(Londres) Même dans l’une des villes les plus chères sur la planète, où de véritables fortunes s’échangent chaque jour contre des tableaux, il existe un marché important pour l’art visuel à prix plus modéré.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

C’est ce que prouve année après année l’Affordable Art Fair (AAF), un promoteur de foires destinées au grand public amateur d’art. Comme la foire montréalaise Papier, il fait le pari qu’il existe un marché pour les œuvres originales de qualité, à prix raisonnable. L’entreprise en organise 13 par année partout dans le monde, dont trois à Londres.

« Des amis que j’ai connus chez Sotheby’s [un encanteur haut de gamme], où j’ai déjà travaillé, sont venus ici et m’ont dit qu’ils trouvaient ça si joyeux, raconte Jennifer Conner, qui dirige les activités d’Affordable Art Fair au Royaume-Uni. Ils remarquaient que les visiteurs se promenaient avec un sourire aux lèvres, un verre de vin à la main. Ils sentaient l’excitation. »

Abordable, un terme relatif

Au pavillon d’exposition de Battersea Park, un vendredi de mars, la foire battait son plein. Des centaines de visiteurs serpentaient à travers les kiosques. Des galeries britanniques pour la plupart, mais plusieurs établies à l’extérieur de Londres. Les petits points rouges – indiquant qu’une œuvre est vendue – s’accumulaient sur les cartels.

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Geneviève Lévesque, directrice de la galerie Artêria

« Il existe des foires d’art qui s’adressent aux gens qui peuvent s’acheter des œuvres extrêmement dispendieuses, mais il y a aussi de l’espace pour une foire plus accessible, plus décontractée pour les visiteurs et où les prix sont plus abordables », explique Mme Conner, assise sur une mezzanine d’où l’on pouvait voir curieux et exposants s’activer. Autour d’elle, des visiteurs prenaient une pause, sirotant un café ou grignotant une pâtisserie.

Le terme « abordable » est très relatif. Ici, les œuvres vendues plus de 6000 £ [10 500 $CAN] sont interdites. Le prix de la plupart des œuvres exposées est toutefois bien inférieur à cela.

Hong Kong plutôt que Papier

Parmi les exposants aux prix les plus abordables, justement, se trouvait Artêria, une galerie d’art de Bromont qui représente plusieurs artistes de l’Estrie et du reste de la province.

« Quatre-vingt-dix pour cent de notre chiffre d’affaires est hors Canada et on fait beaucoup de foires. Environ 12 à 15 par année, pas juste à Londres : Singapour, Honk Kong, New York », indique Geneviève Lévesque, qui dirige la galerie. « Ça doit être notre huitième année ici. »

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Jennifer Conner dirige les activités d’Affordable Art Fair au Royaume-Uni.

Mme Lévesque l’admet sans ambages : elle ne participe « malheureusement pas » à Papier. « Chaque année, ça tombe en même temps qu’une foire à Hong Kong qui est super bonne pour nous. Ça semble bizarre, mais on trouve ça plus facile de vendre là-bas qu’à Montréal », avance-t-elle. 

« Papier, c’est une foire qui va être, à mon sens, un peu plus académique, tandis que certaines foires auxquelles on participe vont être plus décoratives, plus commerciales. Ce sont des créneaux différents. »

La foire accueille surtout des galeries de « milieu de marché » qui font déjà dans l’art abordable au jour le jour, indique Mme Conner. « C’est autant un outil de marketing qu’un outil de vente, a-t-elle dit. Les gens viennent ici pour faire connaître le nom de leur galerie, pour récolter de l'information sur des clients potentiels. »

Pour Artêria, l’objectif premier est clairement la vente. Grâce à la faiblesse du dollar canadien face à la livre anglaise, « on est compétitifs, même avec le transport et tous les frais », indique Mme Lévesque. Et cette compétitivité se traduit en ventes concrètes.

L’entreprise cherche aussi à se différencier parmi les dizaines de kiosques où les paysages et les sujets traditionnels dominent : « On est plus colorés, il y a beaucoup d’œuvres avec des médiums non traditionnels. »

Jennifer Conner suggère d'ailleurs aux exposants d'assumer la personnalité de leur galerie et d'y aller à fond.

La gestionnaire en a plein les bras avec les 13 foires annuelles de l’organisation, entre New York et Melbourne, en passant par Amsterdam et Bruxelles. Et Montréal ? « Il ne faut jamais dire jamais, dit-elle en riant. S’il y a de l’appétit pour l’art dans une ville, s’il y a des galeries, des musées, c’est bon signe. Tout ça justifie l’existence d’une foire d’art. Nous analysons toujours les marchés. »