La Banque d'oeuvres d'art du Conseil des arts du Canada possède 17 000 oeuvres de 3000 artistes canadiens. C'est le secret le mieux gardé de l'art contemporain au Canada.

Mario Cloutier LA PRESSE

Imaginez une banque qui n'a pas de guichet automatique, mais qui se rend dans vos bureaux où que vous soyez au Canada. Imaginez une institution qui ne déclare jamais de profits faramineux, mais qui appartient à tous les Canadiens. Imaginez une banque qui ne prête presque rien, mais qui loue tout.

La plus belle surprise qui attendait le nouveau directeur du Conseil des arts du Canada, Simon Brault, en arrivant à Ottawa était la découverte de l'ampleur de la collection de la Banque d'oeuvres gérée par son organisme. 

«C'est peu connu, mais c'est la plus grande collection au Canada, dit-il. Le mandat du Conseil est justement de soutenir l'art contemporain. Avec l'engouement que cela suscite, au Québec notamment, c'est important que les gens le sachent.»

La Banque loue depuis 40 ans à des clients - des entreprises privées ou publiques - des oeuvres des plus grands artistes canadiens d'après-guerre, et ce, à des prix concurrentiels. Le contrat minimum de deux ans est de 1000 $ annuellement et le coût de location peut varier entre 120 $ et 3600 $ pièce. 

«Pour 1000 $ par an, un bureau pourrait donc se payer plusieurs petits formats d'artistes connus», explique le conseiller en arts visuels de la Banque, Claudio Marzano. 

M. Marzano et son équipe se rendent sur place, gratuitement, pour rencontrer les clients éventuels de la Banque. De retour à Ottawa, une proposition est préparée avec un certain nombre d'oeuvres tenant compte des lieux, des goûts et des besoins des clients. Les oeuvres sont ensuite acheminées par camion partout au pays.

«On peut les conseiller et les aider à choisir. C'est un travail de médiation culturelle en art contemporain. Et je peux vous assurer que le plaisir de nos clients croît avec l'usage qu'ils font de la Banque. Ils entretiennent une relation privilégiée avec les oeuvres, bien différente de ce qui se passe au musée ou en galerie», dit-il.

Les profits réalisés par la location sont ensuite réinvestis dans l'achat d'oeuvres d'art auprès d'artistes contemporains généralement assez jeunes ou à mi-carrière. Dans le passé, la Banque a ainsi pu se procurer des Riopelle, Molinari, Pellan, Tousignant.

«Malheureusement, on ne peut pas acheter tous les ans, note M. Marzano. On aimerait le faire, mais les profits ne sont pas toujours là. Plus la banque sera connue et qu'elle effectuera des locations, cependant, plus on pourra acheter. C'est bon pour les artistes, aussi, qui peuvent annoncer que leur travail fait partie de notre collection.»