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Le nu artistique en contexte montréalais

Vue de l'exposition Le modèle dans l'atelier, Montréal... (Photo Marco Campanozzi, La Presse)

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Vue de l'exposition Le modèle dans l'atelier, Montréal 1880-1950, présentée au MBAM, avec au premier plan des dessins d'Ernest Aubin (1892-1963) et Jean-Onésime Legault (1882-1944) datant de 1939.

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) présente, jusqu'au 26 mai, de petits bijoux d'art graphique inédits provenant de sa collection avec Le modèle dans l'atelier, Montréal 1880-1950. Une solide exposition sur la représentation du nu féminin et masculin à Montréal.

En cette ère de rectitude politique et de résurgence du conservatisme, voici une expo sur la représentation du modèle vivant fort bienvenue. Elle évoque le puritanisme et le pouvoir de l'Église qui ont, pendant fort longtemps, conduit à une censure artistique musclée au Québec. 

La recherche de Jacques Des Rochers porte sur le travail de l'artiste et de son modèle en atelier. Elle permet de suivre l'évolution des pratiques grâce aux créations d'une trentaine d'artistes ayant travaillé dans la métropole. La plupart des 70 oeuvres exposées proviennent de dons et d'acquisitions récentes. L'expo croise les activités de l'ancienne école d'art de Montréal fondée en 1880 par l'Art Association of Montréal (AAM), aïeule du MBAM. 

Académisme

Le musée possède une vingtaine de dessins académiques datant des débuts de cette école. Jacques Des Rochers en a sélectionné quelques exemplaires et les a rassemblés dans un espace où l'on retrouve des dessins créés à l'époque par des artistes montréalais ayant fréquenté des ateliers parisiens. Par exemple, William Brymner, professeur à l'école d'art de l'AAM pendant 35 ans. On admire son Nu féminin debout, de face, créé à Paris entre 1880 et 1890. Avec une femme prenant une pose sculpturale classique, une femme dont on peut apprécier tous les attributs, contrairement à ce qui était alors l'usage à Montréal. 

On peut illustrer la différence d'approche par rapport au nu intégral avec deux oeuvres de Clarence Gagnon. L'une, Nu masculin debout, de face, est une sanguine d'un homme entièrement nu. Elle a été réalisée vers 1904 à l'Académie Julian de Paris. L'autre est un fusain de 1900-1901, intitulé Académie (Modèle masculin), et montre un homme debout, dans une posture un peu rigide, torse nu et... pourvu d'un pagne.

Nu agenouillé, vu de profil ou Muse endormie,... (Photo Marco Campanozzi, La Presse) - image 2.0

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Nu agenouillé, vu de profil ou Muse endormie, 1921, Marc-Aurèle de Suzor-Côté (1869-1937), pastel. Don d'Éric Klinkhoff au MBAM en 2017

Photo Marco Campanozzi, La Presse

Beaver Hall

Les autres dessins provenant de l'époque de l'école d'art de l'AAM, créés par Rita Mount, Lilias Torrance Newton, Henrietta Mabel May - des membres du groupe de Beaver Hall -, et ceux réalisés plus tard, en 1939, par deux des peintres de la Montée Saint-Michel, Jean-Onésime Legault et Ernest Aubin, montrent des représentations de modèles masculins tous vêtus d'un sous-vêtement, même quand ils sont dessinés de dos. 

Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté avait tout de même exposé des nus féminins partiels à Montréal dans les années 20. Par exemple, ses oeuvres Muse endormie et Découragement découlant de la même pose en atelier. Ou encore John Lyman avec deux autoportraits au fusain des années 30 mettant en scène l'artiste et son modèle féminin en action. 

Le musée possède la plus importante collection de dessins de John Lyman au Canada, avec bien des représentations de modèles vivants, notamment une série d'esquisses au crayon réalisées pour son huile de 1938 intitulée Détresse, qui fait partie de la collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Un tableau qui serait la plus ancienne représentation, au Québec, de deux lesbiennes dénudées dans le contexte de leur chambre.

Censure

L'exposition comprend deux vitrines sur la censure artistique. Dans la première, on peut lire un texte publié dans Canadian Art par l'artiste Louis Muhlstock (1904-2001) qui avait écrit à l'éditeur en 1947 pour se plaindre du fait que la revue avait censuré un dessin de Pierre Bonnard, barrant d'un trait son buste dénudé. Dans la seconde vitrine, un livre de Jean Chauvin sur les ateliers d'artistes montréalais, qui s'est retrouvé dans la bibliothèque de Saint-Jean-de-Brébeuf, montre un nu d'Ozias Leduc datant de 1928 complètement recouvert de noir. 

Signature d'un tournant dans l'expression du nu, l'oeuvre Nu au bord d'un lac, gravée au début des années 30 par Edwin Holgate, montre par ailleurs l'excellence de cet artiste dans le domaine de l'estampe, lui qui fut professeur de gravure à l'École des beaux-arts de Montréal de 1928 à 1934.

Nu féminin endormi, 1940, Louis Muhlstock (1904-2001), fusain,... (Photo fournie par le MBAM) - image 3.0

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Nu féminin endormi, 1940, Louis Muhlstock (1904-2001), fusain, pastel. Don de Paul Maréchal au MBAM, à la mémoire de l'artiste, 2002

Photo fournie par le MBAM

Dans une section réservée à des artistes juifs de Montréal, Jacques Des Rochers a placé deux scènes d'atelier d'Ernst Neumann de 1931, dont La période de repos, premier nu moderne graphique qui est entré dans la collection du MBAM en 1932. Et un autre nu féminin de l'artiste canadien d'origine hongroise datant de 1935 dans lequel une femme se tient les tempes. Une illustration de la détresse sociale qui n'augurait rien de bon à l'époque.

Jacques Des Rochers a essaimé parmi les oeuvres graphiques quelques bronzes. Fleur des bois, une oeuvre du sculpteur Louis-Philippe Hébert, représente une aguichante autochtone à faire frémir un détracteur de l'appropriation culturelle. Ou encore Flapper, de son fils Henri Hébert, statuette moderne, avec une attitude dynamique, bien dans le style des années folles. 

Le commissaire clôt l'exposition avec une photographie contemporaine très touchante de Donigan Cumming datant de 1992: deux personnes âgées dans leur plus simple appareil témoignant d'une grande douceur, d'une grande complicité. Une photo à l'image de cette exposition qui explore, sans préjugé et avec finesse, l'humanité de la représentation du corps humain. 

Le modèle dans l'atelier, Montréal 1880-1950, au MBAM (1380, rue Sherbrooke Ouest, Montréal), jusqu'au 26 mai.




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