(Lyon) De Suisse, de Thaïlande, d’Argentine, d’Afrique du Sud ou d’Italie, une cinquantaine d’artistes internationaux ont créé leurs œuvres in situ dans une friche industrielle de 29 000 m2, pour la 15e Biennale d’art contemporain de Lyon, dans le centre-est de la France.

Myriam CHAPLAIN RIOU
Agence France-Presse

La manifestation « prend cette année une ampleur sans précédent », souligne la directrice artistique de la Biennale Isabelle Bertolotti.

Pour sa 15e édition, de mercredi au 5 janvier 2020, ce rendez-vous de l’art contemporain s’est déplacé dans un endroit qui lui offre une surface d’exposition cinq fois plus grande, dans les anciennes usines d’électroménager Fagor-Brandt, ex-fleuron de l’industrie lyonnaise.

Utiliser « des sites inoccupés ou à l’état de friches doit permettre de tester des projets innovants avant de les lancer de manière définitive », explique l’adjoint à l’Urbanisme Michel Le Faou.

C’est l’équipe du Palais de Tokyo, musée d’art moderne et contemporain à Paris, qui assure le commissariat de l’édition 2020 et a parcouru le monde pour dénicher les artistes exposés.

Venant de Bangkok, Buenos Aires, New York, Johannesburg, Mexico, Moscou ou Rome, mais aussi de France, les artistes ont été invités à concevoir des œuvres « in situ » en tenant compte de l’histoire et de l’architecture des lieux.

Les entreprises de la région ont participé à ce défi, de la métallurgie à la chimie, en passant par le textile, le bâtiment ou l’automobile, des technologies de pointe aux savoir-faire traditionnels.

Résultat de cette fusion artistico-industrielle : les tuyaux labyrinthiques en acier inoxydable de la Coréenne Yona Lee, qui vit en Nouvelle-Zélande, le centaure mécanique de l’Italien Nico Vascellari, ou encore des systèmes digestifs sculptés, un tunnelier réinventé, des tissus étirés…

Cuisine cristallisée

La Suédoise Malin Bülow propose elle une vaste performance, Elastic Bonding, où évoluent des danseurs emprisonnés dans des membranes textiles suspendues, qui semblent être des extensions de leur peau et se fondent dans l’architecture du bâtiment.

PHOTO JEFF PACHOUD, AFP

Simphiwe Ndzube, artiste sud-africaine qui vit à Los Angeles, met en scène deux processions de sculptures hybrides, échos des thèmes qui hantent son travail, l’apartheid et le post-colonialisme, tout en tissant des liens avec la révolte des canuts à Lyon.

Le Français Jean-Marie Appriou dévoile une installation monumentale en fonte d’aluminium qui se déploie dans l’espace comme un roncier tandis que la Britannique Rebecca Ackroyd confronte à l’échelle XXL des usines Fagor ses sculptures de corps mutants et asexués.

Simphiwe Ndzube, artiste sud-africaine qui vit à Los Angeles, met en scène deux processions de sculptures hybrides, échos des thèmes qui hantent son travail, l’apartheid et le post-colonialisme, tout en tissant des liens avec la révolte des canuts à Lyon.

Sa compatriote Bianca Bondi imagine une « cuisine cristallisée » sous un manteau de sel, clin d’œil à la production d’électroménager des Usines Fagor.

L’énigmatique installation Tetzahuitl du Mexicain Fernando Palma Rodriguez met en scène 43 robes d’enfants qui montent et descendent lentement à l’aide d’un système robotique.

Mystérieux aussi Evian Waters de l’artiste suisse Pamela Rosenkranz : talc et poudre rose de maquillage emplissent un cercle au sol. Chaque jour, de l’eau minérale y sera déversée, créant rigoles et cratères dans les matières mixées.

Plus loin, la Coréenne Minouk Lim invite le visiteur le long d’un canal phosphorescent où progresse une boule de flipper géante. Au bord de l’eau, un costume traditionnel coréen semble attendre une lavandière.

À l’extérieur, une peinture de l’Américain Stephen Powers anime la façade.