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Festival Mural: quand l'art de rue change la ville

Emily Robertson, directrice artistique de la galerie Station... (PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE)

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Emily Robertson, directrice artistique de la galerie Station 16, et Adam Vieira, directeur artistique de la compagnie.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Longtemps considéré comme une forme de vandalisme, le street art n'en finit plus de gagner ses lettres de noblesse, dans la rue mais aussi dans le monde de l'art. Accepté, légalisé, l'art de rue a une force d'attraction indéniable. Au risque de perdre sa raison d'être?

Longtemps, le boulevard Saint-Laurent, entre les rues Sherbrooke et Prince-Arthur, a eu un air tristounet. Mais depuis un an, on ne peut ignorer les murales géantes sur les édifices bordant la Main, signées Escif, LNY ou Chris Dyer. Une «transformation extrême» que l'on doit à l'agence de marketing LNDMRK (prononcez: Landmark), organisatrice du festival Mural, dont la deuxième édition démarre jeudi.

«Le boulevard Saint-Laurent est un terrain de jeu phénoménal. Il a touché le fond ici, et notre impact est immédiat», s'enthousiasme André Bathalon, l'un des cinq fondateurs de LNDMRK.

L'agence a d'ailleurs installé ses bureaux dans un local laissé vacant depuis le départ de la boutique American Apparel, au milieu des années 2000.

Pour Mural, LNDMRK a réussi à convaincre une vingtaine de propriétaires de «céder» leurs murs, et a joui du soutien de la Société de développement commercial (SDC) du boulevard Saint-Laurent.

Depuis sa création il y a deux ans, l'agence a mené le street art dans plusieurs projets inattendus, dont un projet piloté avec le promoteur des condos Destination YUL, dans Griffintown. Plusieurs artistes, comme Omen - l'un des pères fondateurs de l'art de rue à Montréal -, ont créé des murales pour le chantier du promoteur, vendues ensuite aux enchères au profit de Sainte-Justine.

«Les condos, ça n'a pas vraiment la cote, fait remarquer Yan Cordeau, cofondateur et directeur artistique de LNDMRK. Mais ça a été très bien reçu par les gens du quartier et on a eu beaucoup de liberté.»

Consécration

Après 40 ans d'existence, le street art s'est imposé récemment comme l'un des courants majeurs de l'art contemporain, entrant dans la mode, la publicité, les galeries mais aussi les musées : le Tate Modern de Londres et le Grand Palais de Paris ont tous deux consacré des rétrospectives (en 2008 et 2009) à ce genre né dans la rue, et dans l'illégalité.

Le street art aiguise aussi l'appétit des clients des galeries d'art. «Au Canada, c'est un marché nouveau», croit Emily Robertson, directrice artistique de Station 16, galerie consacrée à l'art urbain, voisine de LNDMRK, qui présente le travail de plusieurs artistes invités de Mural (Le Diamantaire, Kashink, Stikki Peaches ou WhatisAdam, notamment).

Ouverte il y a un an après une existence virtuelle de deux ans, Station 16 a été victime de son premier vol en novembre dernier. Un signe de la popularité - et de la valeur en pièces sonnantes et trébuchantes - du travail des artistes de rue.

À Montréal, Yves Laroche a été l'un des premiers galeristes à saisir le potentiel artistique (et lucratif) du street art, exposant notamment Shepard Fairey, Black le Rat ou Cope2.

«J'étais tout seul et je me suis emmerdé longtemps», dit ce pionnier avec le franc-parler qui le caractérise.

Lui aussi croit que le street art gagne peu à peu ses lettres de noblesse à Montréal, auprès des collectionneurs comme des conseils d'administration de grandes entreprises, friands d'art mais souvent très conservateurs.

Yves Laroche a d'ailleurs un projet avec la tour de la Bourse pour créer, avec des artistes, une installation à l'intérieur de l'édifice.

Ces sollicitations ne risquent-elles pas de changer la nature même du street art? Patrice Loubier, professeur d'histoire de l'art à l'UQAM, se montre prudent.

