Dans une autre vie, John Zeppetelli a été peintre occasionnel et cinéaste velléitaire à Montréal, étudiant d'Umberto Eco à Bologne, libraire à Londres et aide-galeriste à Soho.

Publié le 25 août 2013
Nathalie Petrowski LA PRESSE

Il a connu Damien Hirst, star multimilliardaire de l'art contemporain britannique, alors qu'il était pauvre et toujours aux études, a organisé des conférences avec Marina Abramovic et Susan Sontag à l'Institute of Contemporary Arts de Londres, et a passé les premières années de sa vie adulte à rouler sa bosse et à bourlinguer.

Le 12 août dernier, il est devenu le 13e directeur du Musée d'art contemporain (MAC) de Montréal, seule institution vouée à l'art contemporain au Canada.

La nouvelle peut paraître banale. Elle ne l'est pas. L'arrivée de John Zeppetelli au MAC marque une rupture avec une tradition vieille d'un demi-siècle.

Depuis l'ouverture de ses portes, en 1965, le MAC a toujours, toujours été dirigé par un francophone de souche et, la plupart du temps, par quelqu'un du musée. C'est la nature même de ce musée d'État, créé par le gouvernement québécois en 1964, qui a dicté la tradition.

John Zeppetelli n'avait rien du candidat typique. C'est un Italo-Montréalais, fils d'un mécanicien. Il a été élevé en italien et en anglais et a appris le français sur le tard. Il n'a gravi aucun échelon du musée avant d'en prendre les commandes, même s'il y a brièvement travaillé pour son volet éducatif au début des années 90 et que sa soeur Anne-Marie y est archiviste.

Surprise

Sa nomination au MAC au début de l'été a créé une certaine surprise, voire un émoi certain. Quelques-uns se sont demandé qui était ce type sorti de nulle part et, surtout, ce qu'il avait fait auparavant pour mériter un tel poste.

«On peut voir ma nomination comme un signal d'ouverture et d'inclusion. Enfin, c'est ce que j'en ai déduit après coup. Chose certaine, le musée est à un tournant. Il faut qu'il devienne plus ouvert, plus joyeux, plus accueillant et plus inclusif. Il faut que son achalandage augmente, que les gens y soient attirés en plus grand nombre», me lance John Zeppetelli d'une voix animée, au milieu de son bureau qui, avec ses trois murs de fenêtres, a l'air d'un aquarium.

Le nouveau directeur de 51 ans, qui a aussi le titre de conservateur en chef, n'est pas encore complètement installé. Les murs de son bureau sont nus et blancs. Une table de travail en verre et trois fauteuils en cuir noir constituent son unique décor. Pas une plante ni une photo de ses trois enfants ou de sa femme, Cassa Bourne, Britannique rencontrée à Bologne.

La seule couleur dans ce bureau, c'est Zeppetelli lui-même: exubérant, charmant, chaleureux, Italien, en somme, avec des yeux bleus perçants et une gueule d'acteur.

Médias

Si le directeur d'un musée est aussi son visage, alors celui de John Zeppetelli a tout ce qu'il faut pour séduire les médias et lui valoir de belles photos dans les journaux.

Mais diriger un musée n'est pas un concours de beauté. Il faut de la substance, du leadership, une vision. Il faut savoir où l'on va et, surtout, comment s'y rendre. L'avenir nous dira si John Zeppetelli avait les qualités requises pour la tâche.

En attendant, le nouveau directeur a un atout de taille dans sa poche: ses contacts dans le monde de l'art contemporain à l'étranger. Il connaît beaucoup d'artistes, mais aussi des personnes clés en mesure de lui ouvrir des portes.

Ses contacts, il les doit un peu au hasard, mais surtout à sa volonté, dès la fin de ses études en arts et cinéma à Concordia, d'être un artiste ou, à tout le moins, de faire partie du milieu des arts. Son séjour à Londres à la fin des années 80 a été déterminant.

À l'époque, le Tate Modern n'existait pas encore. Mais son concept a sans doute un peu germé à l'Institute of Contemporary Arts, l'ICA, incubateur bouillonnant où Damien Hirst a fait sa première exposition avant de devenir millionnaire avec ses requins dans le formol.

Zeppetelli était à l'ICA au moment où l'art contemporain et les Young British Artists (YBA) commençaient à prendre leur envol. Il y a noué des liens d'amitié avec des conservateurs influents comme Iwona Blazwick, qui a mis sur pied le Tate Modern et qui dirige aujourd'hui la prestigieuse White Chapel Gallery.

Retour à Montréal

Après un séjour à New York et au Whitney (comme étudiant), Zeppetelli est retourné à Montréal avec sa femme et ses enfants au milieu des années 90. Il a été un temps libraire à Hampstead, chargé de cours à Concordia et conservateur pour le Centre Saidye Bronfman.

Un jour, il a entendu parler de l'ouverture d'un centre d'art contemporain à Montréal, financé par la mécène Phoebe Greenberg. Il a immédiatement posé sa candidature. Mais comme il avait été plus longtemps libraire que conservateur, les négociations ont duré plus d'un an. Il a finalement été embauché à temps partiel.

Le jour où il a réussi à convaincre Marc Quinn, membre des YBA presque aussi connu que Damien Hirst, de faire l'expo inaugurale de DHC/ART, tout a débloqué.

Pendant six ans, Zeppetelli a été conservateur en chef de DHC/ART et son visage le plus souriant. Puis, il s'est retrouvé sur la courte liste du Musée d'art contemporain. On connaît la suite.

Pour l'instant, la priorité de Zeppetelli, c'est la transformation du musée. «On veut doubler l'espace d'exposition, réaménager la rotonde et refaire l'entrée pour qu'elle s'avance jusqu'à la rue Sainte-Catherine. Il se peut qu'on soit fermé pendant un temps. L'important, c'est que ce musée devienne un espace vivant et dynamique, qui démystifie l'art contemporain sans pour autant le diluer.»

Ses goûts en art contemporain sont pointus et penchent vers l'art conceptuel et ses grandes théories, un courant qui ne rejoint pas nécessairement le grand public. Mais John Zeppetelli semble conciliant et ouvert. En plus, comme il est ravi de son nouveau poste, il risque de tout faire pour le garder longtemps.

Quatre oeuvres marquantes: 

1. The 40 Part Motet, de l'artiste canadienne Janet Cardiff.

Une sculpture sonore de 40 haut-parleurs d'où s'échappent 40 voix enregistrées séparément pour créer une symphonie vocale hors du commun.

2. Le 8 juin 1968 du Français Philippe Parreno.

Un film de 8 minutes en 70 mm qui évoque le voyage en train de New York à Washington de la dépouille de Robert Kennedy, deux jours après son assassinat. La caméra alterne entre la campagne radieuse et le visage des endeuillés qui se recueillent au passage du train.

3. Video Quartet de Christian Marclay.

Une composition musicale créée à partir d'une centaine d'extraits de comédies musicales de Hollywood, projetée sur quatre écrans vidéo et opérant une fusion totale entre le visuel et le musical.

4. Réminiscence du Québécois Nicolas Baier.

Ce qui apparaît à première vue comme la photo de nuages vus d'un avion est en réalité une impression numérique, entièrement générée par ordinateur et recréant, par calculs mathématiques et par données scientifiques, le ciel de Montréal il y a 10 000 ans.