L'art est une tradition chez les Ertaskiran. Spécialiste en icônes russes et grecques, le père a déjà eu une galerie d'art dans Saint-Germain-des-Prés, à Paris. Diplômé en histoire de l'art, marchand et consultant en art et directeur de la galerie Berensen possédée par sa famille rue Sherbrooke, Antoine Ertaskiran vient de réaliser son rêve en ouvrant sa propre galerie au 1892, rue Payette, à Montréal, à quelques encablures de l'Arsenal et de la galerie Division.

Mis à jour le 19 sept. 2012
Éric Clément LA PRESSE

«Je faisais de plus en plus de contemporain, explique Antoine Ertaskiran. Je poussais des carrières pour faire rayonner des artistes à l'étranger, je travaillais à découvrir d'autres artistes, donc cela prenait une galerie. On voulait un espace haut de gamme pour présenter toute sorte de types d'art dans un endroit pas trop passant et on a finalement trouvé cet ancien entrepôt de métallurgie dans Griffintown.»

Antoine Ertaskiran ne fera pas d'expositions «commerciales», dit-il, mais sa première exposition, intersections, est un compromis dans le sens où les oeuvres des artistes canadiens Jeff Depner, Luce Meunier et Jeanie Riddle se situent dans le créneau «accessible et pas trop pointu». «Et les trois artistes, esthétiquement, vont bien ensemble», ajoute le nouveau galeriste.

C'est vrai que les abstractions en bandes colorées du Vancouverois Depner, l'acrylique linéaire de Meunier et les grands espaces architecturaux de Riddle se marient bien dans cette galerie volumétriquement généreuse et bien éclairée par la lumière naturelle et les néons des hauts plafonds.

Les points de fuite de Luce Meunier sont intéressants. L'artiste poursuit sa recherche de figures géométriques planes qu'elle a déjà explorée dans des teintes sombres sur du papier plié il y a deux ans. Là, s'étant adaptée au nouvel espace et au profil des oeuvres des deux autres artistes, elle propose des toiles d'acryliques sur toile de lin ou coton plié plus colorées où la peinture a été délicatement placée dans de fins corridors définis par la pliure d'une toile gaufrée.

«Depuis un moment, je travaille la texture de la toile, car mon obsession est toujours de trouver des modes d'application de la peinture, dit-elle. La coulée de la peinture se fait en une seule application, car j'aime voir comment la peinture réagit.»

Son labeur se traduit par des tableaux délicats et harmonieux. Une des six créations est tridimensionnelle: constitué d'essais sur toile non concluants, Replis évoque l'archivage et le travail sisyphéen de l'artiste.

Directrice de la galerie Parisian Laundry, Jeanie Riddle présente dans la même salle une autre de ses déclinaisons qui dérivent d'une inspiration de pop art et d'art minimaliste. Évoquant la famille, la maison, le quotidien des choses, ses grands tableaux aux couleurs pastel unicolores sont tranquilles tout en suggérant une tension sous-jacente.

Son installation Futuristic (BLISSCPD) constituée d'échantillons de couleurs en papier a été judicieusement placée près de son tableau American, les deux créations se déclinant dans des tons de bleu et rappelant chacune le quotidien de notre domesticité et les rapports entre mur et plancher.

Jeanie Riddle expose en même temps à la galerie McClure de la rue Victoria des peintures de grand format à l'intérieur de trois sculptures in situ, jusqu'au 29 septembre. «Ici comme à McClure, on retrouve un certain geste architectural, notre relation par rapport à l'espace et aux oeuvres», dit Jeanie Riddle, qui partira dans quelques jours pour une résidence à Brooklyn dans le cadre du réseau Triangle Arts.

La prochaine exposition de la galerie antoine ertaskiran, le soleil invincible, présentera les toutes nouvelles oeuvres de Mathieu Beauséjour, du 10 octobre au 10 novembre.

intersections: Jeff Depner, Luce Meunier, Jeanie Riddle. Jusqu'au 6 octobre à la galerie antoine ertaskiran, 1892, rue Payette, Montréal

PHOTO FOURNIE PAR LA GALERIE

Luce Meunier propose des toiles d'acryliques où la peinture a été placée dans de fins corridors définis par la pliure d'une toile gaufrée.