«Ce qui est diffusé, publié, célébré, c'est la pointe de l'iceberg. L'illusion serait de penser qu'on voit tout alors que ce n'est qu'une sélection. C'est son ingéniosité qui garantit la vitalité du street art et le fait qu'il va toujours aller ailleurs, se revitaliser, rester dans la marge et échapper à cette récupération.»

FastHeads de Stikki Peaches... (PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE) - image 2.0

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FastHeads de Stikki Peaches

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Stikki Peaches: l'artiste montréalais qui monte

Si vous vous promenez dans le Mile End ou dans le Vieux-Montréal, ses Batman, reine Élisabeth et Daft Punk collés sur les murs ne vous ont sans doute pas échappé. Stikki Peaches est un artiste de rue qui fait sa marque actuellement dans la métropole. Représenté par la galerie Station 16, il est aussi l'un des participants au deuxième festival Mural. La Presse a essayé de le rencontrer, mais Stikki chérit son anonymat, poussant la chose jusqu'à travailler en galerie en pleine nuit. On a donc parlé (en anglais) avec lui sur l'internet. [NDLR: l'entrevue a été traduite et mise en forme.]

Vous protégez jalousement votre identité. Pourquoi chérir l'anonymat, alors que la popularité du street art est incontestable et que vous vendez vos propres oeuvres en galerie?

C'est crucial à ma pratique. L'anonymat me permet de bouger et de faire plus, de garder les choses sous contrôle. La vie est plus simple comme ça, même si ça a l'air d'être beaucoup de travail d'être Bruce Wayne et Batman.

Comment avez-vous commencé?

Mon obsession et mes aventures ont commencé il y a cinq ans, une nuit d'été collante du mois de juin...

Pourquoi Stikki Peaches?

Parce que «Genius» n'était plus disponible! Pourquoi Stikki Peaches? Les gens cherchent beaucoup le pourquoi. Ça avait du sens à l'époque. Disons que ce n'est pas le fruit du hasard.

Collez-vous souvent?

Ça dépend de la météo. Le printemps commence toujours avec une explosion et je travaille dehors jusqu'à ce que la colle gèle sur mes doigts. Je n'ai pas d'emploi du temps fixe. Si je vois un endroit sur lequel je peux imaginer certaines pièces, je m'organise en conséquence. Ça peut prendre quelques jours ou parfois quelques semaines.

Quel sens donnez-vous à cette question que vous posez: «what if art ruled the world»? (Et si l'art menait le monde?)

C'est une question que je me suis beaucoup posée à un moment où les choses me semblaient compliquées. Revenir à l'art et au street art était une façon pour moi de me tenir éloigné de certaines choses qui me rendaient malheureux. Mon art et ma passion me ramènent au bonheur. Cette question, c'est une façon de demander: qu'est-ce que l'art te fait? Où est-ce que ça t'amène? Comment te sens-tu? Peux-tu trouver des réponses par l'art? J'étais curieux de savoir ce qu'une autre personne répondrait.

Vous choisissez et mélangez beaucoup de figures de la culture populaire. Pourquoi?

Quand j'étais enfant, Batman était le superhéros sans superpouvoir par excellence et tout cela en étant un mec complètement normal le jour. Pour l'agent 007, eh bien, comment peut-on ne pas l'aimer? Un homme à la classe éternelle, tombeur de femmes, qui joue avec les gadgets les plus cool et sauve le monde. Mais je ne veux pas avoir à choisir entre les deux. Amenez-moi les femmes et les gadgets alors que je porte un masque et un costume classe tous les jours! J'adore mélanger les personnages et les identités... Tout en étant parfaitement heureux, n'avez-vous jamais rêvé d'être à la fois Hulk et la reine Élisabeth?

Considérez-vous que le street art est de plus en plus populaire et, si oui, est-ce une menace à sa raison d'être?

C'est un mouvement global. Bien sûr, les marques de mode et les agences de pub voient le potentiel du street art et veulent embarquer. C'est à la mode. Ça plaît aux masses. Est-ce qu'on peut avoir trop d'une bonne chose? À chacun son point de mire. Je me concentre sur ce que je fais.

Qui êtes-vous?

Qui je suis? Je suis Stikki toute la journée, tous les jours.




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