qui s’en va dormir la nuit, a dit Dinu Bumbaru. Elle révèle les traits de la brique et ne cache pas l’architecture des quartiers populaires et cette façade en pierres grises que Mme Lambert nous a appris à connaître. »

Lorsque la murale a été peinte, l’artiste a trouvé des empreintes de pattes de chat dans quelques briques. « Cela nous rappelle qu’à l’époque c’était encore des artisans qui faisaient les briques », a dit M. Bumbaru.

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Les résidents du quartier Milton-Parc ont dû se battre dans les années 70 pour éviter qu’il soit détruit et remplacé avec des constructions du type des immeubles du complexe La Cité (à gauche sur la photo).

Émilie Thuillier, mairesse d’Ahuntsic-Cartierville et membre du comité exécutif de la Ville de Montréal, qui représentait la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a loué l’action de Phyllis Lambert au cours des dernières décennies.

« Grâce à son apport à la qualité de l’urbanisme, à l’architecture, à la démocratie locale ainsi qu’au rayonnement international de la Ville, elle a grandement contribué à faire de Montréal une métropole culturelle, bien avant qu’on la nomme ainsi, a-t-elle dit. Mme Lambert est une femme d’exception qui a œuvré à l’éducation de Montréal. Car la richesse de notre patrimoine bâti continue à nous définir comme métropole. »

Touchée par les nombreuses marques d’affection et l’honneur qui lui a été fait, Mme Lambert a discrètement et humblement remercié l’équipe de MU et les personnes qui se sont battues pour préserver Milton-Parc, un quartier « tellement vivant, qui compte tellement à Montréal et qui mène maintenant une bataille pour l’Hôtel-Dieu et des habitations sociales ».